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Prochaines recommandations vaccinales contre la méningite B : une réévaluation sans révolution ?

Publié le 9 sept. 2019 à 10h08

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.
- Médecin biologiste en poste à la Direction centrale du service de santé des armées.
- Membre de droit (sans droit de vote) de la Commission technique des vaccinations de la HAS, représentant du Service de santé des armées.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 10 décembre 2018.

1. Les infections invasives à méningocoque B.

Le méningocoque est une bactérie strictement humaine qui se trouve dans la gorge. Cette bactérie est transmise de personne à personne par l'intermédiaire de gouttelettes de salive. Dans les jours qui suivent son installation dans la gorge, le méningocoque peut atteindre la circulation sanguine et entraîner une infection dite invasive, qui se manifeste par une méningite ou une septicémie qui peut entrainer le décès du malade. Le purpura fulminans est une complication redoutable de l'infection par le méningocoque, qui se traduit par des plaques hémorragiques cutanées et un choc septique foudroyant mortel une fois sur trois.

Une particularité du méningocoque est qu'il en existe plusieurs variétés, appelées sérogroupes. Les cinq sérogroupes les plus fréquents sont les suivants : A, B, C, W et Y.  Les sérogroupes en cause peuvent être très différents d'une région du monde à l'autre. En France, le sérogroupe B est le plus fréquemment en cause dans la survenue d'infections graves à méningocoque (il était responsable de plus de 60 % des cas déclarés entre 2006 et 2015, soit 3.518 des 5.772 cas déclarés).

2. Les vaccins capsulaires contre les infections à méningocoque A, C W et Y.

La vaccination contre les infections à méningocoque n'a pas cessé de s'améliorer au cours des dernières années. Les premiers vaccins étaient dirigés contre les sérogroupes A, C, W ou Y. Ces vaccins utilisaient comme antigène des sucres de la capsule des méningocoques A, C, W ou Y. La réponse immunitaire suscitée par ces antigènes est imparfaite : ces vaccins (non conjugués à une protéine) ne sont pas efficaces chez les enfants âgés de moins de deux ans, confèrent une protection limitée dans le temps, n'agissent pas sur le portage et n'ont pas d'effet rappel (augmentation du taux d'anticorps et donc de la protection après l'administration d'une nouvelle dose de vaccin à distance de la vaccination initiale). Ils ont été remplacés par des vaccins plus efficaces dits conjugués, c'est-à-dire dans lesquels les antigènes de la capsule ont été conjugués à des protéines : ces vaccins sont efficaces chez le jeune nourrisson, ils empêchent le portage de la bactérie (effet vérifié pour le méningocoque C) dans la gorge de la personne vaccinée (et donc sa transmission à d'autres personnes, même si celles-ci ne sont pas  vaccinées) et ont un effet rappel.

3. Les vaccins protéiques contre les infections à méningocoque B.

La mise au point de vaccins contre les méningocoques du sérogroupe B fut difficile en raison de la nature des antigènes capsulaires B :  en effet, ceux-ci sont peu immunogènes et présentent des communautés antigéniques avec des composants du cerveau humain, ce qui a fait rejeter leur emploi. C'est pourquoi les chercheurs ont identifié des protéines de la bactérie capables de susciter une réponse immunitaires protectrice. Les premiers vaccins méningococciques B protéiques ont été utilisés dans certains pays ou régions faisant face à une épidémie de méningite B. C'est notamment le cas du vaccin MenBVac, utilisé en France lors d'une épidémie de méningite B en Normandie. Puis un vaccin contenant plusieurs antigènes protéiques, le vaccin Bexsero, a été commercialisé en Europe. Enfin, un dernier vaccin anti-méningocoque B a été approuvé d'abord aux Etats-Unis puis en Europe, le vaccin Trumenba.

4. La réévaluation des recommandations vaccinales contre les infections  à méningocoque B.

Les recommandations vaccinales contre le méningocoque B en vigueur aujourd'hui ont été élaborées en 2013. Elles sont basées sur l'utilisation du vaccin Bexsero à partir de l'âge de 2 mois et sont limitées à des situations très particulières concernant :

  • les personnes à risque élevé de contracter une infection invasive à méningocoque (personnels de laboratoires de recherche travaillant spécifiquement sur le méningocoque et personnes porteuses d'un déficit en fraction terminale du complément ou ayant reçu une greffe de moelle) ; 
  • des situations spécifiques, notamment lors d'épidémies ou de cas groupés causés par des souches de méningocoque B couvertes par le vaccin Bexsero

Depuis que ces recommandations (avis et rapport du 25 octobre 2013) ont été publiées, les conditions d'utilisation du vaccin Bexsero ont changé avec la mise en place en juillet 2018 d'un schéma simplifié de primo-vaccination des nourrissons âgés de 3 à 5 mois à 2 doses au lieu de 3 doses, justifiant la réévaluation de ce vaccin, d'autant que des données d'utilisation en vie réelle au Royaume Uni commencent à être connues. La conduite à tenir autour d'un cas d'infection à méningocoque a été mise à jour dans une instruction du 24 octobre 2014. Une synthèse de l'ensemble des recommandations vaccinales contre les infections à méningocoque est disponible dans le calendrier vaccinal 2019.

