Facteurs écologiques et environnementaux affectant le risque d'encéphalite à tiques en Europe, 2017 à 2021 Médecine des voyages

Publié le 23 oct. 2023 à 15h46

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Médecin biologiste.

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a signalé une augmentation de l'incidence de l'encéphalite à tiques (TBE) au cours des dernières années, avec des évolutions dans la distribution spatiale des zones de circulation active du virus et l'émergence de nouveaux foyers de TBEV dans des pays qui n'étaient pas endémiques auparavant. Ainsi, la TBE pourrait continuer à se propager vers l'ouest, vers le nord et à des altitudes plus élevées. La revue Eurosurveillance vient de publier un article qui avait pour objectif de mieux comprendre les relations existant entre un ensemble de facteurs écologiques et environnementaux et l'incidence de la TBE chez l'homme dans toute l'Europe, et d'identifier ceux qui ont le plus d'impact.

Cette étude a inclus les pays qui ont déclaré au moins 10 cas de TBE  biologiquement confirmés entre 2017 et 2021 et qui ont notifié le lieu d'infection pour au moins 75 % des cas (Allemagne, Finlande, France, Hongrie, Italie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Suède et Tchéquie) auxquels a été rajoutée l'Autriche. Les auteurs ont recherché dans la littérature les facteurs qui avaient été associés au risque de TBE et en on sélectionnés une trentaine regroupés en trois catégories : climatiques, environnementaux et liées à l'hôte vertébré considérées. Ils ont alors étudiés le lien statistique qui pouvait exister entre ces différentes variables et les taux régionaux d'incidence de TBE.

Au cours de la période 2017 à 2021, un total de 12 289 cas confirmés avec un lieu d'infection connu ont été signalés à l'ECDC dans 371 régions européennes NUTS-3 et neuf régions européennes NUTS-2 des 11 pays inclus dans l'étude. L'incidence moyenne sur 4 ans dans les NUTS considérées variait entre 0,04 et 45,66 pour 100 000 habitants, avec une moyenne de 3,74 pour 100 000 habitants.

L'analyse univariée a montré que l'incidence de la TBE était liée de manière significative à presque tous les facteurs de risque sélectionnés, à l'exception de la longueur totale des routes forestières. L'analyse multivariée a permis d'individualiser certains facteurs climatiques et environnementaux associés à une incidence élevée de TBE, ainsi que certains facteurs écologiques.

L'étude a identifié cinq facteurs climatiques et environnementaux influant sur l'incidence de la TBE chez l'homme qui va augmenter avec :

  • les pourcentages plus élevés de zones forestières : les zones forestières offrent un habitat et des ressources appropriés aux ongulés, aux rongeurs et aux tiques, ce qui favorise leur rencontre et augmente le risque d'apparition de cas de TBE chez l'homme ; en outre, l'activité et le comportement humains peuvent agir en synergie avec les facteurs écologiques et environnementaux en augmentant les risques d'exposition à des tiques ;
  • les fortes précipitations au cours du trimestre le plus sec : des précipitations plus importantes peuvent conduire à une mortalité plus faible des tiques et à la poursuite de leur quête pendant les mois les plus secs de l'année, mais aussi assurer la survie des tiques dans les abris jusqu'à des périodes d'activité plus tardives ;
  • des taux plus élevés de refroidissement automnal qui joue un rôle clé dans l'épidémiologie de la TBE, car une forte baisse des températures à la fin de l'été induit une diapause comportementale qui favorise une activité synchronisée des larves et des nymphes au printemps suivant, un événement qui est généralement considéré comme l'un des facteurs les plus critiques de la transmission de la TBE ;
  • des hivers plus froids : ce résultat peut s'expliquer par le fait que les températures hivernales froides induisent une diapause chez les tiques ixodides, les mettant à l'abri des conditions climatiques défavorables et favorisant leur survie pendant l'hiver ;
  • des variations plus faibles des températures journalières : l'incidence de la TBE diminue dans les régions caractérisées par de fortes variations quotidiennes de température, ces changements de température pouvant affecter le comportement de recherche des tiques et donc la probabilité de contact avec les hôtes et leur survie.

Concernant les facteurs liés à l'hôte

  • l'incidence de la maladie augmente avec la probabilité de présence d'Apodemus flavicollis, tandis qu'elle diminue dans les zones caractérisées par la présence de Myodes glareolus. Ces rongeurs favorisent à la fois la circulation du virus et l'alimentation des tiques. Une explication possible de la différence constatée en fonction de l'espèce pourrait être le fait que M. glareolus acquiert une résistance à l'infestation par les tiques, entravant ainsi le mécanisme de co-alimentation qui se produit lorsque des tiques infectées et non infectées se nourrissent à proximité l'un de l'autre sur le même hôte réservoir, un mécanisme qui est supposé être le mécanisme le plus efficace contribuant à la circulation du TBE.
  • il existe  (Capreolus capreolus, Dama dama, Cervus elaphus) (les densités faibles et importantes de cervidés sont associées à de faibles incidence de TBE, alors que les incidences élevées sont liées à des densité de population moyenne). Les ongulés sont capables d'amplifier l'abondance des tiques en servant d'hôtes aux stades adultes et en les déplaçant sur de longues distances, par contre en cas d'infection ils présentent une virémie faible et de courte durée. L'hypothèse est qu'ils peuvent détourner les morsures de tiques des hôtes rongeurs (effet de dilution), ce qui entraîne une diminution de la prévalence du TBEV chez les tiques à partir d'un certain seuil de densité.

Les auteurs concluent que leur étude pourrait éclairer les futurs efforts de modélisation visant à évaluer le risque de TBE dans toute l'Europe et aider les autorités compétentes à déployer des actions intégrées "Une seule santé" dans les zones à risque potentiel existantes et nouvelles.

Source : Eursurveillance