Profils de résistance aux fluoroquinolones et aux macrolides des bactéries responsables de diarrhée du voyageur

medecinedesvoyages.net

Un article récemment publié dans la revue Jama Network Open rapporte les résultats d’une étude qui analyse les profils de résistance aux antimicrobiens dans la diarrhée du voyageur

À partir des données de GeoSentinel, un réseau mondial de centres de médecine tropicale répartis sur six continents, les auteurs ont mené une analyse rétrospective des données de sensibilité aux antimicrobiens de quatre agents pathogènes majeurs responsables de la diarrhée du voyageur, recueillies entre le 14 avril 2015 et le 19 décembre 2022. Les principaux critères d'évaluation étaient les caractéristiques démographiques et cliniques, ainsi que les profils de sensibilité aux antimicrobiens des patients présentant une infection à Campylobacter, Shigella, Salmonella non typhoïdique et Escherichia coli entéropathogène, confirmée par culture. Les résultats des antibiogrammes intermédiaires et résistants ont été regroupés en une seule catégorie « non sensible »,

Au cours de la période d'étude, sur 3 300 cas de diarrhée aiguë, il y avait 859 cas pour lesquels des données d'antibiogramme et de localisation de l'exposition étaient disponibles. Ces cas comprenaient 286 infections à Campylobacter spp., 305 à Salmonella non typhiques (NTS), 215 à Shigella spp. et 75 à Escherichia coli. Chez 21 patients (2 %), plusieurs agents pathogènes ont été identifiés.

La résistance aux fluoroquinolones était de 75% pour Campylobacter, 32 % pour Salmonella non typhoïdique, 22 % pour Shigella et 18 % pour les espèces d'Escherichia coli associés à des diarrhées.

La résistance aux macrolides était de 12% pour Campylobacter, 35 % pour Shigella et 16 % pour Salmonella.

RÉSULTATS DÉTAILLÉS

L'âge médian des voyageurs était de 30 ans (23-43 ans), et 51 % étaient des hommes. Les trois principaux pays de résidence étaient l'Espagne (14 %), le Japon (14 %) et le Canada (13 %).

Le motif de voyage était le tourisme (62 %), suivi des visites à des amis et à la famille (11 %) et des voyages d'affaires ou professionnels (8 %). La durée médiane du voyage était de 14 (7-22) jours. Les régions d'exposition étaient l'Afrique subsaharienne (25 %), l'Asie du Sud-Est (24 %), l'Amérique du Sud (17 %), l'Asie du Sud et du Centre (12 %) et les Caraïbes (5 %). Les trois principaux pays d'exposition étaient le Pérou, l'Inde et la Thaïlande. 

Seuls 253 des 859 voyageurs (30 %) avaient bénéficié d'une consultation avant leur voyage, mais 87 % ont consulté au retour. Le taux global d’hospitalisation était de 24 %, mais de 41 % parmi ceux infectés par des salmonelles non typhiques. Trois patients ont été admis en soins intensifs, dont un patient présentant une infection à Campylobacter et à Salmonella.

Espèces de Campylobacter (286 cas)

Les principales régions d'acquisition étaient l'Asie du Sud-Est (33 %), l'Afrique subsaharienne (20 %) et l'Asie du Sud et du Centre (19 %). Les trois pays les plus touchés étaient l'Inde (14 %), la Thaïlande (11 %) et l'Indonésie (10 %). 

Globalement, 75 % des espèces de Campylobacter étaient non sensibles aux fluoroquinolones, la proportion la plus élevée de non-sensibilité ayant été observée chez les voyageurs en Asie du Sud et du Centre (88 %), en Asie du Sud-Est (80 %) et en Afrique subsaharienne (60 %)

Globalement, 12% des espèces de Campylobacter étaient non sensibles aux macrolides, la résistance étant plus fréquente chez les voyageurs en Asie du Sud et du Centre (24 %) et en Asie du Sud-Est (11 %).

L’étude a identifié 26 cas d'infections à Campylobacter MDR (résistantes aux fluoroquinolones et aux macrolides) et deux cas d'infections à Campylobacter XDR (non sensibles à au moins cinq classes d'antibiotiques). Ces deux cas étaient observés en 2016 chez garçon de 17 ans ayant voyagé en Malaisie (également résistant au chloramphénicol), et une femme de 23 ans ayant voyagé à Singapour.

Espèces de Salmonella non typhiques (NTS) (305 cas)

Les deux principales régions de provenance était l’Asie du Sud-Est (29 %] et l'Afrique subsaharienne (27 %). Les trois pays ayant rapporté le plus grand nombre de cas étaient la Thaïlande, l'Indonésie et le Vietnam.

Globalement, 32 % des souches étaient non sensibles aux fluoroquinolones, la résistance étant plus fréquente chez les voyageurs provenant d’Asie du Sud Est (24 %), d’Asie centrale et méridionale (45 %) et des Caraïbes (62 %), 16 % étaient non sensibles aux macrolides, la résistance étant plus fréquente chez les voyageurs provenant d’Asie centrale et méridionale (44 %), et 5 % étaient non sensibles aux céphalosporines de troisième génération. 

Espèces de Shigella (215 cas)

Les régions de provenance sont l'Afrique subsaharienne [66 cas (34 %)], l'Amérique du Sud [52 cas (24 %)], l’Asie du Sud-Est (23 cas), l’Amérique Centrale (11 cas), les Caraïbes (10 cas). Les pays les plus fréquemment concernés étaient le Pérou et l'Inde. 

Globalement, 22 % des souches étaient résistantes aux fluoroquinolones, la résistance étant plus fréquente dans les cas contractés en Asie centrale méridionale (79 %), 35 % étaient résistantes aux macrolides, la résistance étant plus fréquente dans les cas contractés en Amérique du Sud (78%), et 8 % étaient résistantes aux céphalosporines de troisième génération.

Un cas d'infection à Shigella spp. XDR a été rapporté chez un voyageur des Caraïbes en 2022, traité par ertapénem en ambulatoire.

L'identification de l'espèce était disponible pour 189 cas sur les 215 identifiés (88 %) :  on a dénombré 122 cas (65 %) de S. sonnei, 51 cas (27 %) de S. flexneri, 9 cas (5 %) de S. boydii et 7 cas (4 %) de S. dysenteriae

Escherichia coli associés à des diarrhées (75 cas)

La majorité des cas (57 %) provenaient d'un seul site (Lima, Pérou) en Amérique du Sud

On a dénombré 58 cas (80 %) d'E. coli entéro-agrégatifs, entéropathogènes ou entéro-invasifs, 9 cas (12 %) d'E. coli producteurs de toxine Shiga et 6 cas (8 %) d'E. coli entérotoxigène (ETEC).

Globalement, 18 % des isolats présentaient une résistance aux fluoroquinolones, ce taux atteignant 21% en Amérique du Sud, et 13 % des isolats présentaient une résistance aux céphalosporines de troisième génération.

Source : Amatya B et al. GeoSentinel Analysis of Travelers’ Diarrhea Antimicrobial Resistance Patterns. JAMA Netw Open. 2025 ; 8 ; (12) : e2551089. doi:10.1001/jamanetworkopen.2025.51089