Après un épisode de covid 19, une dose unique de vaccin à ARNm provoque une forte production d'anticorps capables de neutraliser le SARS-CoV-2 et son variant sud-africain

Publié le 15 fév. 2021 à 19h40

Biographie

MD, PhD, ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), Brétigny sur Orge, France.

Habilitation à diriger les recherches.

Enseignant à l’Ecole du Val-de-Grâce, à l’université d’Aix-Marseille, à l’Institut de formation en soins infirmiers Saint Joseph, Marseille.

Expert auprès de Santé publique France, de la Haute autorité de santé (HAS) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC).

Membre du Comité de protection des personnes (CPP) Sud-Ouest et Outre-mer II.

Liens d'intérêt

Absence de lien avec l’industrie pharmaceutique.

Aucune participation à des études cliniques de médicaments ou vaccins.

Déclaration établie le 2 janvier 2012, mise à jour le 21 septembre 2021.

L'apparition de variants du SARS-CoV-2, et particulièrement du variant sud-africain, suscite l'inquiétude, car on craint que les mutations présentées permettent aux virus d'échapper à l'immunité développée à l'occasion d'un épisode d'infection par le SARS-CoV-2 original, ou induite par un vaccin développé à partir de ce même virus. Certaines observations alimentent cette inquiétude : des cas d'infection par un virus variant ont été décrits chez des personnes déjà infectées une première fois par le virus original, l'Afrique du Sud a suspendu la vaccination par le vaccin du laboratoire AstraZeneca, qui ne semble pas offrir de protection suffisante contre le variant très répandu localement.

Une étude plutôt rassurante vient d'être publiée par une équipe américaine. Les chercheurs se sont intéressés à des personnes guéries après un épisode de covid 19, ayant ensuite reçu ou non une première dose de vaccin ARNm (Comirnaty de Pfizer-BioNTech ou COVID-19 Vaccine Moderna) (1). Ils ont mesuré le pouvoir neutralisant du sérum et d'anticorps monoclonaux issus de ces personnes contre le SARS-CoV-2 original (souche Wuhan-Hu-1) et contre le variant isolé en Afrique du Sud, B.1.351. Alors que tous les sérums de convalescents étaient capables de neutraliser faiblement Wuhan-Hu-1, seule la moitié était active contre B.1.351. Après vaccination, les titres neutralisants ont été multipliés par près de 1 000 contre les deux virus, restant toutefois plus élevés contre Wuhan-Hu-1. Le nombre de cellules B mémoires et les concentrations d'anticorps IgA et IgG capables de reconnaitre la protéine S des deux virus ont également été très augmentés.

Les tests réalisés avec les anticorps monoclonaux ont montré que l'activité neutralisante stimulée par la vaccination était probablement dirigée contre le domaine RBD (domaine de fixation au récepteur) et la région S2 de la protéine S du virus, qui sont pourtant concernées par les mutations apparues sur le variant.

Pour les chercheurs, ces observations suggèrent que l'effet stimulant d'une dose de vaccin administrée à des personnes déjà immunisées par l'infection naturelle ("boost") est capable de développer une réponse neutralisante contre le virus correspondant au vaccin et contre ses variants. Bien qu'on n'ait pas encore établi de corrélation rigoureuse entre pouvoir neutralisant du sérum et protection contre l'infection ou la maladie, les anticorps neutralisants jouent probablement, comme dans d'autres infections, un rôle très important. Des expériences d'immunisation et de transfert passif d'immunité chez l'animal en font la démonstration.

L'étude est donc rassurante sur la capacité des vaccins déjà autorisés à induire une immunité protectrice contre les variants existants ou susceptibles d'émerger. Elle n'a toutefois porté que sur 10 convalescents et que sur les vaccins à ARN messager.

Référence

  1. L. Stamatatos, J. Czartoski et coll. Antibodies elicited by SARS-CoV-2 infection and boosted by vaccination neutralize an emerging variant and SARS-CoV-1. medRxiv, 8 février 2021.