Infections à Vibrio parahaemolyticus en Australie méridionale Médecine des voyages

Publié le 15 nov. 2021 à 18h50

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

En Australie, les autorités médicales d'Australie méridionale demandent à la population vulnérable d'éviter de manger des huîtres crues après le signalement de 36 cas d'infections à Vibrio parahaemolyticus liées à la consommation d'huîtres crues au cours des 2 derniers mois.
Cette augmentation des cas est très préoccupante en particulier chez les personnes les plus vulnérables, comme les personnes âgées, les personnes enceintes et les personnes immunodéprimées.

Rappel sur Vibrio parahemolyticus :

V. parahaemolyticus (VP), une bactérie de la famille des Vibrionaceae, est présent dans le monde entier. Cette bactérie est naturellement présente dans l'environnement marin et estuarien à l'état libre ou associé à des sédiments, des particules en suspension, du plancton. Elle est également retrouvée dans l'intestin et sur les tissus des poissons, crustacés et mollusques bivalves. Sa concentration évolue en fonction de la température de surface de l'eau, de la salinité, de la turbidité, du pH, ou encore de la teneur en chlorophylle A. On observe une abondance maximale pendant les mois les plus chauds de l'année et dans les eaux de mer chaudes. Selon des études récentes, le réchauffement climatique crée un environnement favorable au développement des vibrions.

Les infections à VP par voie alimentaire sont les plus fréquentes. Elles se font principalement par la consommation de poissons et de fruits de mer crus, insuffisamment cuits, ou recontaminés après cuisson par transfert de contamination. VP peut également se transmettre par voie cutanée à l'occasion d'une blessure ou d'un simple contact avec un environnement contaminé si la peau est lésée.

Les infections à VP surviennent sous forme de cas isolés ou groupés. Dans le Sud-Est asiatique et en Amérique du Nord, VP constitue un réel problème de santé publique en raison de la consommation importante de produits de la mer crus.

Les infections à VP peuvent se présenter selon trois syndromes cliniques.

  • Une gastroentérite (60 à 80 % des cas) qui survient après un délai d'incubation moyen de 12 à 24 h. La maladie se traduit par un tableau qui associe des douleurs abdominales, des crampes, une diarrhée aqueuses, parfois sanglante, des nausées, des vomissements et de la fièvre. L'évolution, en général sur  1 à 3 jours, est souvent spontanément favorable. Quelques cas nécessitent une hospitalisation. Exceptionnellement, une septicémie peut survenir chez des sujets immunodéprimés ou atteints de maladies sous-jacentes.
  • Une infection cutanée (34 %) qui peut se compliquer d'une atteinte des muscles et du tissu adipeux en particulier chez les patients présentant une maladie hépatique ou rénale chronique, une diabète sucré, une splénectomie ou chez les patients immunodéprimés.
  • Une septicémie (5 %) en particulier chez des patients immunodéficients ou présentant un pathologie chronique préexistante. Il s'agit en général d'une complication d'une gastroentérite ou d'une infection cutanée.

La grande majorité des infections à VP évoluent favorablement et un traitement antimicrobien est rarement nécessaire. Les antimicrobiens de choix pour le traitement des cas d'infection graves sont les céphalosporines, les tétracyclines, les quinolones et les fluoroquinolones. Cependant, ces dernières années, de nombreuses souches de VP résistantes aux antimicrobiens ont émergé dans l'environnement en raison de l'utilisation excessive d'antibiotiques chez l'homme, dans l'agriculture et l'aquaculture.

Recommandations aux consommateurs

  • Considérez que la consommation des fruits de mer crus en été augmente le risque de gastroentérite causée par VP.
  • En été, transportez les coquillages et les fruits de mer dans des récipients isothermes (glacières) et transférez-les rapidement au réfrigérateur réfrigérateur (4°C).
  • Respectez les bonnes pratiques d'hygiène lors de la manipulation et de la préparation des aliments :
    • Consommez les aliments dans les deux heures qui suivent la sortie du réfrigérateur et,
    • Évitez le contact entre des aliments cuits et des fruits de mer crus pour limiter les transferts de contamination.
  • Pour les patients atteints de maladie hépatique chronique (hépatite, cirrhose, alcoolisme), maladie exposant à une surcharge en fer, ou pour les patients immunodéprimés (diabète, cancers), évitez de manger des fruits de mer crus ou insuffisamment cuits (huîtres, moules, palourdes, crevettes notamment).

Source : ProMED.