Pourquoi espère-t-on de nouveaux vaccins contre la tuberculose ?
La tuberculose représente une priorité de santé publique mondiale qui n'épargne pas les pays européens. L'OMS estime à plus de 9 millions le nombre de nouveaux cas, et à 1,8 millions le nombre de décès liés à cette maladie en 2008. Parmi les personnes décédées, 500 000 étaient coinfectées par le VIH. Le plan mondial "halte à la tuberculose" 2006-2015 succède à une stratégie mise en place depuis 1995, la "DOTS". Plus de 36 millions de malades ont été traités dans ce cadre, ce qui représenterait près de 6 millions de décès évités. Malgré tous les progrès accomplis ces dernières années, la baisse du taux d'incidence demeure lente et, en raison de la croissance démographique, le nombre de nouveaux cas continue d'augmenter.
L'objectif 6 du millénaire pour le développement (OMD) fixe comme cible de diviser par deux la prévalence et la mortalité de la tuberculose d'ici à 2015 par rapport à leur niveau en 1990. Il est toutefois probable, selon le partenariat "Halte à la tuberculose", que cette cible ne puisse être atteinte que plus tardivement en Europe orientale et en Afrique.
Les défis de la lutte contre la tuberculose sont multiples. D'une part, les possibilités de prévention primaire sont restreintes en raison de l'histoire naturelle de la maladie et des limites du vaccin actuellement disponible (BCG). D'autre part, bien qu'il existe un traitement standard efficace, la prise en charge des malades se heurte à des disparités dans l'accès aux soins, des problèmes de disponibilité et de fiabilité des outils de diagnostic, d'observance sur toute la durée du traitement (6 mois), ainsi qu'à l'apparition de bacilles multi-résistants voire ultra-résistants. Enfin, la possible coinfection avec le VIH doit être prise en compte dans les programmes de santé ; selon l'OMS, le VIH est le principal déterminant de la hausse d'incidence de la tuberculose en Afrique au cours de ces dix dernières années et la tuberculose serait responsable d'environ 13 % des décès par sida dans le monde.
Le BCG, vaccin préparé à partir du bacille de Calmette et Guerin, est utilisé à grande échelle depuis de nombreuses années avec une couverture vaccinale de 80 % chez les nourrissons. Cependant, si son intérêt dans la prévention des formes graves de tuberculose de l'enfant est incontestable, son efficacité reste insuffisante pour la prévention des formes pulmonaires contagieuses de l'adulte. Ce vaccin occupe donc un place modeste parmi les outils visant à briser la chaine de transmission. C'est pourquoi en 2004 on pouvait lire dans une note de synthèse de l'OMS concernant le BCG : "les vaccins anti-tuberculeux améliorés sont largement considérés comme un élément essentiel du succès de la lutte contre la tuberculose et la mise au point de vaccins efficaces, sûrs et d’un prix abordable contre cette maladie doit rester une priorité mondiale." Ainsi, aujourd'hui, onze nouveaux candidats vaccins sont en phase d'essai clinique. Le Lancet a récemment consacré une série d'articles à la lutte contre la tuberculose dans le monde. L'un d'entre eux décrit les recherches portant sur le développement de ces vaccins ainsi que l'étude de nouvelles stratégies vaccinales.
Outre le remplacement du BCG par un vaccin pré-exposition plus efficace, le développement d'un "booster" pour les personnes ayant déjà reçu le BCG est également envisagé. À ce jour, un tiers de la population mondiale serait d'ores et déjà infecté, d'où l'intérêt de rechercher aussi un vaccin efficace dans la prévention du passage du stade d'infection tuberculeuse latente vers celui de tuberculose maladie. Enfin, un vaccin thérapeutique susceptible de contribuer à raccourcir la durée du traitement et à prévenir les rechutes représenterait un atout supplémentaire.
Selon les modélisations citées par le Lancet, l'utilisation de nouveaux vaccins pré-exposition pourrait réduire de 39 à 52 % l'incidence de la tuberculose d'ici à 2050. En les associant avec de meilleurs outils diagnostiques et de nouveaux traitements moins longs et actifs sur les bacilles résistants aux molécules actuelles, l'incidence pourrait diminuer de 71 % voire de 94 % si des vaccins post-exposition efficaces étaient disponibles et si des actions de santé publique optimisant l'utilisation à grande échelle de ces progrès techniques étaient mises en œuvre.
En 2007, l'incidence mondiale était estimée à 139 nouveaux cas pour 100 000 habitants (49 dans la région européenne de l'OMS, 363 en Afrique). Ces quelques chiffres permettent de mesurer l'importance des efforts à fournir pour atteindre l'objectif du partenariat "Halte à la tuberculose" qui est d'éliminer, d'ici à 2050, la tuberculose en tant que problème de santé publique, c'est à dire limiter l'incidence à moins d'un cas annuel par million d'habitants.
Pour en savoir plus :
- Nations unies : Objectifs du Millénaire pour le développement, rapport 2010
- OMS : Vaccin BCG. Note de synthèse: position de l’OMS.2004
- OMS : Lutte mondiale contre la tuberculose: principales contatations tirées du rapport publié par l'OMS en décembre 2009
- Partenariat "halte à la tuberculose" : Strategic Plan of the Stop TB Partnership Working Group on New TB Vaccines 2006-2015
- Kaufmann S H E, Hussey G, Lambert P-H. Tuberculosis. New vaccines for tuberculosis. The Lancet 2010; 375(9731):2110-2119.
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