Mon carnet de vaccination électronique
Pour être mieux vacciné, sans défaut ni excès

Nouvelles recommandations vaccinales contre la méningite C

Publié le 7 fév. 2017 à 20h14

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.
- Médecin biologiste et responsable d'un Centre de vaccinations internationales dans un Hôpital d'instruction des armées.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 4 novembre 2016.

Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a publié le 9 décembre 2016 une nouvelle recommandation concernant la vaccination antiméningococcique C.

1. Rappels sur les infections causées par les méningocoques

Le méningocoque (nom d'espèce : Neisseria meningitidis) est une bactérie très fragile qui ne survit pas dans le milieu extérieur. Exclusivement retrouvée chez l'homme, elle colonise la gorge (rhinopharynx) de certaines personnes appelées "porteurs du méningocoque". Le méningocoque se transmet par l'intermédiaire de gouttelettes de salive lors d'un contact rapproché (moins d'un mètre) entre un porteur de cette bactérie et une autre personne. Dans les jours qui suivent son installation dans la gorge (on emploie le terme de colonisation), le méningocoque peut traverser la muqueuse rhinopharyngée, atteindre la circulation sanguine et entraîner une infection grave dite "invasive" (méningite ou septicémie) dont l'évolution peut conduire au décès du malade. Le purpura fulminans est une complication redoutable de l'infection à méningocoque, qui se traduit par des plaques hémorragiques cutanées et un choc septique foudroyant mortel une fois sur trois. Si le portage du méningocoque dans la gorge est fréquent, l'infection grave est beaucoup plus rare.

La majorité des infections graves à méningocoque surviennent chez les nourrissons âgés de moins d'un an (les plus à risque), les jeunes enfants, les adolescents et les jeunes adultes.

Le méningocoque est entouré d'une capsule qui explique en grande partie sa virulence. La composition de cette capsule permet de distinguer 12 sérogroupes, mais cinq sérogroupes sont responsables à eux seuls de 99 % des cas d'infection invasive : A, B, C, W (auparavant nommé W135) et Y. Les sérogroupes en cause peuvent être très différents d'une région du monde à l'autre.

2. Epidémiologie des infections invasives à méningocoque C

Entre 2010 et 2015, le nombre annuel de cas déclarés d'infection grave à méningocoque a varié entre 426 cas et 583 cas. Les sérogroupes les plus fréquents étaient le sérogroupe B (64 % des cas de sérogroupe connu), C (22 %), Y (9 %) et W (5 %). Le nombre annuel de cas déclarés d'infection méningococcique C a varié entre 82 cas et 145 cas. Chez les nourrissons de moins d'un an, on dénombre pendant ces six années de surveillance 77 cas d'infection grave à méningocoque C, dont 28 cas (36 %) de purpura fulminans et 8 cas (10,4 %) de décès. 

Le moins qu'on puisse constater est que ces données de surveillance ne montrent pas de diminution massive des cas en France, comme c'est le cas au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas... Pourquoi ?

Pour en comprendre la raison, il faut d'abord expliquer ici la notion d'immunité de groupe, ou immunité collective. Le méningocoque est transmis "de gorge à gorge" et diffuse ainsi à bas bruit dans la population en faisant des victimes chez les personnes jeunes non immunes. Imaginons qu'une certaine proportion de la population soit vaccinée : d'une part l'immunité conférée par cette vaccination protège ces personnes individuellement, et d'autre part elle empêche le portage du méningocoque dans la gorge, et par conséquent sa transmission. La vaccination réduit la diffusion de la bactérie dans la population et diminue le risque encouru par les personnes non vaccinées d'être exposées à la bactérie. L'immunité vaccinale de groupe est donc à l'origine d'une efficacité indirecte contre la maladie. Grâce à cette efficacité indirecte, l'efficacité collective de la vaccination est plus importante que la somme des protections vaccinales individuelles. Les vaccins capables d'apporter ce bénéfice supplémentaire à la population sont qualifiés d'altruistes.

