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Vaccin chinois contre l'hépatite E : l'OMS envisage son utilisation en cas d'épidémie dans un pays en développement

Publié le 4 mai 2015 à 15h41

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

L'hépatite E

L'hépatite E est une maladie du foie provoquée par le virus de l'hépatite E (VHE), un virus à acide ribonucléique (ARN) non enveloppé qui appartient à la famille des Hepeviridæ. Quatre génotypes infectant les hôtes mammifères (génotypes 1, 2, 3 et 4) sont connus, appartenant tous à un sérotype unique.

L'hépatite E est l'une des principales causes d'hépatite virale aiguë dans les pays en développement. 

Une étude sur la charge de morbidité mondiale de la maladie a estimé que les génotypes 1 et 2 du virus de l'hépatite E sont responsables chaque année de plus de 20 millions d'infections, avec 3,4 millions de cas symptomatiques, 70 000 décès et 3 000 morts de nouveau-nés. Dans les pays en développement, où l'hépatite E est imputable aux génotypes 1 et 2, la maladie touche principalement les jeunes adultes (âgés de 15 à 39 ans), avec une prépondérance chez les sujets de sexe masculin. Chez les femmes enceintes, l'infection par un virus de génotype 1 est associée à une mortalité élevée. 

Le génotype 1 est largement répandu en Asie et en Afrique. Le génotype 2 a été rapporté au Mexique, au Nigéria et en Namibie.

Les génotypes 3 et 4 sont zoonotiques : ils infectent des mammifères et sont transmis occasionnellement à l'homme. Le génotype 3 est surtout présent dans les pays industrialisés, tandis que le génotype 4 est surtout observé en Chine et à Taïwan.

Le virus de l'hépatite E se transmet principalement par voie féco-orale, du fait de la contamination fécale de l'eau de boisson. D'autres voies de transmissions ont été observées :

  • la transmission par les aliments due à l'ingestion de produits dérivés d'animaux infectés ;
  • la transfusion de produits sanguins infectés ;
  • la transmission verticale d'une femme enceinte au foetus. 

L'hépatite E régresse spontanément en 4 à 6 semaines. Occasionnellement, une forme fulminante d'hépatite E (insuffisance hépatique aiguë) peut apparaître et entraîner le décès.  

L'eau contaminée est à l'origine des épidémies les plus importantes. La consommation d'aliments ou de fruits de mer crus ou peu cuits a également est à l'origine de cas sporadiques dans des zones d'endémie.

Les facteurs de risque de l'hépatite E sont liés à un assainissement médiocre dans de grandes parties du monde et à la présence du virus dans les matières fécales.

La période d'incubation suivant l'exposition au virus de l'hépatite E va de trois à huit semaines, avec une moyenne de 40 jours. On ignore pendant combien de temps le sujet reste contagieux. Le virus de l'hépatite E entraîne des cas d'hépatite virale aiguë sporadique et épidémique. L'infection symptomatique est plus répandue chez les jeunes adultes âgés de 15 à 40 ans. Bien que l'infection soit fréquente chez l'enfant, elle est le plus souvent asymptomatique ou très bénigne et sans jaunisse (ictère) ; elle n'est alors pas diagnostiquée. Les signes caractéristiques de l'hépatite sont les suivants :

  • jaunisse (coloration jaunâtre de la peau et de la sclérotique, urines foncées et selles de couleur claire) ;
  • anorexie (perte d'appétit) ; 
  • hépatomégalie (hypertrophie du foie, qui est douloureux au toucher) ; 
  • douleurs abdominales et sensibilité à la palpation ; 
  • nausées et vomissements ;
  • fièvre.

Ces symptômes sont difficiles à distinguer de ceux qui apparaissent lors de la phase aiguë d'une affection hépatique quelconque et durent généralement d'une à deux semaines.

Dans de rares cas, une hépatite E aiguë peut évoluer en hépatite fulminante (insuffisance hépatique aiguë) et entraîner le décès. L'hépatite fulminante est plus fréquente pendant la grossesse. Les femmes enceintes sont plus exposées à des complications obstétricales et à la mortalité par hépatite E, qui peut induire une létalité (proportion de décès parmi les cas) de 20 % chez les femmes enceintes au dernier trimestre.

Des cas d'infection chronique par le virus de l'hépatite E ont été signalés chez des personnes immunodéprimées. La réactivation d'une infection par l'hépatite E a également été signalée chez des personnes présentant un déficit immunitaire.

Les cas d'hépatite E ne peuvent pas être cliniquement différenciées des autres types d'hépatite virale aiguë. Le diagnostic de l'hépatite E est donc généralement basé sur la mise en évidence de taux élevés d'anticorps spécifiques (IgM et IgG) dans le sang. Le diagnostic peut également être réalisé par la détection directe du génome du virus de l'hépatite E (technique d'amplification génique ou PCR) dans le sang ou les selles.

On doit suspecter l'hépatite E en cas de flambées d'origine hydrique dans un pays en développement, surtout si l'affection est plus grave chez la femme enceinte ou si l'hépatite A a été exclue.

