Vaccination contre les infections à papillomavirus humains et cancer du col utérin

Publié le 12 août 2011 à 16h54

Biographie

- Qualité : Docteur en médecine, biologiste médical (DES biologie 1992).
- Activité principale : biologiste médical, médecin de centre international de vaccinations
- Spécialités médicales : microbiologie, virologie, vaccinologie.

Liens d'intérêt

- Membre de commissions et comités :
Commission des maladies infectieuses et des maladies émergentes (Haut Conseil de la santé publique, 2017- en cours)
Comité technique de vaccinations (Haut Conseil de la santé publique, 2007-2017)
Groupe vaccins (ANSM, 2016-en cours)
- Liens avec l'industrie :
DPI consultable sur le site HCSP : https://www.hcsp.fr/explore.cgi/Personne?clef=2329 Rémunérations directes par l’industrie : non.
A titre familial : aucun lien.

L'intérêt des vaccins contre les papillomavirus humains (HPV) dans la prévention du cancer du col de l'utérus fait régulièrement débat en France, tant auprès du grand public que des professionnels de santé.

Les inquiétudes portent principalement sur :

  • l'efficacité réelle des vaccins ;
  • les effets indésirables ;
  • les mesures à prendre pour lutter contre le cancer du col.

1. Place des vaccins HPV dans la prévention du cancer du col

Actuellement, deux vaccins sont disponibles en France : les vaccins Gardasil® et Cervarix®. Ces vaccins ne protègent pas 
contre tous les HPV. Cependant, ils sont destinés à la prévention de maladies dues aux HPV des types 6, 11, 16 et 18 (Gardasil®) ou des types 16 et 18 (Cervarix®), qui représentent près de 75 % des cancers du col de l'utérus.

L'efficacité de ces vaccins a été évaluée dans la prévention des lésions précancéreuses de haut grade du col utérin, c'est-à-dire survenant plusieurs années avant le cancer du col.

L'efficacité vaccinale contre les lésions précancéreuses du col, dans une population cible de la vaccination, c'est-à-dire les jeunes filles âgées de 14 à 23 ans, est de 42,7 % et ceci quel que soit le type d'HPV. L'efficacité vaccinale à 2 ans 
sur les lésions précancéreuses liées à HPV 16 et 18 atteint 95 % lors de la comparaison de populations de femmes âgés de 16 à 23 ans ayant été vaccinées ou bien ayant reçu des injections de placebo selon le même calendrier.

2. Tolérance des vaccins Gardasil® et Cervarix®

Afin de suivre les données de pharmacovigilance des vaccins Gardasil© et Cervarix©, un plan de gestion des risques européen et national (PGR) a été mis en place.

L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), à la date du 12 juillet 2011, a présenté le 3ème bilan du plan de gestion des risques pour les vaccins Gardasil© et Cervarix©.

a) Définition de Plan de gestion des risques (PGR)

Il s'agit d'un outil mis en place par l'Afssaps et les autorités européennes, permettant d'analyser, pour tout nouveau produit, tout effet indésirable observé par les professionnels de santé dans les conditions réelles d'utilisation. Dans ce cas, une notification (déclaration) est faite auprès des centres de pharmacovigilance en distinguant les effets indésirables bénins des cas hospitalisés (effets indésirables graves).

b) Recueil des données des PGR pour les vaccins Gardasil© et Cervarix©

Il a été réalisé à partir des comptes-rendus de pharmacovigilance européens et nationaux et de surveillance de l'incidence des maladies auto-immunes auprès de jeunes femmes vaccinées et non 
vaccinées.

c) Analyse des données des PGR

L'analyse des données de surveillance ne remet pas en cause le rapport bénéfices/risques de ces deux vaccins. En termes d'effets indésirables graves et de risque de maladies auto-immunes, l'incidence est inférieure à celle attendue en population générale. S'agissant des deux cas d'effets indésirables rapportés en juillet 2011 en France, l'expertise est en cours auprès de l'Afssaps.

3. Mesures à prendre pour lutter contre le cancer du col

Le dépistage du cancer du col par frottis cervico-vaginaux reste indispensable chez toutes les femmes vaccinées ou non. Ceci repose sur les arguments suivants :

  • la persistance des anticorps à long terme, au-delà de 5 ans, n'est pas connue et la question d'un rappel vaccinal peut être posée.
  • tous les cancers du col ne sont pas liés aux sérotypes des HPV inclus dans les vaccins.

4. Les questions qui restent posées

En l'absence d'essai comparatif entre les deux vaccins et d'études d'interchangeabilité, il n'est pas possible de comparer strictement leurs données d'efficacité. D'où la recommandation d'utiliser le même vaccin au cours de la vaccination.

Par ailleurs, la durée de protection des vaccins et la possible protection croisée contre d'autres virus HPV que ceux inclus dans les vaccins sont en cours d'étude. L'impact de la vaccination sur les comportements de prévention des infections sexuellement transmissibles reste à évaluer.

5. Rappel des recommandations vaccinales contre certains sérotypes oncogènes de HPV

  • La nécessité d'organiser et de promouvoir le dépistage des lésions précancéreuses et cancéreuses du col de l'utérus, la vaccination contre les HPV ne pouvant s'y substituer.
  • L'obligation faite aux firmes pharmaceutiques produisant le vaccin de promouvoir simultanément l'utilisation de leur vaccin et le dépistage des cancers du col.
  • La vaccination des jeunes filles de 14 ans, afin de les protéger avant qu'elles ne soient exposées au risque d'infection HPV.
  • La vaccination des jeunes filles et jeunes femmes de 15 à 23 ans qui n'ont pas eu de rapports sexuels, ou au plus tard dans l'année suivant le début de la vie sexuelle.

Il s'agit des recommandations du Haut conseil de la santé publique (HCSP), de janvier 2011, élaborées après avis du Comité technique des vaccinations.