Au Royaume-Uni, un an seulement après la mise en place de la stratégie vaccinale contre le méningocoque C en 1999, une couverture vaccinale très élevée était obtenue pour l'ensemble des nourrissons et adolescents âgés de 2 mois à 18 ans, s'accompagnant d'une baisse rapide et massive de l'incidence des méningites C. Quinze ans plus tard, la méningite C est quasiment éliminée en Angleterre ; l'installation d'une immunité de groupe solide a permis d'alléger les schémas vaccinaux, notamment chez le jeune nourrisson.

A l'inverse, le nombre de cas de méningite C reste élevé en France, en particulier chez les nourrissons âgés de moins d'un an, car l'immunité de groupe n'est pas suffisante pour les protéger. En effet, les deux objectifs d'extension transitoire de la vaccination (rattrapage) aux autres groupes d'âge (2 ans jusqu'à 24 ans) et d'obtention rapide d'une couverture vaccinale élevée, qui étaient les éléments indispensables à l'obtention rapide d'une immunité de groupe, n'ont pas été atteints en France. 

Santé publique France a montré par ailleurs que l'insuffisance de la  couverture vaccinale est à l'origine d'un nombre important de cas qui auraient pu être évités par la vaccination (entre 32 cas et 102 cas par an entre 2011 et 2013 selon l'hypothèse considérée, et entre 11 et 45 décès sur l'ensemble de la période).

Selon le Haut Conseil de la santé publique, l'explication tient en grande partie à l'absence de communication institutionnelle accompagnant le lancement de la stratégie recommandée en 2009. Il est également possible que la propension actuelle à douter et à hésiter ne favorise pas l'application de cette recommandation vaccinale. A contrario, le remarquable succès obtenu outre manche a fait suite à la mise en place d'une campagne de vaccination activement pilotée par les autorités de santé anglaises.

3. Les vaccins contre les infections à méningocoque C

La plupart des vaccins anti-méningococciques utilisent comme antigène la capsule du méningocoque : les anticorps produits par la personne vaccinée contre la capsule inactivent ainsi le principal facteur de virulence de la bactérie. Cette capsule est composée de sucres (polyosides). La réponse immunitaire contre ces polyosides présente toutefois des imperfections, par rapport à la réponse immunitaire contre un antigène issu d'une protéine : inefficacité avant l'âge de deux ans, insuffisance quantitative et qualitative des anticorps produits, absence d'effet rappel, voire même hyporéponse en cas d'administration répétée (réponse immunitaire plus faible en cas de réadministration du vaccin).

La conjugaison de l'antigène capsulaire polyosidique à une protéine améliore la réponse immunitaire. Les protéines les plus souvent utilisées pour cette conjugaison sont l'anatoxine tétanique et la protéine appelée CRM-197, issue de l'espèce bactérienne Corynebacterium diphtheriae. Les vaccins conjugués peuvent être administrés dès les premiers mois de vie. Ils possèdent une action contre le portage de la bactérie dans la gorge des personnes vaccinées, contribuant à en limiter la diffusion dans l'entourage. Une nouvelle administration ne risque pas de causer une hyporéponse mais entraine tout au contraire un effet rappel (augmentation quantitative et qualitative des anticorps contre le méningocoque). Attention à ne pas confondre un vaccin conjugué avec un vaccin "adjuvé", ce dernier étant un vaccin contenant un adjuvant tel que l'hydroyde d'aluminium.

Les vaccins contre le méningocoque C disponibles en France aujourd'hui se différencient en vaccins monovalents, ne contenant que le sérogroupe C, et en vaccins plurivalents, qui sont combinés à d'autres sérogroupes de méningocoques. Tous, à l'exception du vaccin méninogococcique A+C, sont des vaccins conjugués.

