Un rappel vaccinal spécifique anti-Omicron est-il justifié ?

Publié le 7 fév. 2022 à 17h44

Biographie

MD, PhD, ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), Brétigny sur Orge, France.

Habilitation à diriger les recherches.

Enseignant à l’Ecole du Val-de-Grâce, à l’université d’Aix-Marseille, à l’Institut de formation en soins infirmiers Saint Joseph, Marseille.

Expert auprès de Santé publique France, de la Haute autorité de santé (HAS) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC).

Membre du Comité de protection des personnes (CPP) Sud-Ouest et Outre-mer II.

Liens d'intérêt

Absence de lien avec l’industrie pharmaceutique.

Aucune participation à des études cliniques de médicaments ou vaccins.

Déclaration établie le 2 janvier 2012, mise à jour le 21 septembre 2021.

Le variant Omicron du SARS-CoV-2 détecté au mois de novembre 2021 s’est très rapidement répandu dans de nombreux pays. Il présente des mutations nombreuses de ses protéines (plus nombreuses que chez les variants préoccupants apparus précédemment) qui ont fait évoquer la possibilité d’une perte d’efficacité des vaccins déjà en service, tous conçus à partir de la souche originale du virus. Des dirigeants de laboratoires producteurs de vaccins ont très tôt fait part de leurs craintes à ce sujet et annoncé la mise au point de vaccins adaptés au variant, susceptibles d’être administrés en rappels pour adapter la réponse immune à l’évolution du virus.

Plusieurs études ont déjà montré que si l’immunité conférée par la primovaccination (2 doses de vaccin à ARN ou à vecteur viral) se révèle de moins en moins protectrice avec le temps et particulièrement contre le variant Omicron, une dose de rappel administrée à partir du 3e mois après la dernière dose permet de relever le niveau de protection, y compris contre le variant (voir pour rappel notre actualité du 13 janvier 2022). Une nouvelle étude menée chez le singe, mais qui n’a pas encore été publiée, semble indiquer qu’un rappel effectué avec le vaccin mRNA-1273 (le vaccin Spikevax de Moderna) est aussi efficace pour stimuler l’immunité contre Omicron qu’un vaccin mRNA-Omicron basé sur la protéine S du variant (1). Les chercheurs, certains appartenant au NIH, d’autres à Moderna, ont montré que chez des macaques ayant reçu deux doses de 100 µg de mRNA-1273 à 4 semaines d’intervalle, les deux formules du vaccin, utilisées à la dose de 50 µg pour un rappel à 9 mois, produisaient une élévation comparable du taux d’anticorps neutralisant le virus original et le variant Omicron. L’effet, mesuré deux semaines après l’administration du rappel, était même plus important avec mRNA-1273 qu’avec mRNA-Omicron. L’efficacité des deux formules sur la diminution de la réplication virale dans les voies aériennes inférieures et sur l’abondance de lymphocytes B capables de reconnaitre les deux virus était également comparable. Les auteurs concluent qu’un rappel utilisant une formule spécifique d’Omicron ne présente pas d’avantage sur un rappel effectué avec la formule initiale.

Ce résultat pourrait signifier que les chercheurs de Moderna n’ont pas trouvé encore la bonne formule pour un vaccin plus efficace contre Omicron. Il vient tout de même nous rassurer sur la capacité d’une vaccination complète (2 doses + rappel) à produire une immunité large, conférant un bon niveau de protection contre des virus différents déjà en circulation, et peut-être contre des variants pas encore apparus. Les données recueillies chez l’Homme, en vie réelle, devront être analysées pour confirmer cette observation, et préciser la durée de la protection obtenue. Une autre observation récemment rapportée par une équipe allemande nous rappelle que si les vaccins actuels procurent une bonne protection contre les formes de covid 19 les plus graves, qui nécessitent une hospitalisation, ils n’empêchent pas toutes les infections par le variant Omicron, même après une 3è injection (2).L’évolution de la protection chez les personnes à l’immunité déficiente ou sénescente doit également être étudiée afin de permettre l’optimisation des schémas vaccinaux et peut-être une levée progressive et ciblée des mesures barrières.

Référence

  1. M. Gagne, J.I. Moliva et coll. mRNA-1273 or mRNA-Omicron boost in vaccinated macaques elicits comparable B cell expansion, neutralizing antibodies and protection against Omicron.
  2. C. Kuhlmann, C.K. Mayer et coll. Breakthrough infections with SARS-CoV-2 omicron despite mRNA vaccine booster dose - https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(22)00090-3/fulltext?dgcid=raven_jbs_etoc_email