République démocratique du Congo : l'OMS estime qu'il y a des raisons de s'inquiéter de la propagation du mpox dans le pays et que le risque de propragation internationale est élevé Médecine des voyages

Publié le 25 nov. 2023 à 20h17

Biographie

Médecin biologiste.

Du 1er janvier au 12 novembre 2023, 12 569 cas suspects de mpox, dont 581 décès (taux de létalité : 4,6%), ont été signalés dans 156 zones de santé de 22 des 26 provinces de la République démocratique du Congo (RDC). Il s'agit du nombre de cas annuels le plus élevé jamais signalé, avec de nouveaux cas dans des zones géographiques qui n'avaient jamais signalé de cas de mpox, notamment Kinshasa, et les provinces de Lualaba et du Sud-Kivu. Parmi les cas suspects, 1 106 ont été testés par RT-PCR, et 714 (65%) étaient positifs pour le MPXV. L’Organisation mondiale de la santé (OMS)  considère la situation comme inquiétante.

1. Trois faits notables au cours de cette épidémie

a. Six cas de MPXV du clade I transmis par voie sexuelle

Le cas index est un homme, résidant en Belgique, qui est arrivé à Kinshasa le 15 mars 2023 alors qu’il ressentait les premiers symptômes. Le 16 mars, il s'est rendu à Kenge. Le 17 mars, ses lésions ano-génitales se sont aggravées, et il a développé d'autres lésions cutanées sur le tronc et les fesses. Le 23 mars, il a consulté et des prélèvements ont été effectués le 24 mars. Le patient a été testé positif par RT-PCR pour le MPXV et le résultat a été communiqué au ministère de la santé le 10 avril. Le séquençage génomique a confirmé qu'il s'agissait de MPXV de clade I.

L'individu s'est présenté comme un homme ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HSH). Au cours de son voyage en RDC, il s'est rendu dans des clubs connus d’HSH, et a eu plusieurs contacts sexuels. Les premiers symptômes étant présent à son arrivée en RDC, il est probable que son exposition au MPXV a eu lieu en Belgique, même si l’infection impliquait une souche de clade I, similaire à d'autres souches circulant en RDC.

Vingt-sept contacts sexuels et non sexuels ont été identifiés et suivis.  Cinq contacts sexuels (4 hommes et une femme) ont été testés positifs (3 développeront des symptômes au cours du suivi et 2 resteront asymptomatiques). Le cas initial est retourné en Belgique le 5 mai 2023.
Ce groupe de cas de mpox représente la première transmission sexuelle documentée du MPXV Clade I et la première transmission décrite parmi les HSH. A Kenge et à Kinshasa, il existe des clubs pour les HSH, dont certains membres se rendent dans d'autres clubs en RDC mais aussi en Europe et dans d’autres pays d’Afrique centrale.

Cet événement est inhabituel et souligne le risque que le clade I du MPXV puisse se propager largement parmi les réseaux sexuels, comme cela a été le cas pour le clade II lors de la flambée mondiale de 2022-23.

Le 28 juillet 2023, un autre cas confirmé de mpox a été enregistré à Kenge chez un HSH, malade depuis le 11 juin 2023. Il ne figurait pas parmi les contacts du premier groupe de cas de mars avril. Le séquençage du génome n'a pas été effectué. D'autres enquêtes épidémiologiques sont en cours pour vérifier les rapports de nouveaux cas dans cette province.

b. Première épidémie de mpox à Kinshasa

En août 2023, pour la première fois, des cas de mpox ont été confirmés à Kinshasa.

Le premier événement concerne une personne arrivée à Kinshasa par bateau - un milieu fermé particulièrement à risque pour la transmission du mpox - depuis la province de Maindombe, où le mpox est endémique. Son infection a été confirmée le 18 août. Plusieurs de ses contacts proches ont développé des symptômes et ont été testés positifs au MPXV.

Trois autres cas importés des provinces de Maindombe et Equateur, tous distincts les uns des autres, ont été signalés dans les zones de santé de Limete, Makala et Nsele. Ils ont été à l’origine de cas secondaires.
Entre le 18 août et le 12 novembre 2023, 102 cas secondaires suspects ont été signalés sur Kinshasa, dont 18 cas confirmés. Le sex-ratio parmi les cas confirmés est de 2 hommes pour 1 femme, avec un âge médian de 24 ans.  Pour l'instant, 13 des cas confirmés ont guéri (dont un agent de santé), un est décédé (taux de létalité de 5,6 %) et quatre sont isolés et sous traitement. La personne décédée était également atteinte de tuberculose et a contracté le mpox au cours de son hospitalisation.  

