Gardasil : après 7 ans de suivi, le rapport bénéfice/risque est en faveur de la vaccination

Publié le 14 avr. 2014 à 16h09

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 26 août 2020.

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient d'actualiser sur son site Internet les données de sécurité du vaccin Gardasil contre les papillomavirus humains.

Le vaccin Gardasil en particulier et la vaccination contre les maladies provoquées par les papillomavirus humains (en anglais HPV, pour Human Papillomavirus) font actuellement  en France l'objet de deux polémiques. Une polémique plutôt grand public est alimentée par des suspicions de liens avec le déclenchement de maladies auto-immunes.

La polémique sur la sécurité vaccinale est plutôt issue du grand public, suite à la survenue de cas de maladies auto-immune après la vaccination, relayés notamment par les avocats des victimes. Les études conduites par les autorités sanitaires en France et dans le monde plaident toutes pour des coïncidences temporelles, comme cela est expliqué dans une autre nouvelle publiée sur MesVaccins.net.

Une autre polémique, relayée par certains médecins, concerne l'efficacité du vaccin contre les papillomavirus. L'argumentaire n'est pas fondé sur les effets indésirables, mais sur l'efficacité du vaccin contre le cancer du col "qui n'est pas prouvée", l'existence d'une autre méthode de prévention (le dépistage par le frottis cervico-utérin) et le coût du vaccin, jugé trop élevé. Cette polémique a été relayée par environ 500 professionnels de santé signataires d'une pétition.

La mise en évidence de l'efficacité du vaccin contre les cancers prendra en effet du temps car les tumeurs du col de l'utérus se développent en dix à vingt ans. Cependant, les données scientifiques disponibles montrent que l'infection à papillomavirus est un préalable constant au développement de lésions précancéreuses, qui précèdent elles-même toujours la survenue d'un cancer invasif. Les études ayant montré que le vaccin est très efficace pour éviter la survenue de lésions précancéreuses, il est donc très raisonnable de penser qu'il sera capable d'empêcher la survenue de cancers, à condition toutefois de l'administrer suffisamment tôt, avant les premiers rapports sexuels (le vaccin n'est pas capable de lutter contre les virus qui ont déjà infecté le col de l'utérus). Sachant que toutes les femmes ne se font pas dépister, loin s'en faut, les autorités sanitaires on recommandé de combiner les stratégies de dépistage et de vaccination. Quant au coût de la vaccination, il sera réduit automatiquement d'un tiers avec la possibilité d'utiliser un schéma vaccinal à deux doses au lieu de trois pour le vaccin Gardasil comme pour le vaccin Cervarix

Une contre-pétition, parue dans le Quotidien du médecin sur la base de cet argumentaire scientifique, a alors été lancée par plusieurs sociétés savantes (Association Française de Pédiatrie Ambulatoire, Association Nationale des Puéricultrices Diplômées et des Etudiantes, Collège National des Gynécologues Obstétriciens de France, Collège National des Sages-femmes de France, Groupe de Pathologie Infectieuse Pédiatrique, Société Française de Colposcopie et de Pathologie Cervico-vaginale, Société Française de Pédiatrie, Société Nationale Française de Colo-Proctologie et Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française) qui dénoncent une campagne de dénigrement de la vaccination contre les papillomavirus sans fondement scientifique et demandent le soutien de cette vaccination.

Ces polémiques ont en effet entrainé une diminution de la couverture vaccinale contre les infections à papillomavirus, pour laquelle la France est loin de ses objectifs de vaccination. En 2010, 43,5 % des jeunes filles de 15 ans avaient reçu 1 dose vaccinale et 27 % avaient un schéma vaccinal complet (3 doses) ; en 2012, 21 % des jeunes filles d'une même classe d'âge avaient initié la vaccination anti-HPV.

Le vaccin Gardasil

Il s'agit d'un des deux vaccins indiqués pour la prévention des maladies provoquées par les HPV. Ce vaccin est indiqué pour la prévention :  

  • des lésions génitales précancéreuses (du col de l'utérus, de la vulve et du vagin) et du cancer du col de l'utérus, dues notamment aux types HPV 16 et 18 ;
  • des verrues génitales (condylomes acuminés) dues aux génotypes 6 et 11.

La vaccination contre les maladies provoquées par les papillomavirus est recommandée en France chez les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans, avec un rattrapage pour les filles non vaccinées âgées de 15 à 19 ans.

