Recrudescence des infections sexuellement transmissibles batériennes en Europe
En Europe, on observe une recrudescence des infections sexuellement transmissibles (IST) bactériennes. En 2024, les cas de gonorrhée et de syphilis, ainsi que de syphilis congénitale, ont atteint leur plus haut niveau depuis plus de dix ans, témoignant d'une transmission soutenue.
Les tendances de transmission varient considérablement selon les groupes de population. Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes restent le groupe le plus touché, avec les augmentations à long terme les plus importantes de la gonorrhée et de la syphilis. Au sein des populations hétérosexuelles, la syphilis est en hausse, en particulier chez les femmes en âge de procréer, ce qui a entraîné un quasi-doublement des cas de syphilis congénitale, passant de 78 en 2023 à 140 en 2024 dans 14 pays ayant communiqué leurs données.
Points clés pour ce qui concerne l'année 2024 :
Gonococcies : le nombre de cas de gonorrhée a atteint 106 331, soit une augmentation de 303 % depuis 2015 ;
- Le taux de notification de la gonorrhée dans l'UE/EEE en 2024 est le plus élevé enregistré depuis le début de la surveillance européenne des IST en 2009.
- Entre 2023 et 2024, les taux globaux ont augmenté de 4,3 % (+7,9% chez les hommes, -8,6 % chez les femmes).
- Les taux nationaux d'infection gonococcique déclarée variaient considérablement au sein de l'UE/EEE en 2024. Les taux d'incidence par tranche d'âge étaient les plus élevés chez les femmes de 20 à 24 ans (60,3 cas pour 100 000 habitants) et chez les hommes de 25 à 34 ans (145,5 cas pour 100 000 habitants).
- Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes représentaient plus de la moitié des cas déclarés (62 %) en 2020.
Syphilis : le nombre de cas de syphilis a plus que doublé entre 2015 et 2024, s’élevant à 45 577 ;
- en 2024, ce taux était plus de six fois supérieur chez les hommes que chez les femmes, avec une incidence maximale chez les hommes de 25 à 34 ans (46 cas pour 100 000 habitants) ;
- parmi les cas dont le mode de transmission était connu, 69 % concernaient des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ;
- depuis 2021, les notifications de syphilis ont connu une augmentation constante dans tous les groupes d’âge adultes, chez les hommes et les femmes hétérosexuels, ce qui indique une transmission plus large au-delà des populations clés ;
- dans 11 des 17 pays ayant communiqué le stade clinique, la majorité des cas ont été diagnostiqués comme des syphilis primaires ou secondaires, suggérant une transmission continue.
Chlamydioses : en 2024, la chlamydiose demeure l’IST la plus fréquemment déclarée, avec 213 443 cas ;
- les taux de notification sont restés les plus élevés chez les femmes âgées de 20 à 24 ans ;
- la transmission entre hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes représentait 22 % des cas de chlamydiose ;
- les taux nationaux de notification des cas d'infection à chlamydia variaient de 0,1 à 502 cas pour 100 000 habitants. Les différences dans les politiques de dépistage, les stratégies de recherche des cas et les modalités de déclaration sont considérées comme ayant une influence plus importante sur le nombre de cas déclarés que les différences épidémiologiques elles-mêmes.
Lymphogranulomatose vénérienne : la lymphogranulomatose vénérienne (LGV) continue également de se transmettre, avec 3 490 cas signalés, soit une augmentation de 12 % par rapport à 2023 et de 250 % par rapport à 2015 ;
- les Pays-Bas et l'Espagne ont représenté à eux seuls 73 % des cas notifiés ;
- la quasi-totalité des cas de 2024 concernaient des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ; parmi les cas dont le statut sérologique était connu, 35 % étaient séropositifs.
Syphilis congénitale : en 2024, 140 cas confirmés de syphilis congénitale ont été signalés dans 14 pays de l'UE/EEE, tandis que 14 autres pays n'ont signalé aucun cas. Cela représente une augmentation par rapport à 2023, année où 78 cas avaient été signalés par 12 des 26 pays ayant fourni des données. Trois pays, la Bulgarie, la Hongrie et le Portugal, ont signalé 62 % des cas en 2024 et 53 % des cas en 2023.
Inverser la tendance à la hausse des cas d’IST nécessite des services de prévention accessibles, un accès facilité aux tests, une prise en charge plus rapide et un renforcement du système de notification des partenaires afin d’enrayer la transmission. L’ECDC exhorte les autorités de santé publique à actualiser d’urgence les stratégies nationales de lutte contre les IST et à renforcer les systèmes de surveillance pour mieux évaluer l’impact des efforts de prévention. Sans mesures décisives, les tendances actuelles risquent de se poursuivre, aggravant les conséquences sanitaires et creusant les inégalités d’accès aux soins.