La Haute Autorité de santé recommande la vaccination de tous les nourrissons contre la méningite B

Publié le 30 juin 2021 à 20h16

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 26 août 2020.

La Haute Autorité de santé (HAS) a publié une recommandation intermédiaire contre les infections invasives à méningocoque B en janvier 2021 (nouvelle du 14 février 2021). Celle-ci comportait quelques adaptions des recommandations spécifiques antérieures (avis du Haut Conseil de la santé publique de 2013) et la vaccination généralisée des enfants n'était pas recommandée. L'avis intermédiaire a ensuite été soumis à une consultation publique en janvier-février 2021. La prise en compte des 41 contributions recueillies lors de cette consultation, provenant essentiellement d'associations de pédiatres mais aussi de familles victimes d'infections graves à méningocoque, a changé la donne et justifié un changement important de la recommandation intermédiaire : ainsi, la HAS recommande maintenant de vacciner tous les nourrissons contre les infections invasives à méningocoque B avec le vaccin Bexsero.

La HAS a également actualisé les recommandations vaccinales contre les infections à méningocoque avec le vaccin Trumenba. Mais l'autorisation de mise sur le marché du vaccin Trumenba ne rendant possible son utilisation qu'à partir de l'âge de 10 ans, l'avis initial n'a pas évolué pour ce vaccin.

En complément des éléments fournis lors de la recommandation intermédiaire, les principaux arguments en faveur de la recommandation de vaccination universelle des nourrissons contre le méningocoque B sont les suivants :

  • la gravité des infections invasives à méningocoque, notamment chez les nourrissons ;
  • l’absence de méthode de prévention alternative pour prévenir ces infections ;
  • l'existence de schémas vaccinaux simplifiés avec Bexsero, sans conséquence défavorable sur l'immunogénicité du vaccin et la persistance des anticorps après la vaccination ;
  • l'efficacité en vie réelle du vaccin Bexsero en Angleterre, au Portugal et en Italie, malgré une incertitude sur le niveau d’efficacité ;
  • un impact probable de la vaccination par Bexsero sur la prévention des infections causées par d'autres sérogroupes, notamment le W ;
  • une possible reprise épidémique des infections à méningocoque en France avec la reprise d’une vie sociale normale, alors même que le confinement a pu diminué la réduction de la circulation des méningocoques et donc le niveau d’immunité de la population contre ces bactéries ;
  • l'existence de séquelles à long terme des infections graves à méningocoque avec des conséquences sur l’entourage de l’enfant ;
  • l’impact des inégalités sociales de santé sur la fréquence et le délai à la prise en charge de l’infection ;
  • les difficultés créées par la disponibilité d’un vaccin non accessible aux catégories sociales les plus précaires.

Malgré la baisse du nombre de nouveaux cas d'infection grave à méningocoque B ces dernières années, ces arguments ont conduit la HAS à recommander la vaccination par Bexsero de tous les nourrissons. On considère qu'un enfant est un nourrisson jusqu'à l'âge 23 mois.

Cette recommandation de vaccination généralisée vise à favoriser une possible protection individuelle de tous les nourrissons qui persisterait jusqu’à l’âge de 4 ans (selon les données disponibles) et permet de lever la barrière financière, qui est l’une des sources d’inégalité d’accès à la vaccination.

Le schéma vaccinal simplifié du vaccin Bexsero chez le nourrisson âgé de 2 à 5 mois consiste en une primovaccination à deux doses espacées de deux mois, suivie d'une dose de rappel entre l’âge de 12 et 15 mois avec un intervalle d’au moins 6 mois par rapport à la seconde dose. L’intégration du vaccin dans le calendrier vaccinal doit encore être discutée.

La HAS rappelle par ailleurs que la vaccination n’exonère pas, pour les sujets contacts de cas d'infection invasive à méningocoque B, de la chimioprophylaxie antibiotique qui reste le moyen le plus efficace de prévention de cas secondaires.

En conclusion, Il faut préciser que l'avis de la HAS est consultatif et que d'autres avis sont attendus. La commission de la transparence de la HAS doit donner son avis sur la prise en charge du vaccin Bexsero pour cette nouvelle recommandation. Le comité économique des produits de santé (CEPS) est chargé de fixer le prix du vaccin. La HAS a souligné le coût élevé de cette vaccination au regard des bénéfices collectifs attendus et estimé, à ce titre, qu'une forte diminution du prix du vaccin est légitime. La décision ultime d'intégrer la vaccination contre le méningocoque B dans le calendrier vaccinal général de l'enfant revient au ministère de la santé. Cette vaccination ne serait pas obligatoire.

Source : Haute Autorité de santé.