Augmentation des cas de leptospirose à la Réunion Médecine des voyages

Publié le 13 mai 2021 à 18h01

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Chaque année, plus de 50 cas de leptospirose sont enregistrés à la Réunion, la majorité d'entre eux nécessitant une hospitalisation. Depuis le début d'année 2021, une augmentation significative du nombre de rapports ont été observés avec 74 cas de leptospirose rapportés dont 35 cas au mois d'avril.
La saison des pluies est la période la plus risquée car elle présente des conditions de température et de pluviométrie favorables à la survie dans l'environnement de la bactérie Leptospira interrogans responsable de la maladie. Les épisodes de fortes pluies favorisent le lessivage des sols et de l'environnement et sont donc des périodes particulièrement risquées.

Rappels sur la leptospirose :

La leptospirose est une maladie bactérienne présente dans le monde entier. La leptospirose est causée par la bactérie Leptospira interrogans. Celle-ci se maintient assez facilement dans le milieu extérieur (eau douce, sols boueux), ce qui favorise la contamination. La saisonnalité de la maladie est très marquée, avec une recrudescence estivo-automnale liée à la chaleur et aux précipitations.
Les leptospira sont des bactéries susceptibles d'infecter un grand nombre de mammifères sauvages (rongeurs et insectivores : rats, tangues, musaraignes, etc.) et domestiques (bovins, ovins, caprins, porcs, chiens), qui servent de réservoirs et les excrètent dans leur urine. Les bactéries peuvent survivre plusieurs mois dans un milieu humide et chaud.
Certaines professions (agriculteurs, éleveurs, égoutiers, éboueurs…) et les personnes pratiquant des loisirs nautiques (baignade, canoé, kayak, pêche, chasse, canyonning...) sont particulièrement à risque. Chez l'homme, la bactérie pénètre principalement par la peau lésée ou les muqueuses.

La maladie est souvent bénigne mais des complications sont possibles, notamment une insuffisance rénale qui peut conduire au décès dans 5 à 20 % des cas. L'incubation de la maladie dure de 4 à 14 jours. Dans la forme modérée, la maladie débute par une fièvre élevée avec frissons, maux de tête, douleurs musculaires et douleurs articulaires diffuses. Dans 20 % des cas, elle se complique d'un syndrome hémorragique. Les formes graves (ictéro-hémorragique ou maladie de Weil) associent insuffisance rénale aiguë, atteinte neurologique (convulsions, coma) et des hémorragies plus ou moins sévères (pulmonaire, digestive). Les signes cliniques initiaux peu spécifiques (céphalées, fièvre, myalgies) peuvent conduire à un retard diagnostique et thérapeutique par confusion avec des diagnostics différentiels tels que la grippe, le chikungunya ou la dengue.

Mesures de prévention et de protection individuelle contre la leptospirose :

  • Éviter de se baigner en eau douce, particulièrement lorsqu'on est porteur de plaies, et lorsque l'eau est trouble ou boueuse ;
  • Éviter tout contact avec l'eau, du nez, de la bouche et des yeux ;
  • Éviter de marcher pieds-nus ou en sandales ouvertes sur un sol boueux, dans les flaques, eaux stagnantes, ravines (en particulier dans les départements ultra marins) ;
  • Protéger les plaies du contact de l'eau par des pansements étanches ;
  • Porter des équipements de protection lors :
  • des activités professionnelles à risque (élevage, égoutiers, éboueurs, agriculteur, travail de la terre etc….) incluant bottes, gants, cuissardes, vêtements de protection, voire lunettes anti- projections en cas de risque de projection ;
  • de la pratique de sports en eau vive tels que le canyoning, le kayak, incluant une combinaison protectrice, des bottillons et des gants.
  • Lutter contre les rongeurs, qui sont le réservoir de la maladie.

Après une exposition à risque :

  • Laver à l'eau potable et désinfecter les plaies ;
  • Consulter sans délai un médecin en cas d'apparition des symptômes en lui signalant l'activité à risque pratiquée dans les deux semaines précédentes.

Ces mesures sont à renforcer durant la saison des pluies.

Il existe une vaccination contre la leptospirose. Son efficacité étant limitée à certaines souches de leptospire, elle est rarement réalisée en pratique, ne concernant essentiellement les professionnels.

Source : ProMED.