Grippe : disposerons-nous un jour d'un vaccin "universel" ?

Publié le 16 déc. 2020 à 23h28

Biographie

MD, PhD, ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), Brétigny sur Orge, France.

Habilitation à diriger les recherches.

Enseignant à l’Ecole du Val-de-Grâce, à l’université d’Aix-Marseille, à l’Institut de formation en soins infirmiers Saint Joseph, Marseille.

Expert auprès de Santé publique France, de la Haute autorité de santé (HAS) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC).

Membre du Comité de protection des personnes (CPP) Sud-Ouest et Outre-mer II.

Liens d'intérêt

Absence de lien avec l’industrie pharmaceutique.

Aucune participation à des études cliniques de médicaments ou vaccins.

Déclaration établie le 2 janvier 2012, mise à jour le 21 septembre 2021.

Les virus de la grippe sont nombreux et leurs mutations fréquentes rendent nécessaires des revaccinations annuelles. Tous les ans, des virus grippaux dont les antigènes de surface se sont modifiés sont capables de nous infecter, même si une vaccination ou un épisode de grippe antérieurs nous ont permis de développer une immunité, provoquant partout la répétition des épidémies saisonnières et de possibles pandémies. Les mutations importantes des virus sont celles qui portent sur l'hémagglutinine (HA), une protéine de surface des particules virales (comme l'est la protéine S du SARS-CoV-2) qui est une très bonne cible pour le système immunitaire car elle est exposée aux anticorps. Chaque année, en fonction des indications recueillies et analysées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l'épidémie précédente, les fabricants font donc entrer la HA des virus grippaux susceptibles de circuler dans la composition de leurs vaccins.

Depuis des années, les chercheurs essaient de mettre au point un vaccin capable de protéger contre plusieurs virus grippaux. Ils s'intéressent pour cela aux régions de la protéine HA qui mutent le moins et sont conservées malgré l'évolution incessante du virus. Alors que la "tête" de la molécule de HA constitue le principal antigène dans les vaccins actuels, elle présente l'inconvénient d'être aussi la région la plus variable. La "tige" de la protéine est beaucoup plus conservée, mais elle n'est pas un antigène "dominant" et n'induit pas en conséquence une réponse immunitaire forte, offrant une protection contre des virus différents. En administrant, à 3 mois d'intervalle, des hémagglutinines chimériques (composées de têtes d'origine différente et d'une tige identique) associées à des adjuvants, l'équipe de F. Krammer a obtenu une réorientation de la réponse immunitaire vers la tige de la protéine (1). Les volontaires ainsi vaccinés ont présenté une forte réponse anticorps contre la tige de HA, réponse qui n'est pas observée avec les vaccins actuellement utilisés. L'effet maximum a été obtenu lorsque le schéma vaccinal a comporté une première injection intramusculaire d'un virus chimère vivant atténué, suivie d'une 2ème injection d'un autre virus chimère inactivé associé à l'adjuvant AS03 de GSK.

Les anticorps produits se sont montrés capables de reconnaître plusieurs HA appartenant à un même groupe antigénique, mais pas une HA d'un autre groupe, indiquant qu'il est nécessaire d'associer d'autres antigènes au vaccin pour une protection élargie à tous les groupes de virus grippaux.

Les 65 volontaires ayant pris part aux essais cliniques ont été suivis près de 2 ans après leur vaccination. Ce suivi a montré que les anticorps persistaient à un taux élevé. Il n'a pas mis en évidence de problème de sécurité ou de tolérance différent de ceux observés avec des vaccins déjà utilisés, et il n'a pas non plus été observé d'aggravation des infections respiratoires qui ont pu survenir chez certains volontaires sur la période (2).

L'efficacité de cette nouvelle stratégie n'a pas encore été démontrée, mais on sait que les anticorps "anti-tige" peuvent être protecteurs chez l'Homme (3), comme ils le sont lorsqu'ils sont transférés chez l'animal qu'on infecte ensuite expérimentalement. Les travaux effectués, qui ne sont pas isolés, pourraient donc constituer un pas vers un vaccin capable de protéger contre la grippe pendant plusieurs années.

Références.

  1. R. Nachbagauer, J. Feser et coll. A chimeric hemagglutinin-based universal influenza virus vaccine approach induces broad and long-lasting immunity in a randomized, placebo-controlled phase I trial. Nature Medicine.
  2. Bernstein, D. I. et al. Immunogenicity of chimeric haemagglutinin-based, universal influenza virus vaccine candidates: interim results of a randomised, placebo-controlled, phase 1 clinical trial. Lancet Infect. Dis. 20, 80–91 (2020).
  3. Ng, S. et al. Novel correlates of protection against pandemic H1N1 influenza A virus infection. Nat. Med. 25, 962–967 (2019).