1) Vaccins conjugués monovalents C

  • Menjugate 10 µg (GSK), conjugué à la protéine CRM-197.
  • Neisvac (fabriqué par le laboratoire Baxter et distribué par le laboratoire Pfizer), conjugué à l'anatoxine tétanique. Depuis 2015, ce vaccin peut être utilisé selon un schéma de primovaccination à une seule dose chez le jeune nourrisson à partir de l'âge de 4 mois, suivie d'un rappel à 12 mois. La primovaccination correspond à l'administration initiale d'une ou de plusieurs doses d'un vaccin pour faire apparaître une réponse immunitaire protectrice contre la maladie ; les doses suivantes, ou doses de rappel, vont relancer la réponse immunitaire et renforcer la protection.

2) Vaccins multivalents

  • Vaccin méningococcique A+C polyosidique, bivalent non conjugué (Sanofi Pasteur), non recommandé actuellement.
  • Nimenrix (Pfizer), vaccin conjugué (anatoxine diphtérique) tétravalent (contre les sérogroupes A, C, W et Y) qui peut être administré dès l'âge de six semaines.
  • Menveo (GSK), vaccin conjugué (protéine CRM-197) tétravalent (contre les sérogroupes A, C, W et Y) qui peut être administré dès l'âge de 2 ans.

La durée de protection individuelle conférée par les vaccins anti-méningocoque C conjugués et la nécessité de rappels ne sont pas établies. Les principaux pays et provinces ayant mis en place cette vaccination ont obtenu une immunité collective forte qui a quasiment éliminé la circulation du méningocoque C. Certains d'entre eux (Espagne, Royaume-Uni, la province du Québec) ont mis en place une vaccination de rappel chez l'adolescent. D'autres (Pays-Bas) ont un recul de plus de dix années d'application efficace d'une stratégie identique à celle de la France et n'ont pas, à ce jour, recommandé de rappel à l'adolescence. 

La durée de la protection est corrélée à la persistance d'anticorps bactéricides. En l'absence de rappel vaccinal, les taux d'anticorps diminuent rapidement avec le temps, surtout lorsque la primovaccination a été réalisée tôt dans l'enfance (avant l'âge de 5 ans), pouvant justifier la pratique d'un rappel en l'absence d'immunité de groupe. 

Toutefois, les échecs vaccinaux identifiés en France sont rares ; de plus, ces échecs sont survenus chez des enfants de moins de 10 ans et n'auraient pas été prévenus par un rappel vaccinal à l'adolescence.

L'ajout d'un simple rappel à 11-13 ans ne permettrait pas à court terme d'améliorer suffisamment la couverture vaccinale globale et d'obtenir une immunité de groupe apte à protéger les nourrissons de moins d'un an. 

Ainsi, il apparaît que le rattrapage vaccinal des personnes âgées de 2 à 24 ans est essentiel pour obtenir un véritable gain en termes de protection individuelle mais également collective. Le rattrapage vaccinal des personnes âgées de 14 à 24 ans, chez lesquelles la fréquence du portage du méningocoque est particulièrement élevée, est nécessaire à l'obtention d'une protection indirecte des nourrissons.

4. Nouvelles recommandations vaccinales contre le méningocoque C

Compte tenu de l'ensemble de ces données, le Haut Conseil de la santé publique rappelle "l'impérieuse nécessité d'augmenter la couverture vaccinale méningococcique C conjuguée sur l'ensemble de la population ciblée par les recommandations de 2010" afin d'obtenir une immunité de groupe. 

Pour cela, il recommande l'application des recommandations vaccinales en vigueur qui comportent un schéma de vaccination à 1 dose pour toutes les personnes dont l'âge est compris entre un an et 24 ans, en insistant sur l'importance de la vaccination des adolescents (11-13 ans) et des jeunes adultes (14-24 ans). 

