Covid 19 : l'immunité laissée par l'infection et surtout par la vaccination serait bien de longue durée

Publié le 30 juin 2021 à 08h40

Biographie

MD, PhD, ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), Brétigny sur Orge, France.

Habilitation à diriger les recherches.

Enseignant à l’Ecole du Val-de-Grâce, à l’université d’Aix-Marseille, à l’Institut de formation en soins infirmiers Saint Joseph, Marseille.

Expert auprès de Santé publique France, de la Haute autorité de santé (HAS) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC).

Membre du Comité de protection des personnes (CPP) Sud-Ouest et Outre-mer II.

Liens d'intérêt

Absence de lien avec l’industrie pharmaceutique.

Aucune participation à des études cliniques de médicaments ou vaccins.

Déclaration établie le 2 janvier 2012, mise à jour le 21 septembre 2021.

Depuis le début de l'épidémie de covid 19, on s'interroge sur la durée et l'efficacité de l'immunité qui se développe lors de l'infection, et de celle que l'on peut obtenir par la vaccination. Initialement, des données et observations parfois contradictoires ont fait craindre que cette immunité soit de courte durée, incapable de protéger d'une nouvelle infection quelques mois ou années après son établissement. Les études se sont souvent basées sur des techniques détectant les anticorps dirigés contre le virus, qui ont souvent montré une baisse rapide des concentrations de ces anticorps dans le sang des individus immunisés.

Le temps passant, on dispose de plus en plus de recul sur cette immunité, et les données qui s'accumulent sont plutôt rassurantes. Une étude américaine a montré en janvier qu'on retrouve au moins 3 des composantes de l'immunité active contre le SARS-CoV-2 (anticorps, cellules B mémoires, cellules T helper ou cytotoxiques) chez plus de 90 % des individus infectés 8 mois après l'infection, avec toutefois d'importantes variations dans la nature et le niveau des réponses selon les individus (1).

L'étude publiée en mai par une équipe strasbourgeoise a montré que chez des professionnels de santé infectés par le SARS-CoV-2, des anticorps dirigés contre les protéines N (nucléocapside) et S du virus persistaient plus de 13 mois après l'infection, avec là encore des variations : les anticorps anti-S diminuent d'abord rapidement, surtout chez les hommes, avant de se stabiliser vers le 12ème mois, alors que les anti-N diminuent fortement à ce moment-là (2). Sur la période étudiée (422 jours), alors que 69 cas de covid ont été détectés parmi les 916 professionnels qui n'avaient jamais été infectés au début de l'étude, un seul cas s'est déclaré chez les 393 convalescents. Les tests réalisés au laboratoire ont montré que les anticorps anti-S présents chez ces convalescents étaient capables de neutraliser le SARS-CoV-2 original et le variant anglais (Alpha), mais aussi le variant sud-africain (Beta) tant que leur concentration se maintient au dessus d'un certain seuil. Dans tous les cas, l'administration d'un vaccin, quel qu'il soit et même en dose unique, a permis de faire remonter la concentration des anticorps anti-S à un niveau efficace contre tous les variants. L'étude doit à présent être prolongée jusqu'à 24 mois pour préciser la dynamique des anticorps.

Une dernière étude par l'équipe de A.H. Ellebedy, à Saint Louis, USA, s'est intéressée aux cellules situées dans le centre germinatif des ganglions lymphatiques chez des personnes vaccinées avec le vaccin à ARN Comirnaty de Pfizer-BioNTech (3). Dans ces centres germinatifs sont produits les lymphocytes qui fabriqueront les anticorps et garderont la mémoire de l'antigène, par un processus de sélection et de maturation qui produit une réponse de plus en plus adaptée et efficace. Plus longue est cette maturation et meilleure est l'adaptation de la réponse aux antigènes. Alors que les centres germinatifs sont en général actifs pendant quelques semaines après une rencontre avec un antigène, l'étude a montré que chez les volontaires ayant reçu deux doses de BNT162b2 (Comirnaty), ils se maintenaient plusieurs mois après la vaccination. On n'observe pas d'activation aussi durable avec d'autres vaccins, comme les vaccins contre la grippe. Pour les chercheurs, cela est le signe de l'installation d'une immunité de longue durée et capable de faire face à des variants tels que ceux qui sont récemment apparus, qui conservent beaucoup des motifs antigéniques du SARS-CoV-2 original. L'effet devrait être plus marqué encore chez les individus vaccinés alors qu'ils ont été précédemment infectés, chez lesquels les titres d'anticorps neutralisants sont très élevés mais pour lesquels l'étude des centres germinatifs n'a pas encore été effectuée. La réponse cellulaire T, complémentaire de la réponse B, n'a pas non plus été étudiée. Les auteurs de l'étude font l'hypothèse que les vaccins à ARN mis au point contre la covid 19 pourraient induire une immunité durable, peut-être à vie, et protectrice contre les variants viraux, tant que ceux-ci ne se différencient pas du virus original de façon excessive. Cet effet serait à mettre sur le compte de la nature et de la composition de ces vaccins de nouvelle génération, et pourrait ne pas être retrouvé avec d'autres formules, dont les vaccins à vecteurs adénoviraux de AstraZeneca (Vaxzevria) et de Janssen (Janssen COVID-19 Vaccine). Par ailleurs, il nécessiterait un système immunitaire parfaitement opérationnel, ce qui n'est pas le cas chez les personnes âgées, atteintes de certains déficits ou traitées par immunosuppresseurs.

Ces études permettent d'espérer que l'acquisition d'une immunité contre le SARS-CoV-2 assurera une protection de bon niveau contre des réinfections et qu'il ne sera peut-être pas nécessaire d'envisager des rappels vaccinaux fréquents, au moins chez les personnes jeunes et en bonne santé possédant un système immunitaire parfaitement fonctionnel. De nouvelles observations ne manqueront pas de compléter nos connaissances, particulièrement sur l'efficacité de cette protection contre les variants du virus (à ce propos, on remarque que l'étude de Ellebedy et coll., réalisée avant le mois de mars, n'a pas inclus le variant Delta indien – ndr), la nécessité de rappels chez certaines personnes, en fonction de leur état ou de leurs antécédents, ou sur la possibilité, redoutée, que l'immunité devienne dans quelques cas facilitante et ne favorise des infections plus graves.

  1. Lasting immunity found after recovery from COVID-19.
  2. Anti-SARS-CoV-2 Antibodies Persist for up to 13 Months and Reduce Risk of Reinfection.
  3. SARS-CoV-2 mRNA vaccines induce persistent human germinal centre responses.