Le risque de syndrome de Guillain-Barré après une infection par la dengue confirmée en laboratoire serait identique à celui associé à la grippe ou aux infections à Campylobacter.
Plusieurs cas cliniques ont suggéré une association entre le syndrome de Guillain-Barré (SGB) et la dengue, mais le risque de SGB associé à la dengue n'a pas été quantifié.
Dans une lettre publiée dans la revue New England Journal of Medicine, des auteurs brésiliens et britanniques rapportent les résultats d'une étude qui a analysé des bases de données nationales contenant des informations sur les hospitalisations, les notifications de cas de dengue et la mortalité au Brésil en 2023 et 2024.
Les auteurs ont utilisé un modèle cas-témoins autocontrôlé afin d'estimer les ratios de taux d'incidence (RTI) du SGB sur une période de 1 à 42 jours après l'apparition des symptômes d'une dengue confirmée en laboratoire (identifiée par RT-PCR, antigène NS1 ou test IgM), comparativement à une période de contrôle (du 43e jour après l'apparition des symptômes au 31 décembre 2024).
Sur 5 055 hospitalisations pour SGB, 147 présentaient une infection documentée par la dengue, et l'hospitalisation est survenue pendant la période à risque (1 à 42 jours après l'apparition des symptômes de la dengue) dans 89 cas.
Le ratio des taux d'incidence pendant la période allant du jour 1 au jour 42, par rapport à la période témoin, était de 16,75 (intervalle de confiance à 95 % [IC], 10,97 à 25,55 ; p < 0,001).
Le risque était maximal au cours des deux premières semaines et est revenu à son niveau initial au 43e jour. Le risque attribuable entre le 1er et le 42e jour était de 35,5 cas supplémentaires de SGB (IC à 95 %, 34,3 à 36,3) par million d’infections par la dengue confirmées en laboratoire.
Le risque de SGB après une infection par la dengue est similaire à celui associé à d'autres facteurs déclenchants connus de ce syndrome, tels que la grippe (rapport des taux d'incidence : 16,6) et les infection à Campylobacter jejuni (odds ratio : 3 à 41). Bien que les infections à C. jejuni et aux entérovirus soient considérées comme les facteurs déclenchants les plus fréquents du SGB à l'échelle mondiale, des études menées dans des régions tropicales, notamment au Brésil, en Malaisie et en Inde, suggèrent que les arboviroses pourraient être des facteurs déclenchants plus fréquents dans ces contextes.
Les auteurs estiment que, compte tenu des récentes épidémies de grande ampleur de dengue dans les régions d'endémie, le SGB associé à la dengue pourrait représenter une part importante et sous-estimée des séquelles neurologiques attribuables à cette maladie.
Ils concluent que dans les régions où la dengue est endémique, les cliniciens doivent suspecter un SGB chez les patients présentant une faiblesse musculaire progressive pendant ou peu après une dengue. La reconnaissance précoce des symptômes permet une immunothérapie rapide (immunoglobulines intraveineuses ou plasmaphérèse), ce qui stoppe la progression de la maladie et améliore le pronostic. Du point de vue de la santé publique, ces résultats renforcent l'argument en faveur des programmes de vaccination contre la dengue.