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Epidémie d'infections à méningocoques W sur le campus de Dijon : caractéristiques et stratégie de lutte

Publié le 6 jan. 2017 à 08h31

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Rappels sur les méningocoques et les infections qu'ils entrainent. 

Le méningocoque (Nom d'espèce : Neisseria meningitidis) est une bactérie présente dans la gorge de certaines personnes appelées "porteurs du méningocoque". Le méningocoque se transmet par l'intermédiaire de gouttelettes de salive lors d'un contact rapproché (moins d'un mètre) entre un porteur de cette bactérie et une autre personne. Dans les jours qui suivent son installation dans la gorge, le méningocoque peut traverser la muqueuse, atteindre la circulation sanguine et entraîner une infection grave dite "invasive" (méningite ou septicémie) dont l'évolution peut conduire au décès du malade. Le purpura fulminans est une complication redoutable de l'infection à méningocoque, qui se traduit par des plaques hémorragiques cutanées et un choc septique foudroyant mortel une fois sur trois. Le méningocoque est entouré d'une capsule qui explique en grande partie sa virulence. La composition de cette capsule permet de distinguer 12 sérogroupes, mais cinq sérogroupes sont responsables à eux seuls de 99 % des cas d'infection invasive : A, B, C, W (auparavant nommé W135) et Y. Les sérogroupes en cause peuvent être très différents d'une région du monde à l'autre. De plus, les bactéries appartenant à un même sérogroupe (C ou W, par exemple) peuvent elles-mêmes être différentes (tout comme l'espèce humaine est composée d'individus différents). Pour savoir si plusieurs cas d'infection à méningocoque d'un même sérogroupe sont causés par la même souche (on emploie également le terme de clone) ou par des souches différentes, il est possible de caractériser précisément les protéines et le génome de chaque souche pour les comparer entre elles. Ce travail de caractérisation est effectué au Centre national de référence des méningocoques à l'Institut Pasteur à Paris.

Les cas d'infection à méningocoque survenus dans le campus universitaire de Dijon.

Le décès le 22 décembre 2016 en Belgique d'une étudiante de la faculté de droit de l'Université de Dijon d'un purpura fulminans à méningocoque de sérogroupe W a motivé une alerte sanitaire. Il s'agissait en effet du troisième cas d'infection invasive à méningocoque W affectant des étudiants du campus universitaire de Dijon depuis octobre. Le premier cas (étudiante de 20 ans de la faculté de droit) est également décédé. Le second cas, survenu également en octobre (jeune fille de 17 ans de la Faculté de sociologie), a évolué favorablement. Ces trois cas représentent un taux d'attaque de 10,8 / 100 000 étudiants, dépassant le seuil épidémique.

Les deux premiers cas sont liés à un même variant désigné par la formule suivante : W:P1.5,2:F1-1:cc11. Cette formule correspond à une caractérisation précise des protéines et du génome de la bactérie, comme nous l'avons indiqué ci-dessus (W désigne le sérogroupe, P et F des protéines et cc le complexe clonal). Le typage du méningocoque W responsable du dernier cas est en cours. 

Ce clone est apparu en Amérique du Sud et au Royaume-Uni et tend à s'implanter en Europe. Il a pour caractéristique de provoquer fréquemment des formes atypiques d'infection invasive à méningocoque, notamment des formes digestives (nausées, douleurs abdominales, vomissements) et sa particulière virulence [1-2]. Il est à signaler qu'en Bourgogne trois autres cas d'infection à méningocoque dus à ce clone ont été observés en 2016 : un cas survenu chez une étudiante d'une école de commerce (en dehors du Campus) et deux cas chez des personnes âgées, l'une résidant à Dijon, l'autre dans une ville proche. Le seuil épidémique n'est pas dépassé à Dijon (et a fortiori en Côte d'Or et en Bourgogne).

Cette situation survient dans un contexte d'une augmentation de l'incidence des infections invasives à méningocoque en France, augmentation liée à l'installation de ce clone W:P1.5,2:F1-1:cc11, qui tend à remplacer le clone « africain » qui circulait jusque là. Le nombre de cas déclarés fin novembre était de 48 contre 26 en moyenne les trois années précédentes. L'augmentation la plus forte a été observée chez les nourrissons âgés de moins d'un an, les adolescents et jeunes adultes âgés de 15 à 24 ans ainsi que chez les personnes âgées de plus de 60 ans.

