Nouveau cas humain d'hépatite E du rat signalé à Hong Kong Médecine des voyages

Publié le 7 nov. 2020 à 20h31

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Selon Outbreak News Today, le Centre pour la protection de la santé (CHP) du ministère de la santé de Hong Kong a annoncé mercredi une nouvelle infection humaine du virus de l'hépatite E (VHE) du rat (1).

Le cas concerne un homme de 59 ans souffrant de maladies sous-jacentes. Il présentait une altération des fonctions hépatiques lors de son hospitalisation à l'hôpital Prince of Wales. Le patient est maintenant dans un état stable. Les enquêtes épidémiologiques du CHP ont révélé que le patient résidait dans le district de Tai Po. Il n'a pas été en contact avec des rongeurs ou des rats et n'avait pas voyagé pendant la période d'incubation.

Rappels sur "l'hépatite E du rat"

Les virus de l’hépatite E (VHE) appartiennent à la famille des Hepeviridae, qui comprend le genre Orthohepevirus ; celui-ci regroupe les VHE, dont les principales espèces hôtes sont des mammifères terrestres et le genre Piscihepevirus, dont les espèces hôtes sont des poissons. Le genre Orthohepevirus est classé en 4 espèces : l'Orthohepevirus A (VHE-A) qui comprend les variants du VHE infectant l'homme, l'Orthohepevirus B (VHE-B), qui circule chez les poulets, l'Orthohepevirus D (VHE-D), retrouvé chez les chauves-souris, et enfin l'Orthohepevirus C (VHE-C), retrouvé chez les rats et les furets.

Le VHE-C a été découvert en Allemagne en 2010 et des variants du VHE-C chez le rat ont été détectées dans des échantillons de rongeurs de plusieurs pays en Asie, en Europe et en Amérique du Nord (2, 3).

Chez l'homme, deux études sérologiques ont évoqué la possibilité d'une infection de l'homme par ce virus zoonotique (c'est-à-dire transmissible de l'animal à l'homme). Au Vietnam, le rôle du VHE-C a ainsi été évoqué comme responsable d'hépatites aiguës (4). Une enquête de séroprévalence a été menée en Allemagne chez des donneurs de sang et une population d'ouvriers forestiers, tous asymptomatiques. Les taux d'anticorps dirigés contre le VHE-A était respectivement de 18 % et 11 % dans ces deux populations. Seule la population d'ouvriers forestiers présentait des anticorps dirigés contre le VHE-C (5).

Les cas d'infection à VHE-C confirmés par diagnostic direct sont peu nombreux. Le premier cas d'hépatite E du rat transmise à l'homme a été diagnostiqué et documenté à Hong Kong en Septembre 2018 dans le cadre d'une étude visant à établir le diagnostic étiologique des hépatites chroniques dans une population de patients transplantés. Le cas identifié concernait un transplanté hépatique. Le patient vivait dans un lotissement dont les poubelles situées à l'extérieur de son domicile présentaient des signes d'infestation par les rats. Un VHE-C a été isolé chez des rongeurs des rues de la zone, mais l'isolat n'était pas étroitement lié à celui du patient. Cette étude à la recherche d'infections par le VHE-C a été poursuivie chez 2 201 patients présentant des anomalies biologiques hépatiques et 659 patients immunodéprimés. Sept cas supplémentaires d'hépatite E du rat ont été mis en évidence : 3 hépatites aiguës, 3 hépatites chroniques et une forme infraclinique ; 3 malades étaient immunodéprimés (6). Depuis, des cas sporadiques d'hépatite E du rat sont signalés ponctuellement à Hong Kong. Un cas a également été signalé au Canada. Il s'agissait d'un malade d'origine canadienne travaillant pour les Nations Unies en Afrique et pris en charge pour une hépatite aiguë (7).

La fréquence des hépatites E du rat est peut-être sous-estimée car leur diagnostic est difficile. Le dépistage sérologique s'expose à des faux négatifs du fait de réactions croisées incomplètes lors de l'utilisation des tests commercialisés, qui n'intègrent pas d'antigène spécifique du VHE-C. Il en est de même des tests diagnostiques par PCR : ceux-ci utilisent des amorces basées sur le VHE-A, rendant ainsi impossible la mise en évidence du génome du VHE-C.

Il existe un vaccin contre l'hépatite E, mais ce vaccin n'est disponible qu'en Chine.

Références

  1. Outbreak News Today.
  2. Johne R. et al. Detection of a novel hepatitis E-like virus in faeces of wild rats using a nested broad-spectrum RT-PCR. J Gen Virol. 2010 Mar;91(Pt 3):750-8.
  3. Reuter G. Review of Hepatitis E Virus in Rats: Evident Risk of Species Orthohepevirus C to Human Zoonotic Infection and Disease. Viruses. 2020 Oct 9;12(10):1148).
  4. Shimizu K. et al. Serological evidence of infection with rodent-borne hepatitis E virus HEV-C1 or antigenically related virus in humans. J Vet Med Sci. 2016 Nov; 78(11):1677–1681.
  5. Dremsek P. et al. Seroprevalence study in forestry workers from eastern Germany using novel genotype 3- and rat hepatitis E virus-specific immunoglobulin G ELISAs. Med Microbiol Immunol . 2012 May;201(2):189-200.
  6. Sridhar S. Transmission of Rat Hepatitis E Virus Infection to Humans in Hong Kong: A Clinical and Epidemiological AnalysisHepatology. 2020 Jan 20. doi: 10.1002/hep.31138.
  7. Andonov A. et al. Rat Hepatitis E Virus Linked to Severe Acute Hepatitis in an Immunocompetent Patient. J Infect Dis . 2019 Aug 9;220(6):951-955.