Vaccins bivalents utilisés en rappels contre la covid 19 : efficacité sur le terrain démontrée pour la formule Wuhan-Omicron BA.4/5

Publié le 30 nov. 2022 à 21h55

Biographie

MD, PhD, ancien directeur scientifique de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), Brétigny sur Orge, France.

Habilitation à diriger les recherches.

Enseignant à l’Ecole du Val-de-Grâce, à l’université d’Aix-Marseille, à l’Institut de formation en soins infirmiers Saint Joseph, Marseille.

Expert auprès de Santé publique France, de la Haute autorité de santé (HAS) et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC).

Membre du Comité de protection des personnes (CPP) Sud-Ouest et Outre-mer II.

Liens d'intérêt

Absence de lien avec l’industrie pharmaceutique.

Aucune participation à des études cliniques de médicaments ou vaccins.

Déclaration établie le 2 janvier 2012, mise à jour le 21 septembre 2021.

Les vaccins développés contre la souche originale du SARS-CoV-2, désignée Wuhan, confèrent une bonne protection et ont permis d’éviter très largement la survenue de formes graves de covid 19 depuis leur mise à disposition. Cependant, il est bien démontré que cette protection décroit dans le temps, rendant possible des réinfections par le virus original. En outre, de nombreux variants du virus aux caractéristiques antigéniques modifiées sont apparus depuis le début de la pandémie et échappent, au moins partiellement, aux défenses immunitaires dirigées contre les souches antérieures.

Pour ces raisons, en Europe et dans de nombreux pays, les autorités de santé recommandent l’administration de rappels vaccinaux utilisant des vaccins aux formules modifiées pour contenir les antigènes de la souche Wuhan et ceux des variants les plus répandus, dérivés du variant Omicron apparu en novembre 2021 et qui s’est partout étendu (voir l’actualité du 23 septembre 2022). Ces nouveaux vaccins bivalents ont été rapidement mis au point par Moderna et Pfizer-BioNTech grâce à la technologie de l’ARN. Ils sont censés élargir la gamme des défenses immunitaires, anticorps et cellules, pour étendre la protection des personnes vaccinées aux différentes souches de SARS-CoV-2 en circulation, dont les sous-variants Omicron BA.1 et BA.4/5. Cette protection renforcée pourrait nous prémunir contre des variants pas encore apparus, s’ils ne présentent pas de différences trop importantes.

Dans la crainte d’une reprise épidémique, la décision d’utiliser les vaccins bivalents pour les rappels (en général une 4e dose et au-delà) a été prise, tant en Europe qu’aux Etats-Unis, alors qu’on ne disposait que de données d’immunogénicité de ces vaccins (leur capacité à induire une production d’anticorps dirigés contre les virus d’intérêt). Ces données étaient contradictoires, indiquant soit une équivalence entre vaccins monovalents originaux et vaccins bivalents pour l’induction d’anticorps neutralisant les sous-variants d’Omicron, soit une légère supériorité des préparations bivalentes. Elles ne renseignaient pas sur l’efficacité clinique des vaccins, c’est-à-dire le niveau de protection conféré contre l’infection et la maladie qui peut en découler.

En raison de l’extension rapide du sous-variant BA.4/5 d’Omicron, les Etats-Unis ont demandé qu’il figure dans la composition du vaccin bivalent, alors que les premières formules, chez Moderna comme chez Pfizer-BioNTech, incluaient le sous-variant BA.1. Depuis que le vaccin a été autorisé, des milliers de personnes ont pu le recevoir, et une première étude a comparé la protection observée chez ces personnes à celle obtenue avec des rappels monovalents (1). Elle montre que les personnes ayant reçu le rappel adapté au sous-variant majoritaire ont été mieux protégées de l’infection, d’autant plus qu’elles étaient jeunes et que le rappel était effectué plus tardivement par rapport à la vaccination initiale (plus de 8 mois).

Ces résultats viennent conforter les choix effectués de privilégier les préparations bivalentes pour les rappels, dans un contexte où certains variants deviennent majoritaires. Ils montrent la supériorité d’un rappel adapté au sous-variant BA.4/5 dans une période où ce variant est responsable d’une grande partie des infections. De nouvelles études sont nécessaires pour évaluer l’efficacité des vaccins incluant le sous-variant BA.1, qui sont également recommandés mais ne correspondent pas au variant devenu le plus préoccupant.

Les vaccins bivalents contre le sous-variant BA.4/5 autorisés dans l'Union européenne sont les suivants :

Référence

  1. R. Link-Gelles, A. Avrich Ciesla et coll. Effectiveness of Bivalent mRNA Vaccines in Preventing Symptomatic SARS-CoV-2 Infection — Increasing Community Access to Testing Program, United States, September–November 2022. MMWR, 22 novembre 2022.