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Le Royaume-Uni recommande la vaccination de tous les nourrissons contre le méningocoque B

Publié le 30 mar. 2014 à 16h12

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.
- Médecin biologiste et responsable d'un Centre de vaccinations internationales dans un Hôpital d'instruction des armées.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 4 novembre 2016.

Le JCVI (Joint Committee on Vaccination and Immunisation, équivalent au Royaume-Uni du comité technique des vaccinations en France) vient de recommander la vaccination de tous les enfants contre la méningite B à l'aide d'un nouveau vaccin, le Bexsero. Cet article fait le point sur cette recommandation.

1. Infections graves à méningocoques : méningites et septicémies

Le méningocoque (nom d'espèce : Neisseria meningitidis) est une bactérie présente dans la gorge de certaines personnes appelées "porteurs du méningocoque". Le méningocoque se transmet directement par voie aérienne par l'intermédiaire de gouttelettes de salive, d'un porteur à une autre personne. Dans les jours qui suivent son installation dans la gorge, le méningocoque peut traverser la muqueuse et atteindre la circulation sanguine, pouvant alors entraîner une infection dite invasive, c'est-à-dire une méningite ou une septicémie. Ces infections peuvent conduire au décès du malade. Le purpura fulminans est une forme particulièrement redoutable de septicémie, qui se traduit par des plaques hémorragiques cutanées et un choc septique foudroyant mortel une fois sur trois.

Il existe plusieurs sérogroupes, parmi lesquels les cinq suivants ont une importance particulière : A, B, C, W et Y. Les sérogroupes en cause peuvent être très différents d'une région du monde à l'autre.

Le Royaume-Uni est l'un des pays d'Europe de l'Ouest où la fréquence des infections invasives à méningocoque est la plus élevée. La vaccination de tous les enfants contre le méningocoque C y a été un succès, puisqu'elle a été suivie d'une chute spectaculaire du nombre de cas de méningite ou de septicémie dus à ce sérogroupe. Malgré une réduction du taux d'incidence des infections invasives à méningoque de 50 % au cours de la dernière décennie, le taux d'incidence annuel pour 100.000 nourrissons âgés de moins d'un an est d'environ 25 cas confirmés. Actuellement, le méningocoque B est responsable de la grande majorité (environ 80 %) des infections graves à méningocoque dans ce pays. Le nombre de cas confirmés d'infection invasive à méningocoque B a varié de 600 à 1.000 au cours de ces dernières années. Par comparaison, en France, l'incidence de la maladie est nettement moins élevée puisque 366 cas d'infections invasives à méningocoque B ont été déclarés en 2012, pour une population générale de taille équivalente.

2. Vaccination contre les infections invasives à méningoque

Il existe des vaccins monovalents contre le méningocoque C et quadrivalents contre les méningocoques A, C, Y et W. Tous ces vaccins utilisent comme antigène la capsule de la bactérie, qui est un facteur de virulence. Cependant, cette approche n'est pas possible avec le méningocoque B. En effet, les anticorps dirigés contre la capsule des souches appartenant à ce sérogroupe ont une activité croisée contre le tissu nerveux du fœtus humain. Si rien n'indique que cette réaction est néfaste, elle rend la capsule non immunogène.

Le vaccin contre le méningocoque B Bexsero est un nouveau vaccin comportant 4 antigènes vaccinaux majeurs du méningocoque B. Chacun de ces antigènes, qui ne proviennent pas de la capsule, est capable isolément d'induire des anticorps bactéricides et donc efficaces pour lutter contre les méningocoques. Pour trois d'entre eux (NadA, NHBA et fHbp) il s'agit d'une protéine recombinante, c'est-à-dire fabriquée par génie génétique. Le quatrième antigène correspond à des vésicules de membrane externe (en anglais OMV, pour Outer membrane vesicles), déjà utilisées avec succès pour fabriquer des vaccins capables de protéger contre certaines souches de méningocoque B (vaccin MenBvac notamment). Le vaccin Bexsero a obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) européenne en janvier 2013.

3. Vaccin Bexsero contre la méningite B : les nouvelles recommandations au Royaume-Uni

L'année dernière, le JCVI anglais n'avait pas recommandé la vaccination des enfants ou des adolescents par le Bexsero, car les données alors disponibles n'étaient pas en faveur d'un rapport coût-efficacité favorable. De plus, l'efficacité du vaccin pour empêcher le portage du méningocoque B (et donc sa transmission de personne à personne) n'était pas prouvée.