La létalité est la proportion de décès parmi les cas observée : elle indique le risque de mourir chez les personnes atteintes de la maladie. Cette létalité est de 26 % pour les infections dues au sérogroupe W. Si elle est inchangée par rapport aux dernières années, elle est deux fois plus élevée que pour les infections dues aux sérogroupes C ou B.

Les mesures de lutte contre les infections à méningocoque sur le campus universitaire de Dijon.

La situation épidémique observée sur le campus universitaire de Dijon a justifié la mise en place rapide des modalités habituelles de prévention de survenue de cas secondaires (c'est-à-dire des cas dus à la transmission du clone à partir des cas déjà survenus) : antibioprohylaxie (un antibiotique est prescrit pour éliminer les bactéries présentes dans la gorge, avant qu'elles n'atteignent le sang et le cerveau) et vaccination des sujets contacts, c'est-à-dire des personnes qui ont été en contact très étroit (moins d'un mètre) avec une personne malade. Ces mesures ont concerné une cinquantaine de personnes pour le dernier cas.

La mise en place d'une campagne de vaccination élargie a été décidée et mise en place par les autorités de santé. La cible concerne la population étudiante de Dijon : le campus universitaire ainsi que les écoles. Enseignants et personnels travaillant sur les lieux sont également concernés, soit au total un peu plus de 30 000 personnes. Les deux vaccins quadrivalents méningococciques conjugués ACWY (Nimenrix® et Menvéo®) sont efficaces contre le clone identifié et pourront être utilisés. La campagne de vaccination est organisée par l'Agence régionale de santé (ARS) Bourgogne-Franche-Comté avec le soutien de l'Université et du CHU de Dijon.

Pour des raisons de logistique, la vaccination organisée sur le campus universitaire se déroulera en trois vagues : la première a débuté le 4 janvier et concerne les étudiants du pôle économie et gestion où sont apparus les derniers cas (soit 750 à 1 000 personnes) et s'étendra sur une semaine environ. Suivra une seconde phase pendant une quinzaine de jours, qui concernera 8 000 à 10 000 personnes. La troisième phase concernera les quelques 20 000 personnes restantes fréquentant le campus universitaire de Dijon.

L'objectif de cette campagne est d'éradiquer de la communauté universitaire cette souche de sérogroupe W, nouvellement implantée et d'autant plus agressive que la population ne possède aucune immunité contre elle. L'objectif secondaire est également de limiter la diffusion de cette souche inquiétante au sein de la population générale. Le succès dépendra de l'acceptabilité de cette vaccination et de la couverture vaccinale.

Quels sont les risques d'extension de ce clone de méningocoque W ?

Il convient de rappeler qu'au Royaume-Uni, l'implantation de cette même souche virulente a conduit les autorités de santé à mettre en place un programme de vaccination systématique des adolescents par un vaccin méningococcique quadrivalent ACWY. Pour l'instant, ce n'est pas le cas en France.

Références

  1. Campbell H and Ladhani S. The importance of surveillance: Group W meningococcal disease outbreak response and control in England. Int Health 2016.
  2. Campbell H, Parikh SR, Borrow R, Kaczmarski E, Ramsay ME, Ladhani SN. Presentation with gastrointestinal symptoms and high case fatality associated with group W meningococcal disease (MenW) in teenagers, England, July 2015 to January 2016. Euro Surveill. 2016;21(12):pii=30175.
  3. Cas groupés d'infection grave à méningocoque W chez des étudiants de la région de Dijon. Nouvelle sur MesVaccins.net. 26 décembre 2016.
  4. Agence nationale de santé publique. Note d'information sur les infections invasives à méningocoque du sérogroupe W. 26 décembre 2016.
  5. Interview du Dr Daniel Lévy-Brühl (Agence nationale de santé publique) sur France Culture. 6 janvier 2017.

Maladie : Méningocoques ACWY

Vaccins : MENVEO NIMENRIX