L'accélération de la circulation des virus grippaux animaux et humains et de leurs recombinaisons génétiques incite à la plus grande vigilance

Publié le 1 mar. 2015 à 22h24

Biographie

Médecin retraité, spécialisé en médecine des voyages. Membre de la Société de médecine des voyages (depuis 2000) Formateur en vaccinologie et médecine des voyages (depuis 2000)

Liens d'intérêt

Absence de lien d’intérêt avec les firmes pharmaceutiques

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a signalé le 26 février 2015 que la situation mondiale de la grippe est caractérisée par un certain nombre de tendances qui doivent être suivies de près. Celles-ci comprennent :

  • une augmentation de la diversité des virus de la grippe aviaire, avec co-circulation et échange de matériel génétique, donnant naissance à de nouvelles souches ;
  • des cas d'infections A(H7N9) humains en Chine ;
  • une poussée récente de cas humains de A(H5N1) en Egypte ;
  • une modification du virus A(H3N2) de la grippe saisonnière, qui a affecté la protection conférée par le vaccin actuel.

Ces observations sont particulièrement préoccupantes.

Virus chez les oiseaux sauvages et domestiques

La diversité et la répartition géographique des virus grippaux actuellement en circulation chez les oiseaux sauvages et domestiques sont sans précédent depuis l'avènement des outils modernes pour la détection et la caractérisation des virus.

Les virus des sous-types H5 et H7 sont les plus préoccupants, car ils peuvent muter rapidement d'une forme qui provoque des symptômes bénins chez les oiseaux à celle qui provoque une maladie grave et mortelle dans les populations de volailles, entraînant des épidémies dévastatrices et d'énormes pertes pour l'industrie de la volaille et les agriculteurs.

Depuis le début de l'année 2014, l'Organisation de la santé animale a été informée de la survenue de 41 flambées de virus H5 et H7 chez les oiseaux, impliquant sept virus différents dans 20 pays.

Certains de ces foyers ont concerné uniquement des oiseaux sauvages.

La détection de virus hautement pathogènes chez les oiseaux sauvages signale la nécessité d'une surveillance étroite des élevages de volailles.

Le virus A(H7N9) infecte les volailles et les hommes

Les trois premiers cas humains au monde de l'infection par le virus aviaire A(H7N9) ont été signalés par la Chine le 31 mars 2013.

À ce jour, 602 cas humains d'infection à virus A(H7N9) et 227 décès ont été rapportés, la grande majorité en Chine continentale.

Comme le virus A(H5N1), le virus A (H7N9) provoque une maladie grave chez l'homme. Mais contrairement au virus A(H5N1), le virus A(H7N9) ne provoque pas de maladie ou de décès chez les oiseaux. L'absence de signes de la maladie chez les oiseaux infectés enlève le signal d'avertissement appelant à une surveillance accrue des cas humains.

Une proportion importante des cas humains est liée à une exposition directe à des volailles vivantes ou dans des environnements contaminés, y compris les marchés de volailles vivantes.

Tout indique que le virus A(H7N9) ne se transmet pas facilement d'une personne à une autre, même si elle peut se transmettre de l'oiseau à l'homme plus facilement que le virus A(H5N1).

Environ 36 % des cas humains signalés sont mortels. On ne sait pas encore si un nombre important de cas asymptomatiques ou à symptomatologie bénigne sont également survenus sans être détectés. L'existence de ces cas ferait baisser le pourcentage de personnes décédées par l'infection.

Le virus A (H5N1) est actuellement la menace la plus évidente pour la santé

Le virus de la grippe aviaire hautement pathogène A(H5N1), qui a été à l'origine de flambées épidémiques chez les volailles en Asie presque sans interruption depuis 2003 et est maintenant endémique dans plusieurs pays, demeure le virus de la grippe animale le plus préoccupant pour la santé humaine.

