La brucellose en Corée du Nord : situation préoccupante Médecine des voyages

Publié le 3 août 2021 à 15h36

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Selon certaines sources, la brucellose serait endémique dans certaines régions de Corée du Nord. Dans les communautés rurales de la province du Hamgyong du Sud, le nombre de foyers dans la première moitié de l'année dépasse de loin le total de l'année 2020. 

Selon les données calculées par les autorités vétérinaires de la province du Hamgyong du Sud, il y aurait eu des foyers de brucellose dans 138 fermes d'élevage (environ 600 animaux) au cours des 6 premiers mois de l'année 2021, soit le double de l'année précédente.

Rappels sur la brucellose :

La brucellose (parfois également appelée fièvre de malte) est une maladie animale transmissible à l’Homme (zoonose). Elle est due aux bactéries du genre Brucella. Trois espèces prédominent : Brucella melitensis, espèce la plus pathogène, la plus invasive et la plus répandue dans le monde, B. abortus, et B. suis. D’autres espèces moins fréquentes existent, avec une pathogénicité variable pour l’Homme (B. canis, B. ovis, B. marimum, B. inopinata, etc.).

Épidémiologie

Cette zoonose bactérienne est répandue à travers le monde. L’incidence annuelle est de 500 000 cas signalés, mais l’incidence réelle serait de l’ordre de 5.106 à 12,5.106 cas par an. L’incidence la plus élevée est constatée au Moyen-Orient, dans le Bassin méditerranéen, en Afrique subsaharienne, en Chine, en Inde, au Pérou et au Mexique. Actuellement, les pays d’Asie centrale et d’Asie du Sud-Est enregistrent la plus forte augmentation du nombre de cas. Plusieurs pays d’Europe occidentale et septentrionale, le Canada, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande semblent être indemnes de l’agent causal. En France dans le contexte d’absence de foyers de brucellose animale chez les ruminants (bovins, ovins, caprins), une trentaine de cas sont déclarés annuellement et au moins 80% sont importés.

Les Brucella  se retrouvent chez la plupart des espèces de mammifères, notamment les ruminants, domestiques et sauvages, ainsi que les suidés (porcs et sangliers) et les lagomorphes (lièvres). Celles qui infectent l’Homme sont principalement issues des bovins, ovins, caprins et porcins domestiques. Le fait que les animaux sauvages jouent le rôle de réservoir infectieux complique les efforts d’éradication.

L’Homme peut être contaminé de plusieurs manières :

  • par contact direct (pénétration du germe par voie cutanée ou muqueuse favorisée par des blessures ou des excoriations) avec des animaux infectés, des carcasses d’animaux, les produits des avortements, les placentas, les sécrétions vaginales animales, le fumier ou par contact accidentel avec des produits biologiques dans les laboratoires ; ce mode de contamination concerne les personnes au contact direct des animaux infectés (éleveurs, vétérinaires, inséminateurs, personnels d’abattoir ou d’équarrissage) et beaucoup plus rarement le personnel des laboratoires lors d’analyses vétérinaires ou médicales ;
  • par ingestion d’aliments contaminés (lait et produits laitiers non pasteurisés issus d’animaux contaminés, plus rarement crudités contaminées par du fumier ou exceptionnellement viande et abats insuffisamment cuits) ; c'est le principal mode de contamination chez les voyageurs qui partagent le mode de vie des populations locales, en particulier sur le plan alimentaire ;
  • par inhalation (de poussière de litière, d’aérosol contaminé dans les laboratoires ou les abattoirs), les bactéries pouvant survivre pendant plusieurs mois hors de l’organisme de l’animal, dans le milieu extérieur, en particulier dans des conditions froides et humides.

La brucellose est une des maladies les plus graves du bétail, compte tenu des dommages causés par l'infection chez les animaux. la production de lait diminuée, perte de poids, perte de jeunes, l'infertilité, et la boiterie sont certains des effets sur les animaux.

Aspect clinique de la brucellose chez l'homme :

La durée d’incubation de la brucellose est variable, d’une semaine à plusieurs mois. La primo infection peut être asymptomatique et la maladie peut ne se révéler que plusieurs mois ou années plus tard. Dans les formes symptomatiques, les signes cliniques sont assez variables mais évoluent habituellement en trois phases :

  • Une phase de primo-invasion aiguë : fièvre associée à des myalgies, sensation de malaise ;
  • Une phase secondaire où se constituent des foyers infectieux isolés ou multiples : ostéo-articulaire (spondylodiscites, arthrite du genou, etc.), génito-urinaire (orchite, épididymite), hépatique (abcès hépatique), neurologique (méningite, méningo-encéphalite, abcès cérébraux…), cardiaque (endocardite…) ;
  • Éventuellement, en particulier en cas de traitement insuffisant ou mal suivi, une phase chronique dont l’expression est double
    • Soit une symptomatologie générale (asthénie, douleurs, fatigue),
    • Soit une symptomatologie plus focale (évolution chronique des foyers infectieux).

Le diagnostic de brucellose repose sur l’isolement de la bactérie (hémocultures, culture de collection liquidienne ou de, biopsie, etc.). Des examens sérologiques sont également disponibles mais sont peu spécifiques et de faible valeur dans un contexte de faible prévalence humaine comme en France.

Une fois le diagnostic confirmé, le traitement de la brucellose humaine repose sur l’administration d’antibiotiques spécifiques pendant plusieurs semaines, et le cas échéant la prise en charge chirurgicale des foyers infectieux. La létalité est inférieure à 2 % même en l’absence de traitement.

Prévention :

  • La prévention des contaminations professionnelles repose sur des mesures de biosécurité et d’hygiène au travail : lavage des mains, port de gants, de masques et de lunettes, etc.
  • La maîtrise des contaminations d’origine alimentaire à Brucella passe soit par la pasteurisation ou la stérilisation du lait, soit par l’utilisation de lait cru provenant de troupeaux reconnus officiellement indemnes de brucellose.
  • Le voyageur évitera les produits laitiers non pasteurisés et la viande insuffisamment cuite, surtout lors de voyages dans des pays où la brucellose est endémique.

Références : (1) Hull NC, et al. Comparisons of brucellosis between human and veterinary medicine Infect Ecol Epidemiol. 2018. 8:1. (2) Organisation mondiale de la santé animale. Brucellose. (3) Santé Publique France. Dossier thématique. Brucellose. 19 août 2020.

Source : ProMED.