Le moustique Anopheles stephensi, vecteur du paludisme se répand dans la Corne de l'Afrique Médecine des voyages

Publié le 29 jan. 2021 à 14h41

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Anopheles stephensi, un vecteur extrêmement compétent de Plasmodium falciparum et P. vivax, est considéré comme un vecteur efficace du paludisme en milieu urbain. Jusqu’en 2011, la répartition signalée d’An. stephensi était limitée à certains pays d’Asie du Sud-Est et à une grande partie de la Péninsule Arabique. Depuis lors, le vecteur a été signalé à Djibouti (2012), en Éthiopie (2016), au Sri Lanka (2017) et plus récemment en République du Soudan (2019). A titre d’exemple, dans une étude menée d’avril à septembre 2019 dans la ville d’Awash Sebat Kilo, en Éthiopie, An. stephensi  a été trouvé dans 75,3 % des sources d'eau artificielles étudiées et a représenté 80,9% des anophèles capturés. Ce travail a également montré la capacité d’An. stephensi  à être infecté par des isolats locaux de P. vivax et P. falciparum (Tadesse FG et al. Emerg Infect Dis. 2021 Feb;27(2):603-607).

An. stephensi se reproduit généralement dans des conteneurs ou des citernes avec de l’eau propre, et le vecteur semble s’adapter rapidement à l’environnement local (y compris les habitats cryptiques comme les puits profonds) ; il survit également aux très fortes températures pendant la saison sèche, lorsque la transmission du paludisme atteint généralement son minimum saisonnier. De plus, les antécédents génétiques d’An. stephensi introduit semblent conférer une résistance à de multiples classes d’insecticides, ce qui pose des défis majeurs pour la lutte.

L’Organisation Mondiale de la Santé considère la propagation d’An. stephensi comme une menace potentielle majeure pour la lutte contre le paludisme et son élimination en Afrique et en Asie du Sud. L'Organisation a lancé une "alerte vectorielle" relative à cette espèce en août 2019. La propagation des moustiques An. stephensi présente un risque d'augmentation de la réceptivité à P. falciparum et P. vivax et de transmission locale en Afrique urbaine. En combinant les données relatives aux localisations connues d’An. Stephensi (Asie, Péninsule arabique, Corne de l'Afrique) avec des modèles spatiaux qui identifient l'habitat préféré de l'espèce, une publication récente fournit des cartes prédisant les lieux possibles d’établissement futur d’An stephensi en Afrique si on le laisse se propager et suggère que plus de 126 millions de personnes dans les villes d'Afrique pourraient être à exposées (Sinka ME et al. Proc Natl Acad Sci USA. 2020 Oct 6;117(40):24900-24908.).

Source : Outbreak News Today.