Epidémie de bilharziose au Kenya Médecine des voyages

Publié le 15 oct. 2021 à 18h14

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Au Kenya, quelques 200 enfants des villages de Kiangwe, Mangai, Milimani et Basuba, situés dans la forêt dense de Boni, dans le comté de Garissa, ont été frappés par une épidémie de bilharziose (ou schistosomiase) et de diarrhée en lien avec l'usage d'eau contaminée car les sources d'eau sûres étaient taries en raison d'une sécheresse dévastatrice.

Rappels sur la schistosomiase :

Les bilharzioses ou schistosomoses sont des affections parasitaire tropicales due à des dues à des vers trématodes (vers plats) du genre Schistosoma qui vivent dans le système vasculaire veineux.

Cinq espèces principales sont connues pour être pathogènes chez l’homme et elles sont responsables d’affections différentes. Leur répartition est la suivante :

  • S. haematobium, responsable de la bilharziose urogénitale se rencontre en Afrique intertropicale, dans la vallée du Nil, sur la côte ouest de Madagascar, au Moyen Orient (en avril 2014, en Corse du sud, un foyer de transmission autochtone de bilharziose à S. haematobium considéré comme résolu à ce jour, avait été mis en évidence) ;
  • S. mansoni responsable des bilharzioses intestinales et parfois hépatospléniques se rencontre en Afrique intertropicale, dans le delta du Nil, sur la côte Est de Madagascar, dans l’archipel des Caraïbes (en France, dans les Antilles, la transmission est actuellement interrompue), en Amérique du Sud (Venezuela, Suriname, Brésil) ;
  • S. japonicum  et S. mekongi responsables de bilharzioses hépatiques sévères se rencontrent respectivement en Chine (Bassin du Yangzi Jiang), en Indonésie, aux Philippines, et au Sud Laos et au Cambodge ;
  • S. intercalatum responsable des bilharzioses intestinales se rencontre dans les zones forestières et humides d’Afrique centrale.

Le cycle du parasite débute par la libération dans le milieu extérieur des œufs de schistosomes par les sujets humains infectés, via les selles (S. mansoni, S. japonicum, S. mekongi, S. intercalatum) ou l’urine (S. haematobium). Les œufs éclosent dans l’eau libérant un embryon cilié le miracidium qui pénètre dans un mollusque spécifique d’espèce hôte intermédiaire obligatoire assurant la multiplication des parasites. Quatre semaines plus tard, les mollusques libèrent dans l’eau des larves appelées « furcocercaires » qui infectent l’homme par pénétration transcutanée. Les larves gagnent le système veineux mésentérique, et après deux mois, se transforment en adultes (mâles, femelles) qui s’accouplent. Les vers adultes s’installent dans les plexus veineux vésicaux (S. haematobium), péri-coliques et péri-rectaux (S. mansoni, S. intercalatum) ou mésentériques supérieurs (S. japonicum, S. mekongi). Les œufs pondus sont éliminés dans le milieu extérieur via les selles ou les urines, où se poursuit le cycle du parasite.

La contamination de l’homme se fait lors du contact de la peau avec des eaux douces contaminées.

La schistosomiase touche essentiellement les communautés pauvres et rurales, en particulier les populations d’agriculteurs et de pêcheurs et les femmes qui accomplissent leurs tâches domestiques dans de l’eau infestée. Les enfants sont particulièrement vulnérables à l’infection. Avec le développement du tourisme dans les pays tropicaux, de l’écotourisme et des voyages hors des sentiers battus, un nombre croissant de voyageurs contractent la schistosomiase.

Présentation clinique

La bilharziose évolue en trois phases cliniques successives dont les deux premières sont communes à toutes les espèces de schistosome (en zone d’endémie, la bilharziose est asymptomatique dans 40 % des cas) :

  • La phase de pénétration cutanée : elle peut être asymptomatique ou associée à un prurit instantané (dermatite cercarienne ou swimmer’s itch), voire à un rash intense prurigineux qui se développe dans les 24 premières heures et qui peut persister plus d’une semaine au niveau du site d’entrée.
  • La phase d’invasion survient 2 à 12 semaines plus tard. Elle s’explique par une réaction d’hypersensibilité aux antigènes parasitaires des larves de schistosomes qui migrent à travers l’organisme. Généralement inapparente chez les sujets vivants en zone d’endémie, elle est marquée chez le voyageur. Les symptômes associent de la fièvre, une céphalée, une dyspnée, diarrhée, une éruption urticarienne, une hépatomégalie et très rarement une pneumopathie ou une encéphalopathie.
  • La phase d’état (la faible charge parasitaire résultant d’une exposition de courte durée n’est généralement pas suffisante pour conduire à des complications intestinales ou urinaires à long terme chez le voyageur) :
    • la bilharziose urogénitale à S. haematobium se traduit par une atteinte urinaire (hématurie, signes de cystite, infections urinaires, insuffisance rénale) et les atteintes génitales ne sont pas rares chez les femmes ;
    • la bilharziose intestinale à S. mansoni peut s’illustrer par des diarrhées parfois sanglantes, des douleurs abdominales, des rectorragies ;
    • la bilharziose rectale à S. intercalatum avec diarrhées, rectorragies ;
    • la bilharziose à S. mekongi et S. japonicumest responsable d’une atteinte hépatique qui évolue vers une fibrose avec à la longue le développement d’une hypertension portale, d’une splénomégalie, de varices œsophagiennes.

Les localisations hépatiques des bilharzioses sont communes à toutes les bilharzies, mais surtout observées avec S. mansoni.

Diagnostic

Une élévation du nombre de polynucléaires éosinophiles est présente à la phase d’invasion.

La confirmation d’une bilharziose passe par l’observation directe d’œufs dans les urines (S. haematobium), dans les selles (S. mansoni, S. japonicum) deux à trois mois après l’infestation, ou dans les tissus prélevés par biopsie. Le diagnostic repose également la recherche d’anticorps anti-bilharzies dans le sang. Les techniques de biologie moléculaire (PCR) réalisées dans le sang, les selles, les urines ou des biopsies permettent le diagnostic à la phase d’invasion.

Traitement : Le praziquantel est la molécule active sur toutes les espèces de schistosome.

Prévention

Il n’y a pas de vaccin commercialisé contre cette maladie.

Pour les voyageur les la prévention repose sur le respect des règles suivantes :

  • Pas de baignade en eau douce, même en rivière, surtout si le courant est faible, ni de marche pieds nus dans l'eau. La baignade en eau de mer et dans les piscines chlorées est sans danger.
  • Port de pantalons serrés aux chevilles et de bottes si le passage dans l'eau est inévitable
  • Si un passage dans l’eau n’a pas pu être évité ou en cas d’exposition accidentelle, un séchage vigoureux à l'aide d'une serviette peut aider à empêcher les parasites de pénétrer dans la peau. Ce geste seul ne suffit pas cependant à prévenir la bilharziose.
  • Boire de l'eau potable (eau filtrée, eau portée à ébullition une minute) car, bien que la schistosomiase ne soit pas transmise par l'ingestion d'eau contaminée, si la bouche ou les lèvres entrent en contact avec de l'eau contenant les parasites, on peut être infecté. Les agents chimiques de traitement de l’eau à usage individuel ne sont pas efficaces pour la prévention de la bilharziose.

Il est important de signaler les comportements à risque au médecin traitant au retour de voyage et a fortiori en cas de manifestations cliniques.

Source : Outbreak News Today.