On ne dispose d'aucun traitement permettant d'infléchir l'évolution de l'hépatite aiguë. La prévention constitue donc l'approche la plus efficace contre la maladie. L'hépatite E régressant généralement spontanément, l'hospitalisation n'est en général pas nécessaire. Elle s'impose cependant en cas d'hépatite fulminante et doit être envisagée pour la femme enceinte infectée.

Le risque d'infection et de transmission peut être réduit :

  • en maintenant des normes de qualité pour les approvisionnements publics en eau ; 
  • en mettant en place des systèmes d'élimination adéquats pour éliminer les déchets sanitaires.

Au niveau individuel, le risque d'infection peut être réduit :

  • en respectant des pratiques d'hygiène telles que le lavage des mains avec de l'eau propre, en particulier avant de manipuler des aliments ;
  • en évitant de consommer de l'eau ou de la glace de qualité inconnue ; 
  • en respectant des pratiques d'hygiène de l'OMS concernant la manipulation des aliments.

La morbidité globale due à l'hépatite E est particulièrement élevée dans les régions où l'eau potable fait défaut, la contamination fécale de l'eau de boisson étant l'une des voies principales de transmission du virus. Des flambées d'hépatite E à transmission hydrique ont été signalées dans au moins 30 pays sur trois continents (Asie, Afrique et Amérique, notamment au Mexique) ; elles étaient toutes dues aux génotypes 1 ou 2 du VHE. Le sous-continent indien est fréquemment sujet à des flambées de grande ampleur d'hépatite E à transmission hydrique.

Le vaccin Hecolin® contre l'hépatite E

Le seul vaccin actuellement homologué contre l'hépatite E (HEV 239, ou Hecolin®), a été mis au point et fabriqué par le laboratoire Xiamen Innovax Biotech Co., Ltd., en Chine. L'antigène du vaccin Hecolin est un peptide de 239 acides aminés. Ce vaccin est très immunogène, toutes les personnes ayant reçu le schéma vaccinal en trois doses (0, 1 et 6 mois) produisant des anticorps protecteurs.

En Chine, les études réalisées ont montré que le vaccin Hecolin® est très efficace chez les personnes en bonne santé âgées de 16 à 65 ans, notamment contre le génotype 4. Les données concernant l'efficacité contre les génotypes 1, 2 et 3 sont limitées, mais a contrario il n'existe pas de données pouvant faire craindre un manque d'efficacité contre ces génotypes.

Les autorités sanitaires chinoises recommandent la vaccination des personnes âgées de 16 à 65 ans qui sont à risque élevé d'infection par le virus de l'hépatite E : fermiers dans les élevages d'animaux, personnel de l'alimentation, étudiants, militaires, jeunes femmes et voyageurs.

Les recommandations vaccinales contre l'hépatite E de l'Organisation mondiale de la santé

En l'absence d'informations suffisantes à ce stade, l'OMS ne peut émettre de recommandation quant à l'introduction de ce vaccin dans les programmes nationaux de vaccination systématique de la population dans les pays où les épidémies ou les cas sporadiques d'hépatite E sont courants. 

En raison du manque d'informations sur l'innocuité, l'immunogénicité et l'efficacité du vaccin dans les sous-groupes suivants de la population, l'OMS ne peut recommander son utilisation systématique chez les enfants ou adolescents de moins de 16 ans, les femmes enceintes, les personnes atteintes d'une affection chronique du foie, les patients en attente d'une transplantation ou les voyageurs.

Cependant, en situation épidémique, l'OMS recommande d'envisager l'utilisation du vaccin contre l'hépatite E pour réduire les conséquences de l'épidémie dans les groupes à risque : femmes enceintes, voyageurs et travailleurs humanitaires.

Avant d'envisager d'autres recommandations, les informations suivantes devront être obtenues : 

  • Incidence et mortalité de l'hépatite E en général et dans des populations spécifiques.
  • Immunogénicité du vaccin Hecolin® en dehors de la tranche d'âge des 16-65 ans et dans les populations présentant un risque élevé d'hépatite E (par exemple chez les personnes souffrant d'une affection chronique ou d'un déficit immunitaire), chez les femmes enceintes, après administration du vaccin par voie sous-cutanée ou intra-dermique, ou après l'administration d'un schéma vaccinal accéléré.

À mesure que des données supplémentaires deviendront disponibles, l'OMS réexaminera sa position sur le vaccin contre l'hépatite E et l'adaptera le cas échéant.

Références

  1. Organisation mondiale de la santé (OMS), Relevé épidémiologique hebdomadaire du 1er mai 2015.
  2. Position de l'OMS sur les vaccins contre l'hépatite E du 1er mai 2015 : résumé.
  3. Position de l'OMS sur les vaccins contre l'hépatite E du 1er mai 2015 : présentation des points clefs.

Maladie : Hépatite E

Vaccin : Hecolin

Référence principale :