En 2014, l'évaluation médico-économique a été fondée sur l'analyse de plusieurs scénarios, prenant en compte la couverture des souches contre lesquelles le vaccin devrait être efficace (de 66 % à 88 %), l'efficacité vaccinale (95 %), la durée de la protection (18 mois après la primovaccination et 36 mois après la rappel), l'efficacité contre le portage du méningocoque (0 à 30 %) et le prix du vaccin. Les décisions suivantes ont été prises. 

3.1.  Vaccination de tous les nourrissons avec un schéma vaccinal 2 + 1 (2 mois, 4 mois et 12 mois)

En effet, des études ont montré que ce schéma entrainait une réponse immunologique peu différente de celle obtenue par le schéma décrit dans le résumé des caractéristiques du produit, à savoir un schéma 3 + 1 (3 doses à un mois d'intervalle suivies d'une rappel entre 12 et 23 mois). Le vaccin Bexsero sera administré de manière simultanée avec les autres vaccins pédiatriques (diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, Haemophilus influenzae type b et pneumocoque). Le calendrier vaccinal du Royaume-Uni peut être visualisé de manière interactive avec le vaccine scheduler, un outil réalisé par MesVaccins.net pour le Centre européen de contrôle des maladies (ECDC, European centre for Disease Prevention and Control).

Concernant la sécurité d'emploi du vaccin Bexsero, il a été montré au cours des essais cliniques une augmentation de la fièvre chez les nourrissons lorsque ce vaccin était administré simultanément aux autres vaccins pédiatriques. Cependant, l'administration prophylactique de paracétamol permet de réduire le risque de fièvre sans pour autant diminuer la réponse immunitaire (rapport de l'agence européenne des médicaments). C'est pourquoi le JCVI recommande d'administrer systématiquement du paracétamol juste après la vaccination par Bexsero aux nourrissons.

Le vaccin Bexsero réduit probablement le portage (et donc la transmission de personne à personne) du méningocoque B, mais il est difficile d'évaluer l'importance de cette réduction et de prédire son impact si l'on vaccinait une proportion importante de la population.

En raison de l'efficacité attendue du vaccin Bexsero contre les autres sérogroupes du méningocoque, notamment le sérogroupe C, il est proposé de supprimer à terme la dose vaccinale contre le méningocoque C réalisée à l'âge de 3 mois. En effet, le vaccin Bexsero confère une certaine protection contre les autres sérogroupes de méningocoque, y compris le méningocoque C.

3.2. La vaccination contre le méningocoque B des adolescents n'est pas recommandée

Le JCVI a estimé qu'il y avait encore trop d'incertitudes sur l'efficacité vaccinale et sur l'immunité de groupe conférée par le vaccin Bexsero pour proposer la vaccination à tous les adolescents. Par contre, une enquête devrait être réalisée pour déterminer l'impact de la vaccination sur le portage du méningocoque B dans cette tranche d'âge.

Ce nouveau calendrier vaccinal sera évalué dans les deux ans à venir. Nul doute que les autres pays européens suivront attentivement les résultats et l'impact de ces nouvelles recommandations pour définir leur propre politique vaccinale.

4. Etat des recommandations de vaccination contre la méningite B en France

Pour l'instant en France, où l'incidence des infections invasives à méningocoque B est moins élevée qu'au Royaume-Uni, la vaccination contre le méningocoque B est recommandée uniquement chez les personnes présentant un risque élevé d'infection grave, ou devant la survenue de cas groupés reliés à un clone identique. C'est ainsi qu'une campagne de vaccination contre la méningite B est en cours en Seine-Maritime, dans la Somme et dans certains cantons des Pyrénées-Atlantiques. Des cas groupés d'infections invasives à méningocoque B sont récemment survenus à Nice (trois cas dont deux décès), mais les souches en cause appartenaient à des clones différents.

Des associations de citoyens et de familles confrontées à la méningite se sont réunies sous la bannière Ensemble contre la méningite et demandent le remboursement du vaccin Bexsero.

Source : Joint Committee on Vaccination and Immunisation.


Maladie : Méningocoque B

Vaccins : BEXSERO MenBvac

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