Les actions recommandées pour améliorer la couverture vaccinale actuelle sont le suivantes :

1) Mise à jour du calendrier vaccinal

  • Lors des rendez-vous vaccinaux du calendrier actuel, à 11-13 ans mais également à 6 ans ; 
  • Lors de toute consultation d'un enfant, d'un adolescent ou d'un jeune adulte, quel qu'en soit le motif (demande de certificat médical, scolaire ou sportif par exemple). 

2) Mise en place par les autorités de santé d'une véritable campagne nationale de vaccination de rattrapage 

  • en appliquant le schéma de vaccination à une dose pour toutes les personnes dont l'âge est compris entre 1 an et 24 ans ;
  • en vérifiant particulièrement à l'âge de 11-13 ans que la vaccination a été réalisée. 

Compte tenu des données épidémiologiques actuelles, la mise en place d'un rappel à l'adolescence des personnes qui avaient été vaccinés alors qu'elles étaient des nourrissons n'a pas été recommandée, même si deux experts ont exprimé un avis en faveur de ce rappel. La position actuelle pourra toutefois évoluer en fonction de la situation épidémiologique : celle-ci devra être réévaluée au plus tard dans quatre ans, lorsque les premières personnes vaccinées en 2010 alors qu'elles étaient des nourrissons seront devenues des adolescents particulièrement exposés au méningocoque.

En attendant la mise en place d'une immunité de groupe susceptible de protéger les jeunes nourrissons de moins d'un an, qui sont les plus à risque de contracter une forme grave d'infection méningococcique C, la vaccination des nourrissons contre le méningocoque C est recommandée de façon transitoire à l'âge de 5 mois. Cette vaccination devra utiliser le vaccin Neisvac, seul vaccin contre le méningocoque C à posséder un autorisation pour ce schéma vaccinal. Les nourrissons vaccinés à l'âge de 5 mois bénéficieront ensuite d'un rappel avec le même vaccin à l'âge de 12 mois.

Par ailleurs, une vaccination de rappel utilisant un vaccin tétravalent ACWY conjugué (Nimenrix ou Menveo) est recommandée tous les cinq ans chez les personnes à risque élevé et durable d'infection invasive à méningocoque. Il s'agit des personnes : 

  • porteuses d'un déficit en fraction terminale du complément ou qui reçoivent un traitement anti C5, notamment les personnes qui reçoivent un traitement par eculizumab (Soliris®) ;
  • porteuses d'un déficit en properdine ;
  • ayant une asplénie anatomique ou fonctionnelle, 
  • ayant reçu une greffe de cellules souches hématopoïétiques. 

Enfin, les recommandations d'antibioprophylaxie et de vaccination lors d'un contact avec un cas d'infection invasive à méningocoque (instruction du 24 octobre 2014 relative à la prophylaxie des infections invasives à méningocoque) devront faire l'objet d'une mise à jour et intégrer les cas d'infection respiratoire et urétrale avec isolement d'une souche de méningocoque.

Le système expert de MesVaccins.net prend en compte ces nouvelles recommandations (audit vaccinal et carnet de vaccination électronique). La vaccination des nourrissons contre le méningocoque C à l'âge de 5 mois sera effective lors de la publication du prochain calendrier vaccinal 2017, probablement en mars 2017. Cette publication devrait être suivie d'une décision de remboursement de cette vaccination par l'assurance maladie. Les recommandations vaccinales concernant les personnes à risque élevé d'infection invasive à méningocoque peuvent être immédiatement appliquées.

Le carnet de vaccination électronique de MesVaccins.net a pour objectif d'apporter aux citoyens une information personnalisée sur la vaccination, fondée sur les recommandations des autorités sanitaires, et d'apporter aux professionnels de santé une aide à la décision vaccinale.

Référence


Maladies : Méningocoque C Méningocoques ACWY

Vaccins : MENJUGATE 10 µg MENVEO NEISVAC NIMENRIX

Référence principale :