Ces nouveaux cas de transmission interhumaine du MPXV dans une grande zone urbaine comme Kinshasa montrent que l'épidémiologie de mpox en RDC est en train de changer.  

c. Première épidémie de mpox dans le Sud-Kivu

Avant 2023, la province du Sud-Kivu n'avait pas signalé de cas de mpox.

Le premier cas confirmé est celui d'un jeune commerçant venu de Kisangani, dans la province de la Tshopo qui est endémique pour le mpox. Il est arrivé au Sud Kivu, quelques jours avant le 26 septembre, date d'apparition des premiers symptômes.

L'enquête initiale, a identifié 113 contacts dans les zones de santé de Bukavu et de Kamituga. Au 22 novembre 2023, un total de 80 cas suspects et 34 cas confirmés de mpox (dont 20 travailleurs du sexe) ont été rapportés dans le Sud-Kivu, principalement dans la zone de santé de Kamituga, sans aucun décès. Actuellement, la province du Sud-Kivu est aux prises avec un conflit, des déplacements de population, l'insécurité alimentaire et des difficultés à fournir une aide humanitaire adéquate, autant de facteurs qui ont un impact profond sur la population locale, en particulier sur les groupes vulnérables, et qui pourraient constituer un terrain fertile pour la propagation du MPXV.

2. Évaluation des risques de l'OMS

Les raison s de l’expansion du mpox en RDC en 2023, qui touche les hommes, les femmes et les enfants, restent inconnues.

Pour l’OMS, les raisons de s'inquiéter de la propagation du mpox en RDC sont les suivantes :

  • La RDC connaît une augmentation significative du nombre de cas suspects signalés en 2023 ;
  • Les connaissances épidémiologiques et scientifiques sur le mpox restent limitées et les modes de transmission dans le pays sont mal compris ;
  • En 2023, des cas confirmés de mpox ont été signalés pour la première fois dans la grande zone urbaine de Kinshasa où le potentiel de propagation interhumaine est amplifié et la mise en œuvre de mesures d'endiguement plus difficile, et dans plusieurs autres zones qui n'étaient pas touchées auparavant (province du Kwango et le Sud-Kivu) ce qui traduit une expansion géographique du mpox en RDC ;
  • La transmission sexuelle du mpox due au clade I du MPXV est documentée pour la première fois et des chaînes de transmission peuvent avoir été omises (La transmission du MPXV par contact sexuel permet une propagation plus rapide). La proportion de cas de mpox transmis par voie sexuelle est inconnue, mais l'impact de ce mode de transmission pourrait être significatif, en particulier dans les zones urbaines qui manquent de ressources ;
  • La prévalence de l'infection par le VIH est plus élevée dans les populations clés que dans la population générale (Les personnes immunodéprimées, que ce soit en raison d'un VIH non contrôlé ou d'autres facteurs, courent un risque plus élevé de complications graves de la mpox et de décès lié au mpox).  Si la prévalence nationale du VIH en RDC est estimée à moins de 1 %, elle est estimée à 7,1 % chez les HSH ;
  • La sensibilisation au mpox et aux risques associés est insuffisante dans les populations générales et clés ;
  • Les capacités de réponse nationales sont limitées : les informations épidémiologiques manquent, la sensibilisation du public (dont les HSH) au mpox et aux mesures de prévention est insuffisante, il existe de nombreuses priorités concurrentes, il n’y a pas de programmes de vaccination pour les populations à risque en en dehors des projets de recherche, et l'accès au médicament antiviral tecovirimat reste limité ;
  • La collaboration et la coordination entre les partenaires sont nécessaires pour soutenir la recherche et appuyer une réponse solide au niveau national, provincial et local.

L’OMS estime que le risque de propagation internationale du mpox est élevé.

Outre les arguments décrits ci-dessus, les arguments suivants viennent étayer cette hypothèse :

  • Cette première épidémie de mpox due au clade I du MPXV et liée à des contacts sexuels a été signalée à l'occasion de voyages internationaux à l'intérieur des régions de l'OMS et d'une région à l'autre ;
  • L'introduction du clade I du MPXV dans des réseaux sexuels différents et éventuellement croisés pourrait faciliter et amplifier la propagation de ce clade historiquement plus virulent du virus, et ce risque parait plus marqué pour les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ;
  • Une flambée simultanée de mpox se produit dans la République du Congo voisine, le long de l'écosystème du fleuve Congo, dont les liens, s'ils existent, avec les cas de la RDC restent inconnus.

Source : Organisation mondiale de la santé