De fin 2003 à Janvier 2015, 777 cas humains confirmés en laboratoire d'infection par le virus A(H5N1) ont été signalés à l'OMS par 16 pays. Parmi ces cas, 428 (55 %) ont été mortels.

Au cours des deux dernières années, le virus A(H5N1) a co-circulé chez les oiseaux avec des souches nouvellement détectées : A(H5N2), A(H5N3), A(H5N6) et A(H5N8).

En Chine, les virus A(H5N1), A(H5N2), A(H5N6) et A(H5N8) co-circulent chez les oiseaux avec les virus A(H7N9) et A(H9N2).

Le virus A(H9N2) a été un ajout important à ce mélange, car il a servi de «donneur» de gènes internes pour les virus A(H5N1) et A(H7N9).

Au cours des quatre derniers mois, deux infections humaines par le virus A(H9N2) se sont produites en Chine. Les deux infections étaient modérées et les patients ont guéri sans séquelle.

Les virologues interprètent la récente prolifération de virus émergents comme un signe de la co-circulation de virus grippaux s'échangeant rapidement le matériel génétique pour former de nouvelles souches. Les virus de sous-type H5 ont montré une forte capacité à contribuer à ces événements dits de "réassortiment".

Le génome du virus de la grippe est segmenté en huit gènes distincts qui peuvent être mélangés (on dit "réassortis") comme des cartes à jouer quand un oiseau ou un mammifère est co-infecté par un virus différent.

Avec 18 HA (hémagglutinine) et 11 NA (neuraminidase) entrant dans la combinaison de sous-types connus, les virus grippaux peuvent constamment se renouveler pour enrichir une importante collection de combinaisons possibles. Ce qui semble se produire aujourd'hui à un rythme accéléré.

On en sait peu sur le potentiel d'infection des humains qu'ont ces nouveaux virus, mais certaines infections humaines isolées ont été détectés.

L'épidémie à virus A (H5N1) en Egypte a débuté en novembre 2014

L'augmentation soudaine du nombre de cas en janvier et février 2015 est préoccupante. De novembre 2014 au 23 février 2015, l'Egypte a signalé 108 cas humains et 35 décès.

Selon l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), un total de 76 foyers de grippe aviaire à virus A(H5N1) hautement pathogène a été détecté dans 20 des 27 gouvernorats de l'Egypte entre le 18 janvier et le 7 février 2015. La majorité sont des foyers domestiques.

Le 10 février, les autorités égyptiennes ont notifié à l'OMS un cas d'infection à virus A(H9N2) chez un garçon de trois ans. L'évolution clinique a été favorable et le garçon a quitté l'hôpital complètement guéri. Cependant, le fait que le virus A(H9N2) co-circule avec le virus A(H5N1) est préoccupant.

Protection du vaccin contre la grippe saisonnière réduite

Les experts réunis par l'OMS décident de la composition des vaccins contre la grippe saisonnière pour l'hémisphère nord en février de chaque année. Cela donne aux fabricants suffisamment de temps pour avoir des doses de vaccins prêtes avant le début de la saison de la grippe, habituellement en octobre ou novembre.

Depuis février 2014, la constitution génétique et les propriétés antigéniques du virus A(H3N2), le virus saisonnier qui prédomine en Amérique du Nord et en Europe, a changé de manière significative. Ce changement a permis à la plupart des virus circulants d'échapper à la protection conférée par le vaccin, qui contient une souche A(H3N2) différente.

L'état de préparation mondiale à une pandémie de grippe

Le niveau d'alerte est élevé, soutenu par une surveillance virologique élevée dans les populations humaines et animales. Par exemple, au cours de l'année 2014, les 142 laboratoires chargés de la surveillance de la grippe dans le monde, situés dans 112 pays, ont testé plus de 1,9 millions d'échantillons.

Ce contexte incite à une extrême vigilance, l'accélération de la circulation des virus grippaux et de leurs échanges génétiques pouvant conduire in fine à l'émergence d'une pandémie.

Source : Organisation mondiale de la santé.