Le vaccin contre le pneumocoque Prevenar 13® bientôt chez l'adulte ?

Publié le 25 sept. 2011 à 15h57

Biographie

- Professeur agrégé du Val-de-Grâce, professeur invité à l'Université de Bordeaux.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 25 novembre 2021.

Le Comité européen des médicaments à usage humain (en anglais le CHMP, Committee for Medicinal Products for Human Use) de l'Agence européenne du médicament (EMA, European Medicines Agency) vient de rendre un avis positif concernant l'utilisation du Prevenar 13® pour la prévention des infections invasives à pneumocoque chez les adultes âgés de 50 ans et plus. Cet avis devrait être confirmé dans les semaines qui viennent par la Commission européenne. Jusqu'à présent, l'autorisation de mise sur le marché (AMM) limite l'indication de ce produit aux nourrissons et enfants âgés de six semaines à cinq ans.

Les infections invasives à pneumocoque sont des infections sévères qui se traduisent par l'isolement de la bactérie dans le sang (bactériémie ou septicémie) ou le liquide céphalorachidien (méningite). Les pneumonies graves à pneumocoque s'accompagnent souvent d'une bactériémie.

La gravité des infections à pneumocoque est liée à la présence à la surface de la bactérie d'une capsule composée de sucres répétés (polyoside). Cette capsule permet au pneumocoque de résister aux défenses immunitaires naturelles de l'être humain.

Les vaccins contre le pneumocoque utilisent la capsule comme antigène, suscitant la production d'anticorps anti-capsulaires  capables de tuer la bactérie. Cependant, les anticorps dirigés contre un antigène composé de sucres sont moins efficaces que les anticorps produits contre une protéine (par exemple contre la toxine tétanique). C'est pourquoi des fabricants ont développé des vaccins anti-pneumococciques dits « conjugués », dans lesquels l'antigène polyosidique est lié à une protéine. Ce procédé permet d'améliorer la protection contre les infections à pneumocoque. Alors que le vaccin non conjugué Pneumo 23® ne permet pas de protéger les enfants avant l'âge de deux ans, n'empêche pas la colonisation de la gorge par le pneumocoque et nécessite des revaccinations tous les trois à cinq ans, le vaccin conjugué Prevenar 13® peut être administré dès l'âge de deux mois, empêche le portage de la bactérie au niveau de la gorge (et donc sa transmission à l'entourage) et devrait conférer une meilleure protection lors des rappels. Une autre difficulté concernant la vaccination anti-pneumococcique est due à la grande diversité des pneumocoques. Selon la composition de la capsule, on distingue une centaine de sérotypes différents et il n'est pas possible aujourd'hui de produire un vaccin capable de susciter la production d'anticorps contre tous les pneumocoques. Les fabricants ont donc mis au point des vaccins contre les sérotypes les plus fréquemment responsables d'infections invasives, notamment ceux qui résistent aux antibiotiques. Le vaccin Pneumo 23® confère une protection contre 23 sérotypes, tandis que le Prevenar 13® est dirigé contre 13 sérotypes du pneumocoque, qui représentent environ 70 % des souches circulant aujourd'hui en France.

Actuellement, le seul vaccin utilisable chez l'adulte est le vaccin Pneumo 23®, dont l'efficacité apparaît souvent comme insuffisante. L'utilisation d'un vaccin conjugué chez l'adulte âgé de 50 ans et plus, un âge à partir duquel les infections invasives à pneumocoque deviennent de plus en plus fréquentes, pourrait donc améliorer la protection vaccinale contre ces maladies graves que sont la méningite ou la septicémie à pneumocoque.

Si la commission européenne confirme cet avis positif, l'AMM du Prevenar 13® sera modifiée et rendra son utilisation chez l'adulte de 50 ans et plus juridiquement possible. Mais il ne sera recommandé et éventuellement remboursé en France dans cette tranche d'âge que si les autorités sanitaires le jugent utile dans le contexte épidémiologique national.