Le vaccin contre le pneumocoque PREVENAR 13 utilisable dès l'âge de 50 ans en Europe et aux Etats-Unis

Publié le 3 jan. 2012 à 16h04

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 26 août 2020.

L'Agence américaine de sécurité sanitaire, la Food and Drug Administration (FDA), a annoncé le 30 décembre 2011 que le vaccin PREVENAR 13 (en anglais PREVNAR 13) était utilisable chez les patients âgés de 50 ans et plus. Peu de temps auparavant, l'Agence européenne du médicament (EMA, European Medicines Agency) avait publié sur son site Internet le nouveau résumé des caractéristiques du vaccin PREVENAR 13, qui mentionne également cette nouvelle indication et présente les données des études la justifiant. 

Le pneumocoque (Streptococcus pneumoniae) est responsable d'infections ORL et respiratoires, en particulier de pneumonies, et d'infections invasives sévères en cas de diffusion sanguine (septicémie) ou d'atteinte des méninges (méningite). L'incidence chez l'adulte de la maladie pneumococcique invasive augmente avec l'âge à partir de 50 ans, L'alcoolisme, le tabagisme, les affections cardiovasculaires ou pulmonaires chroniques (incluant l'asthme), l'insuffisance rénale, le diabète et les affections chroniques du foie (dont l'hépatite alcoolique) sont des facteurs de risque de l'infection invasive à pneumocoque. Environ 80 % des infections invasives à pneumocoque de l'adulte sont des pneumonies bactériémiques. Aux Etats-Unis, environ 300.000 adultes âgés de 50 ans et plus sont hospitalisés chaque année pour une pneumonie à pneumocoque.

La virulence du pneumocoque est liée à sa structure. Cette bactérie est en effet entourée d'une sorte de manteau appelé capsule. La capsule du pneumocoque est composée de petites molécules de sucres enchainées, les polyosides, encore appelés polysaccharides (ce dernier nom étant dérivé de l'anglais). Ce constituant externe permet à la bactérie de survivre et donc de résister à l'intérieur des macrophages, cellules fortement impliquées dans l'immunité des êtres humains contre les agents infectieux. Cette capsule est par ailleurs à l'origine d'une très grande diversité, puisque sa composition permet de distinguer une centaine de sérotypes différents. L'implication de ces sérotypes en pathologie humaine est très inégale.

Les vaccins disponibles actuellement contiennent des antigènes capsulaires et confèrent une protection spécifique de type. Le but du jeu est d'inclure le maximum de sérotypes dans un vaccin. Les vaccins actuellement disponibles contiennent jusqu'à 23 sérotypes du pneumocoque. Lorsque le polyoside capsulaire est utilisé seul, la réponse immunitaire présente des imperfections : elle ne fait appel qu'aux lymphocytes B, elle ne permet pas de lutter contre le portage rhinopharyngé du pneumocoque, elle n'est pas ou peu efficace avant l'âge de deux ans et enfin il n'existe pas d'effet rappel après une deuxième administration. Pire, il a parfois été observé une hyporéponse immunologique contre certains sérotypes en cas de répétition rapprochée des injections. La fabrication de vaccins conjugués a permis de contrecarrer ces difficultés. La conjugaison consiste à coupler le polyoside à une protéine, macromolécule capable de susciter une réponse immunitaire plus efficace. Les vaccins anti-pneumococciques conjugués (ne pas confondre avec les vaccins adsorbés ou adjuvés, c'est-à-dire contenant un adjuvant !) confèrent une meilleure protection, sont efficaces dès l'âge de deux mois, luttent contre le portage du pneumocoque (et donc contre la transmission de la maladie) et permettent d'obtenir un effet rappel. Le premier vaccin anti-pneumococcique de ce type commercialisé dans de nombreux pays, incluant les Etats-Unis et les pays européens, était le PREVENAR (7 sérotypes), produit par le laboratoire Pfizer. Le PREVENAR 13 (13 sérotypes), produit par le même laboratoire, possède une autorisation de mise sur le marché européen depuis le 9 décembre 2009. Revers de la médaille : la conjugaison est un procédé complexe et il semble exister une limite au nombre de sérotypes pouvant être inclus dans le vaccin. Chez l'adulte âgé de 50 ans et plus, la couverture sérotypique du vaccin PREVENAR 13, c'est-à-dire la proportion de sérotypes responsables d'infections invasives à pneumocoque contre lesquels le vaccin peut conférer une protection, varie de 50 à 76 % selon le pays. 

Jusqu'à présent, le vaccin PREVENAR 13 était indiqué aux Etats-Unis uniquement chez les enfants âgés de 6 semaines à 5 ans ; en Europe, l'autorisation de mise sur le marché (AMM) limitait l'indication aux enfants âgés de 2 mois à 5 ans. En France, la vaccination est recommandée d'une part à l'ensemble des enfants de moins de 2 ans, et d'autre part aux enfants âgés de 2 ans à moins de 5 ans, lorsque ceux-ci possèdent des facteurs de risque de l'infection à pneumocoque ; il est alors recommandé d'administrer deux doses de vaccin conjugué 13-valent à deux mois d'intervalle, suivies d'une dose de vaccin polyosidique 23-valent au moins deux mois après la deuxième dose de vaccin 13-valent. Dès l'âge de 5 ans, le schéma consiste plus simplement à administrer une dose de vaccin polyosidique 23-valent tous les 5 ans. Il n'est pas conseillé de raccourcir l'intervalle entre deux administrations de ce vaccin.

L'autorisation d'utiliser le vaccin PREVENAR 13 chez les personnes âgées de 50 ans et plus est fondée sur des données d'immunogénicité contre les sérotypes vaccinaux du pnemocoque. Ces données ont été collectées au cours d'études randomisées multicentriques réalisées aux Etats-unis et en Europe chez des sujets âgés de 50 ans et plus qui ont reçu soit le vaccin PREVENAR 13, soit le vaccin non conjugué à 23 valences PNEUMOVAX. Les concentrations en anticorps anti-pneumocoque étaient similaires ou plus élevées avec le vaccin conjugué. La sécurité du vaccin PREVENAR 13 a été évaluée chez environ 6.000 personnes âgées de 50 ans et plus. La plupart des effets indésirables observés étaient attendus et sans différence importante avec les effets indésirables observés après l'administration du vaccin non conjugué 23-valent (par exemple, des signes inflammatoires au site d'injection, des maux de tête, des frissons...). Une étude complémentaire portant sur 85.000 personnes âgées de 65 ans et plus est en cours, afin de confirmer l'efficacité du vaccin PREVENAR 13 contre la pneumonie à pneumocoque. La nécessité de revacciner des adultes avec une dose supplémentaire de ce vaccin n'a pas encore été établie.

Pour l'instant, le vaccin PREVENAR 13 n'est pas recommandé en France chez les personnes âgées de 50 ans et plus. Il faut distinguer l'utilisation d'un vaccin, définie règlementairement par l'agence européenne du médicament ou par l'agence nationale de chaque pays, de la recommandation. Les recommandations vaccinales sont élaborées en France par le Haut Conseil de la santé publique. Elles sont la première étape avant le remboursement éventuel du vaccin par l'assurance maladie.

La fiche produit du vaccin PREVENAR 13 a été actualisée sur le site MesVaccins.net.

Source : Food and Drug Administration (FDA) et European Medicines Agency (EMA).