Premier cas local de choléra signalé à Taiwan Médecine des voyages

Publié le 17 sept. 2020 à 22h01

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

A Taiwan, dans la région de Taïtung, le Centre de contrôle des maladies du pays a signalé le premier cas de choléra autochtone de l'année. Vibrio cholerae (sérotype O1- biotype Ogawa) a été isolé chez un homme de 80 ans. Le 31 août 2020, le patient s'était présenté à l'hôpital avec une diarrhée, une faiblesse générale et des vertiges. Il n'avait pas d'antécédent récent de voyage. Il préparait généralement lui-même ses trois repas, buvait de l'eau du robinet bouillie et traitait séparément les aliments crus et cuits. Il avait l'habitude de manger ses repas seuls, cependant, les membres de sa famille qui vivent avec lui présentent aujourd'hui des symptômes.

Afin d'identifier les sources d'infection, une enquête est en cours et des prélèvements ont été réalisés chez les membres de la famille et dans l'environnement aquatique.

A Taiwan, aucune épidémie de choléra n'est survenue depuis 1962. Entre 1962 et 2013, plusieurs cas autochtones en général sporadiques ont été signalés. Ils étaient liés à la consommation de tortues à carapace molle élevées dans des étangs de ferme contaminés. Depuis 2013, les sources d'infection des quelques cas autochtones rapportés annuellement n'ont pas pu être identifiées.

Rappels sur le choléra

La maladie

Le choléra est une maladie diarrhéique épidémique, strictement humaine, due à des bactéries appartenant aux sérogroupes O1 et O139 de l'espèce Vibrio cholerae. Le sérogroupe O1 comporte 2 biotypes : El Tor et le biotype classique, lesquels peuvent être ultérieurement classés en deux sérotypes, Ogawa et Inaba. La maladie résulte de l'absorption d'eau ou d'aliments contaminés. Une fois dans l'intestin, les vibrions sécrètent la toxine cholérique, principale responsable de l'importante déshydratation qui caractérise l'infection.

L'incubation, de quelques heures à quelques jours, est suivie de violentes diarrhées et de vomissements, sans fièvre. La période d'incubation courte augmente le caractère potentiellement explosif des épidémies. En l'absence de traitement, la mort survient en 1 à 3 jours, par collapsus cardio-vasculaire dans 25 à 50 % des cas. La mortalité est plus élevée chez les enfants, les personnes âgées et chez les individus fragilisés.

L'épidémiologie

Des cas de choléra ont été signalés ces derniers mois en Afrique de l'Est, dans la Corne de l'Afrique et dans le golfe d'Aden. Des foyers de choléra ont également été notifiés dans la partie occidentale et méridionale de l'Afrique et dans certaines régions d'Asie. 

Malgré le nombre élevé d'épidémies de choléra signalées dans le monde, peu de cas sont signalés chaque année parmi les voyageurs de retour dans l'Union européenne.

Un bilan de la situation épidémiologique du choléra dans le monde a été fait en juin 2020 sur le site Mesvaccins.net.

La prévention

Selon l'Organisation mondiale de la santé, la vaccination devrait être envisagée pour les voyageurs à haut risque urgentistes/secouristes), en particulier pour ceux qui seront vraisemblablement directement exposés à des patients infectés ou à des aliments ou de l'eau contaminés, notamment dans les zones où l'accès aux établissements de santé est difficile. La vaccination n'est généralement pas recommandée pour les autres voyageurs.

Le risque de choléra est très faible pour le voyageur et le vaccin contre la choléra n'est conseillé que dans des cas très spécifiques, pris en compte par le système expert de MesVaccins.net et Medecinedesvoyages.net.

Il est conseillé au voyageur de :

  • se laver les mains, avant les repas, avant toute manipulation d'aliments ou après passage aux toilettes. En l'absence d'eau et de savon, un gel ou une solution hydro-alcoolique peuvent être utilisés (seul moyen de prévention ayant prouvé son efficacité). Se sécher les mains après lavage avec un linge propre (éviter l'usage des serviettes collectives) ou, à défaut, les sécher à l'air ;
  • préférer les plats chauds (les buffets froids ou tièdes des restaurants peuvent comporter des risques) ; éviter de consommer de la nourriture vendue dans la rue sauf si elle est bien cuite et le récipient encore fumant ;
  • ne consommer que de l'eau en bouteille capsulée (et ouverte devant soi) ou, à défaut, rendue potable par ébullition (1 minute à gros bouillons) ou par une désinfection (produits à base de dichloroisocyanurate de sodium ou hypochlorite de sodium) éventuellement précédée d'une filtration (filtre portatif) si l'eau est trouble ;
  • ne pas consommer telle quelle l'eau en sachet ;
  • éviter la consommation de glaçons ;
  • éviter les jus de fruits frais préparés de façon artisanale ;
  • ne consommer du lait que s'il est pasteurisé ou bouilli et que la chaîne du froid est assurée ;
  • laver ou peler les fruits soi-même après s'être lavé les mains ;
  • éviter les crudités, les coquillages, les plats réchauffés ;
  • éviter les glaces artisanales (glaces industrielles de moindre risque si l'emballage est intact) ;
  • bien cuire les œufs, les viandes, les poissons et les crustacés.

Source : Outbreak News Today.