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Vaccination contre la coqueluche chez la femme enceinte à Mayotte : une recommandation inédite à ce jour

Publié le 24 mai 2018 à 13h02

Biographie

- Qualité : Docteur en médecine, biologiste médical (DES biologie 1992).
- Activité principale : biologiste médical, médecin de centre international de vaccinations
- Spécialités médicales : microbiologie, virologie, vaccinologie.

Liens d'intérêt

- Membre de commissions et comités :
Commission des maladies infectieuses et des maladies émergentes (Haut Conseil de la santé publique, 2017- en cours)
Comité technique de vaccinations (Haut Conseil de la santé publique, 2007-2017)
Groupe vaccins (ANSM, 2016-en cours)
- Liens avec l'industrie :
A titre personnel :
2013 : participation au congrès ESPID (laboratoire Pfizer).
2015 : participation réunion scientifique (laboratoire GSK).
Rémunérations directes par l’industrie : non.
A titre familial : aucun lien.

Un contexte épidémique de coqueluche préoccupant à Mayotte

Jusqu'à maintenant en France, la vaccination contre la coqueluche chez la femme enceinte n'était pas recommandée. Cependant à Mayotte, une épidémie de coqueluche chez les jeunes nourrissons modifie la stratégie de vaccination. En effet, 22 cas de coqueluche (dont 16 chez des enfants de moins de 5 mois) ont été rapportés depuis le début de l'année 2017. Cette épidémie a été responsable chez ces enfants de deux décès.

La vérification de leur statut vaccinal indique que 17 de ces 22 enfants n'avaient pas reçu de dose vaccinale incluant la valence coqueluche ou leur statut vaccinal n'était pas connu.

Cette situation épidémique n'est pas inattendue car la couverture vaccinale chez ces enfants est insuffisante à Mayotte avec des milliers d'enfants de 0 à 6 ans non vaccinés ou ayant reçu un schéma vaccinal incomplet. En 2010, la couverture vaccinale contre la coqueluche chez les enfants de 2 à 5 ans (primo-vaccination à deux doses suivie d'une dose de rappel) était de 92,2 % à Mayotte, alors qu'au niveau national elle était de 95,1 % chez les enfants de 6 ans.

La prévention contre la coqueluche repose sur la vaccination des nourrissons et la stratégie du cocooning dans l'entourage des enfants de moins de 6 mois.

Un petit rappel sur les vaccins utilisés est nécessaire. Il faut savoir que les vaccins contre la coqueluche disponibles en France sont toujours combinés aux valences diphtérique, tétanique et poliomyélitique. Ces valences sont représentées par des lettres. La lettre "D" désigne l'antigène diphtérique à pleine dose, qui est utilisé chez les enfants ou adolescents ; la lettre "d" désigne un antigène diphtérique sous-dosé, utilisé surtout chez l'adolescent ou l'adulte pour diminuer le risque de manifestations allergiques après la vaccination, même si ces manifestations sont bénignes. Les vaccins contre la coqueluche désignés par le terme de "Ca" ou ca" sont des vaccins dits acellulaires car ne contenant pas de cellules bactériennes entières mais uniquement des antigènes purifiés (contrairement aux vaccins dits "entiers inactivés"). Comme pour l'antigène diphtérique "D", "Ca" correspond à un antigène à dose normale et "ca" à un antigène à dose réduite. A partir de l'âge de 6 ans, on peut utiliser selon la situation un vaccin DTCaP (TETRAVAC-ACELLULAIRE ou INFANRIXTETRA) ou un vaccin dTcaP (BOOSTRIXTETRA ou REPEVAX).

En France, la prévention de la coqueluche repose sur la vaccination des nourrissons à partir de l'âge de 2 mois selon un schéma comportant une primo-vaccination à deux doses (2 et 4 mois de vie) suivie d'un rappel à l'âge de 11 mois. Le schéma vaccinal est complété par l'administration d'un vaccin diphtérie-tétanos-polio-coqueluche (DTCaP ou dTcaP) aux âges de 6 et 11 ans. Selon le calendrier vaccinal 2018, les nourrissons nés à partir du 1er janvier 2018 doivent recevoir avant l'âge de 18 mois le schéma de primo-vaccination et le rappel de vaccination contre la coqueluche.