La Haute autorité de santé a publié sur son site internet deux feuilles de route, l'une sur la place du vaccin Trumemba et l'autre sur la place du vaccin Bexsero dans la prévention des infections invasives à méningocoque B.

Les deux vaccins seront évalués séparément, mais les évaluations seront intégrées dans une recommandation vaccinale globale contre le méningocoque B, en précisant la place respective des vaccins Bexsero et Trumenba.

Les données préliminaires disponibles en 2018 lors de la rédaction des feuilles de route étaient jugées insuffisantes pour justifier la vaccination contre le méningocoque B de tous les nourrissons (comme c'est actuellement le cas pour le méningocoque C) ou de tous les adolescents en France.

Cependant, les connaissances ont encore progressé avec la mise à disposition récente de nouvelles données d'immunogénicité et d'efficacité clinique. Alors que les données précédentes montraient une durée de séroprotection limitée à 6-12 mois après vaccination complète du nourrisson, ces nouvelles données indiqueraient une durée de protection plus longue.

La Haute autorité de santé a publié sur son site internet un appel à candidature pour participer à un groupe de travail dont l'objectif est de réévaluer le bien-fondé de la stratégie globale actuelle de prévention des infections invasives à méningocoques en France, compte tenu des évolutions épidémiologiques constatées, quels que soient les sérogroupes de méningocoques considérés. La mission du groupe de travail ne sera donc pas limitée à l'évaluation de la vaccination contre le méningocoque B. On sait en effet que l'émergence d'un clone virulent de méningocoque W est un motif de préoccupation.

Les données suivantes font l'objet d'une première analyse dans les feuilles de route et seront réévaluées et approfondies par le groupe de travail.

  • Evolution de l'épidémiologie des infections invasives à méningocoque en France et notamment le taux de couverture théorique des souches invasives de sérogroupe B pour chaque vaccin. Selon les données disponibles, les deux vaccins contiennent des protéines qui sont présentes dans 85 % (Bexsero) à plus de 95 % (Trumenba) des souches circulant en France. La dernière étude de couverture du vaccin Bexsero reposant sur des souches isolées en 2007-2008, une réévaluation de cette couverture serait utile. 
  • Efficacité des vaccins. L'immunogénicité (capacité à produire des anticorps protecteurs) des vaccins méningococciques est évaluée par le dosage des anticorps bactéricides contre le méningocoque B en présence de complément humain. Il faudra également prendre en compte la durée de la protection, l'efficacité clinique et l'efficacité sur le terrain. De plus, ces vaccins contenant des protéines également présentes chez d'autres méningocoques que le méningocoque B, ils pourraient également conférer une protection étendue à d'autres sérogroupes de méningocoque. Les données de l'Angleterre suggèrent ainsi que que le vaccin Bexsero pourrait offrir une protection contre le méningocoque W, par ailleurs responsable d'une augmentation du nombre de nouveaux cas de méningite ou de septicémie en France. 
  • Effet sur le portage du méningocoque. Un vaccin capable d'empêcher le portage du méningocoque dans la gorge contribue à éviter sa propagation : ainsi le vaccin contre le méningocoque C diminue le risque de transmission et d'infection par le méningocoque dans l'entourage des personnes vaccinées. Pour l'instant, il n'a pas été montré que les vaccins anti-méningocoque B ont une action sur le portage pharyngé de la bactérie.
  • Age optimal pour recevoir la vaccination.
  • Tolérance des vaccins. Les données disponibles montrent une bonne tolérance des vaccins contre le méningocoque B. Le vaccin Bexsero entraine plus souvent de la fièvre chez le nourrisson lorsqu'il est administré avec les autres vaccins pédiatriques. La survenue de la fièvre peut être évitée par l'administration de paracétamol sans réduire l'efficacité du vaccin. A noter que le vaccin Trumenba ne peut pas actuellement être administré avant l'âge de 10 ans.
  • Données médico-économiques : le rapport coût/efficacité de la vaccination avait été jugé trop élevé pour le vaccin Bexsero lors des dernières recommandations.
  • Acceptabilité des vaccins par les professionnels de santé et les parents ;
  • Utilisation du vaccin dans des situations de cas groupés ou d'épidémie.

La publication des nouvelles recommandations vaccinales contre les infections à méningocoque B est prévue en janvier 2020.

Références

  1. Rapport du Haut Conseil de la santé publique sur la place du vaccin Bexsero dans la vaccination contre les infections invasives à méningocoques B (25 octobre 2013).
  2. Avis du Haut Conseil de la santé publique relatif à l'utilisation du vaccin Bexsero (25 octobre 2013).
  3. Résumé des caractéristiques du vaccin Bexsero.
  4. Résumé des caractéristiques du vaccin Trumemba.
  5. Calendrier vaccinal 2019 : infections invasives à méningocoque.
  6. Feuille de route - Recommandation vaccinale contre les infections invasives à méningocoque B : place du vaccin Bexsero.
  7. Feuille de route - Recommandation vaccinale contre les infections invasives à méningocoque B : Place du vaccin Trumenba.
  8. Instruction N° DGS/RI1/DUS/2014/301 du 24 octobre 2014 relative à la prophylaxie des infections invasives à méningocoque.

Maladie : Méningocoque B

Vaccins : BEXSERO TRUMENBA

Référence principale :