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Pour être mieux vacciné, sans défaut ni excès

Les premiers tests du vaccin anti-Ebola de GSK sont encourageants, mais …

Publié le 26 nov. 2014 à 08h56

Biographie

MD, PhD, ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), Brétigny sur Orge, France.

Enseignant à l’Ecole du Val-de-Grâce, à l’université d’Aix-Marseille, à l’Institut de formation en soins infirmiers Saint Joseph, Marseille.

Expert auprès de l’Institut de veille sanitaire (InVS) et de la Haute autorité de santé (HAS).

Liens d'intérêt

Absence de lien avec l’industrie pharmaceutique.

Aucune participation à des études cliniques de médicaments ou vaccins.

Déclaration établie le 2 janvier 2012, mise à jour le 11 décembre 2014.

Alors que l'épidémie de maladie à virus Ebola (MVE) se poursuit en Afrique de l'Ouest et menace toujours de s'étendre, la communauté internationale attend avec impatience que des moyens de traitement ou de prévention de l'infection deviennent disponibles. Les mesures de contrôle de la transmission du virus ayant échoué dans une phase initiale de l'épidémie où pourtant les foyers se trouvaient peu nombreux et limités, on doit envisager maintenant que le virus pourrait continuer de s'étendre et peut-être s'installer dans certaines populations humaines pour une longue période. Un changement de stratégie est donc nécessaire et la mise au point de moyens de protection à grande échelle apparait à présent justifiée. Ainsi, l'OMS soutient plusieurs initiatives, dont deux visant à mettre au point des vaccins.

L'un des candidats vaccins, cAd3-EBOV, le plus avancé, est proposé par la firme anglaise GSK (Glaxo-Smith-Kline) associée au NIAID américain (National Institute of Allergy and Infectious Diseases). Il est constitué d'un vecteur viral non pathogène pour l'homme (adénovirus du singe rendu défectif), exprimant des protéines antigéniques du virus Ebola (GP1 et GP2). Des tests de tolérance et d'immunogénicité (essais de phase 1 : on ne parle pas encore d'efficacité) ont commencé chez des volontaires au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Suisse et au Mali : près de 200 personnes ont à reçu ce jour une injection du vaccin et d'après le Pr. Adrian Hill, responsable de l'essai pour la Grande Bretagne, la tolérance s'est avérée excellente.

Ce premier constat est évidemment très encourageant, et il devrait permettre de passer rapidement aux phases suivantes des essais qui permettront l'utilisation du vaccin à grande échelle. A court terme, un autre candidat vaccin, rVSVΔG-EBOV-GP, mis au point par l'Agence de santé publique du Canada et la firme NewLink Genetics, dont les essais de phase 1 ont également commencé, et au moins 4 autres candidats un peu moins avancés, dont celui que nous présentions sur ce site le 18 avril, devraient à leur tour être évalués.

L'espoir suscité par ces annonces est légitime. Il doit cependant être relativisé. Comme nous l'indiquions dans une tribune libre publiée le 16 octobre, la recherche demande du temps et des moyens souvent importants, qui ne sont pas toujours disponibles dans une phase d'urgence où la priorité va aux mesures disponibles et déjà éprouvées. La décision d'accorder à la recherche les ressources dont elle a besoin (comme l'a fait récemment la Communauté Européenne) doit être réfléchie, car elle est lourde de conséquences : ces ressources ne vont plus aux actions d'urgence, telles que la construction de centres de soin, la mise à disposition de laboratoires de diagnostic, le financement des besoins élémentaires des populations dans des pays dont l'économie et l'organisation sociale sont durement affectées. Dans un entretien accordé à la BBC le 17 octobre dernier et commenté dans Le Monde du 18 octobre, le Dr R. Ballou, directeur du programme de recherche vaccinale sur Ebola chez GSK, a déclaré que les essais en cours sur le vaccin cAd3-EBOV devaient se poursuivre jusqu'à la fin de l'année, et que les essais d'efficacité ne seraient pas terminés avant fin 2015, reportant à 2016 au mieux la mise à disposition du vaccin. Pour justifier ces délais, jugés décevants par une représentante de MSF, R. Ballou indique que, au mois de mars, « personne n'a anticipé que nous aurions besoin d'un vaccin » et qu'il avait alors été décidé, apparemment de façon consensuelle, de se contenter de « surveiller étroitement l'épidémie ».

Il est clair aujourd'hui qu'on ne peut se passer ni des actions entreprises sur le terrain, qui doivent se poursuivre et s'intensifier, ni des nouveaux outils que la recherche peut produire pour protéger des populations exposées devenues trop nombreuses. On peut espérer que les déclarations du Dr Ballou ne visaient qu'à « mettre la pression » sur les autorités de santé et les financeurs, et qu'un vaccin de qualité sera très vite disponible.

Référence

  • R. Kanapathipillai, A-M Henao Restrepo, P. Fast, D. Wood, C. Dye, M-P Kieny, and V. Moorthy. Ebola Vaccine - An Urgent International Priority. N Eng J Med. 21 novembre 2014.

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