Les enfants de moins de 6 mois n'ayant pu recevoir un schéma vaccinal complet, il est également recommandé d'administrer une dose de vaccin contre la coqueluche aux personnes de leur entourage. C'est la stratégie dite du cocooning, qui consiste à administrer une dose vaccinale contre la coqueluche chez les les personnes susceptibles d'être en contact étroit et prolongé avec le nourrisson ou futur nourrisson : adultes ayant un projet parental, entourage de la femme enceinte et la mère rapidement après l'accouchement si elle n'a pas été vaccinée avant. Les modalités d'administration des schémas vaccinaux sont précisées ici.

La vaccination contre la coqueluche est maintenant recommandée pour les femmes enceintes résidant à Mayotte.

Dans un avis publié le 15 mai 2018, la Haute Autorité de Santé recommande que les femmes enceintes résidant à Mayotte soient vaccinées contre la coqueluche, compte tenu de la situation épidémique à Mayotte et de la gravité des cas de coqueluche chez les très jeunes nourrissons.

Cette nouvelle recommandation repose sur le fait que les nourrissons ne sont pas protégés avant l'âge de 2 mois (âge auquel est administrée la première dose de vaccin combiné contre la coqueluche), que les mères vaccinées au cours de la grossesse sont protégées contre la coqueluche au moment de l'accouchement, alors qu'elles sont souvent à l'origine de la contamination des nouveau-nés, que les anticorps anti-coqueluche transmis de la mère à l'enfant confèrent une protection à l'enfant pendant les premières semaines de vie, et enfin que la stratégie du cocooning peut être insuffisante (difficulté à vacciner en maternité, difficulté à vacciner l'entourage du nourrisson en général).

Cette nouvelle recommandation s'appuie également sur les données acquises dans d'autres pays. En effet, la vaccination de la femme enceinte contre la coqueluche est recommandée en particulier aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Nouvelle Zélande et dans plusieurs pays européens (Belgique, Royaume-Uni, Espagne, Irlande, République tchèque et Suisse). Au Royaume-Uni, les études conduites sur la vaccination de la femme enceinte contre la coqueluche indiquent une bonne tolérance de la vaccination et une efficacité sur la prévention de la coqueluche dans plus de 90 % des cas.

La vaccination au cours de la grossesse est recommandée à partir du second trimestre de la grossesse (18ème semaine d'aménorrhée) afin d'optimiser le transfert placentaire au cours de la grossesse, mais également pour prendre en compte la demi-vie courte des anticorps anti-coqueluche. Pour ces raisons, la vaccination au cours du premier trimestre, bien que possible, n'est pas recommandée. La vaccination contre la coqueluche doit être renouvelée à chaque grossesse, quels que soient les délais entre les grossesses, ceci tant que la situation épidémique perdure.

La vaccination repose sur l'administration d'une dose de vaccin dTcaP (BOOSTRIXTETRA ou REPEVAX), avec un délai minimal d'un mois par rapport au dernier vaccin dTP. Dans cette indication, il est également recommandé que la surveillance des événements indésirables suive le dispositif de pharmacovigilance renforcée. Tout professionnel de santé doit déclarer tout événement indésirable dont il a connaissance. Le calendrier vaccinal du nourrisson n'est pas modifié pour ce département, mais l'insuffisance de la couverture vaccinale a justifié la mobilisation de la réserve sanitaire pour mener une grande campagne de vaccination à Mayotte :  il s'agit de vacciner 40 000 enfants de 0 à 6 ans pour les protéger contre les maladies infantiles.

A terme, la possibilité d'étendre la recommandation de la vaccination de la femme enceinte contre la coqueluche en France en général est posée.

Sur le plan pratique, cette nouvelle recommandation vaccinale est prise en compte par  le système d'intelligence artificielle pour la vaccination de MesVaccins.net, lui-même intégré dans l'outil de recommandations vaccinales personnalisées (exemple ici sur Vaccination info service) et dans le carnet de vaccination électronique. Si vous êtes enceinte et si vous résidez à Mayotte, indiquez-le dans votre profil santé et vous obtiendrez des informations personnalisées sur les vaccinations qui vous sont recommandées.

Source : Haute Autorité de Santé, Santé publique France.


Maladie : Coqueluche

Vaccins : BOOSTRIXTETRA REPEVAX

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