Cadre juridique du suivi de sécurité du vaccin Gardasil

Depuis son Autorisation de mise sur le marché (AMM) en 2006, Gardasil fait l'objet d'un suivi renforcé de sa tolérance dans le cadre d'un plan de gestion de risques, demandé par l'Agence Européenne du médicament à la firme pharmaceutique titulaire de l'AMM et d'un suivi national renforcé de pharmacovigilance demandé par l'ANSM. Le suivi national est conduit par le centre régional de pharmacovigilance de Bordeaux.

Le but de ces suivis à moyen et long terme est de collecter des données supplémentaires en termes de tolérance, après la commercialisation d'un nouveau médicament ou d'un nouveau vaccin, dans le cadre de nouvelles réglementations communautaires relatives à la sécurité des médicaments en général.

A noter que l'autre vaccin commercialisé contre les maladies à HPV (Cervarix) fait également l'objet du même circuit de surveillance de sécurité d'emploi.

Actualisation des données de sécurité du vaccin Gardasil en avril 2014

Les bilans de pharmacovigilance ont déjà fait l'objet de publications en 2008, 2009 et 2011 de la part de l'ANSM. Les données actualisées de pharmacovigilance présentées en avril 2014 sont résumées ici.

Depuis sa commercialisation jusqu'au 20 septembre 2013, 5,5 millions de doses de Gardasil ont été distribuées en France. Dans le monde, plus de 127 millions de doses ont été délivrées pour la même période. Avec un recul d'un suivi de sept ans, Gardasil a fait l'objet dans notre pays de 2.092 notifications d'effets indésirables, dont 503 graves, depuis sa commercialisation (3). Un événement indésirable grave est défini par le code de la santé publique comme un effet létal ou susceptible de mettre la vie en danger, ou entraînant une invalidité ou une incapacité importantes ou durables, ou provoquant ou prolongeant une hospitalisation, ou se manifestant par une anomalie ou une malformation congénitale.

Sur la totalité de ces 2.092 effets indésirables, 76 % d'entre eux correspondent à des cas non graves tels que des douleurs au site d'injection. Les 503 événements graves concernent des affections du système nerveux dans 35 % des cas et des atteintes musculo-squeletiques dans 10 % des cas. Il a été notifié 127 cas de maladies auto-immunes (événement grave), dont 17 cas de sclérose en plaques. Aucun syndrome régional douloureux complexe (ce syndrome ayant été rapporté chez certaines jeunes filles japonaises vaccinées) n'a été décrit en France.

Par ailleurs, l'enquête épidémiologique de suivi d'une cohorte de jeunes filles nées entre 1992 et 1996, sur la base des données du Système national d'information inter-régimes de l'Assurance maladie, ne montre pas après un suivi de 3 ans, d'augmentation du nombre de sclérose en plaques ou de maladies auto-immunes chez 600.000 jeunes filles vaccinées, par comparaison au nombre de cas chez 1.174.535 jeunes filles non vaccinées.

L'ensemble de ces résultats est concordant avec les données de la littérature internationale et française et ne remet pas en cause le bénéfice positif de cette vaccination dans la prévention des maladies liées à certains types d'HPV.

Conclusion

Le vaccin Gardasil fait l'objet régulièrement de la part des autorités sanitaires de données actualisées de sécurité et de mises au point de rubriques de type «questions réponses» afin d'informer et de répondre aux interrogations du public comme des professionnels de santé.

A l'échelon européen dont national, l'ensemble des données de surveillance ne remette pas en cause le rapport bénéfice/risque favorable de ce vaccin.

Enfin, vacciner tôt contre les papillomavirus, dès l'âge de 11 ans, présente plusieurs avantages. Le premier avantage est de diminuer le risque de coïncidence temporelle entre la vaccination et la survenue d'une affection démyélinisante, ce qui peut contribuer à rassurer autant les médecins que les familles. Le deuxième avantage est d'augmenter les chances de succès de la prévention vaccinale, car le vaccin est plus efficace lorsqu'il est administré avant la survenue d'une infection par les papillomavirus.

Références

1. Vaccin contre les papillomavirus humains ; faits et preuves 01/12/2013 ;

2. Données de couverture vaccinale vis-à-vis des papillomavirus ;

3. ANSM. Bilan de suivi de pharmacovigilance de Gardasil, avril 2014.