Leishmaniose cutanée au Ghana Médecine des voyages

Publié le 27 sept. 2021 à 22h59

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Au Ghana, à Dodome, un groupe de 6 communautés agricoles rurales, dans la région de la Volta à environ 180 kilomètres au nord-est de la capitale ghanéenne Accra il est signalé plusieurs cas de leishmaniose cutanée. Par ailleurs la présence de phlébotomes rend la vie insupportable pour les populations de ces communautés. 

Une étude récente menée dans la même région a constaté que 41 % des personnes enquêtées présentaient une réaction positive au test cutané à la leishmanine (DOI : https://doi.org/10.1371/journal.pntd.0009413). Une revue récente de la leishmaniose en Afrique de l'Ouest déclare que l'incidence a augmenté au cours de la dernière décennie et les rongeurs sont signalés comme le principal hôte réservoir (DOI: https://doi.org/10.3166/bspe-2020-0115). 

Rappels sur la leishmaniose cutanée :

Les leishmanioses sont un groupe de maladies causées par des parasites protozoaires du genre Leishmania de la famille des Trypanosomatidae. Il existe quatre principales formes cliniques  de leishmaniose :

  • la forme viscérale, souvent appelée kala-azar et forme la plus grave de la maladie (VL) ;
  • la forme cutanée, la plus courante qui peut être localisée (CL) ou diffuse (DCL) ;
  • la forme cutanéo-muqueuse (MCL), limitée géographiquement au continent sud-américain  ;
  • une quatrième forme clinique, la leishmaniose dermique post-kala-azar, est une séquelle de la leishmaniose viscérale.

La taxonomie des Leishmania est complexe. Environ 53 espèces de Leishmania ont été décrites (sans tenir compte des synonymes et comprenant les cinq sous-genres et complexes : Leishmania, Viannia, Sauroleishmania, L. enriettii complex et Paraleishmania) ; parmi celles-ci, 31 espèces sont connues pour être des parasites de mammifères et 20 espèces sont pathogènes pour les êtres humains. A l'exception de L. donovani, les autres espèces de Leishmania peuvent être impliquées dans les LC.

La transmission de la leishmaniose se fait par la piqûre de phlébotomes (ou mouche des sables) femelles infectées : le genre Phlebotomus est actif dans l'Ancien Monde et le genre Lutzomyia dans le Nouveau Monde. Le risque de transmission est le plus élevé du crépuscule à l'aube. Bien que les phlébotomes soient moins actifs pendant la période la plus chaude de la journée, ils peuvent piquer si ils sont dérangés dans leurs zones de repos (troncs d'arbre, murets de pierre sèches …).

Les LC sont caractérisées cliniquement par des lésions d'aspect polymorphe et d'évolution lente, chronique, indolore, classiquement sans signes généraux, sans lésion muqueuse ni viscérale. Après un temps d'incubation en général long (de plus de 1 à 4 mois) mais qui peut varier de quelques jours à 1 an et plus, apparait à l'endroit de la piqûre une papule indurée, indolore, non prurigineuse, arrondie ou ovalaire, le plus souvent croûteuse. Deux aspects cliniques sont décrits :

  • Les LC localisées qui se manifestent le plus souvent par une lésion ulcérée ou ulcéro-croûteuse, dite humide, mais parfois les lésions sont squameuses, sèches.

Les LC de l'Ancien Monde sont le plus souvent causées par L. major, plus rarement par L. tropica, mais aussi par les espèces couramment viscérotropes comme L. infantum.

Les LC du Nouveau Monde sont dues à des leishmanies à large distribution sudaméricaine (L. amazonensis, L. guyanensis, L. braziiensis), à des espèces plutôt localisées en Amérique centrale (L. mexicana, L. panamensis) ou à d'autres à territoire géographique restreint (L. peruviana, L. venezuelensis… )

  • La LC diffuse (LCD) à L. aethiopica sévit en Afrique de l'Est, dans les hauts plateaux du Kenya à l'Ethiopie, là où vit le réservoir de parasite : le daman qui est un petit mammifère ongulé. Les lésions sont nodulaire, non ulcérée, pseudo-lépromateuse. La LCD due à L. amazonensis concerne les forêts tropicales d'Amérique du Sud. Chez l'immunodéprimé, quelques cas de LCD ont été signalés avec des espèces telles que L. major, L. braziliensis, voire L. infantum.

Le traitement de la LC peut être local ou systémique par voie intraveineuse ou intramusculaire. Le choix de la stratégie dépend de l'espèce en cause et de la molécule utilisée. Une prise en charge en service spécialisée est recommandée.

Recommandations pour les voyageurs

Les voyageurs qui ont des activités à l'extérieur, plus particulièrement la nuit ou au crépuscule, peuvent présenter un risque accru de leishmaniose. Il n'existe pas de vaccin ou de traitement préventif de la leishmaniose. La prévention pour le voyageur repose sur la protection personnelle anti-vectorielle. Il s'agit :

  • D'éviter autant que possible les activités de plein air, en particulier du crépuscule à l'aube, lorsque les phlébotomes sont généralement les plus actifs.
  • De porter de vêtements couvrants imprégnés de produits insecticides vêtements (pyréthrinoïdes).
  • D'utiliser des répulsifs cutanés autorisés sur la marché sur les parties découvertes du corps en respectant leurs règles d'utilisation qui tient compte de la molécule utilisée, de sa concentration et de l'âge (DEET)
  • De dormir sous une moustiquaire à mailles serrées (les phlébotomes peuvent passer à travers un maillage de 2 à 3 mm), imprégnée de pyréthrinoïdes.

Source : Promed.