L'importation d'animaux en provenance de pays où la rage est endémique expose l'Europe à la réintroduction de cette maladie
Le risque de réintroduction de la rage dans les pays de l'Union européenne ayant éradiqué la rage, par le biais de la circulation d'animaux infectés en provenance de pays où la rage est endémique demeure.
Un article publiée récemment dans la revue Eurosurveillance en est une illustration. Il rapporte un cas de rage canine identifié chez un chien importé dans un but commercial.
La chienne avait été importée de Russie en Allemagne (Rhénanie-Palatinat) en novembre 2025. Le 22 janvier 2026, elle a présenté une anorexie et a été admise dans une clinique vétérinaire, où la présence d'un corps étranger a été suspectée, justifiant une intervention chirurgicale. Elle a développé un comportement agressif qui a fait suspecter la rage. Placée en quarantaine le 25 janvier, elle est décédée le lendemain. Huit personnes exposées ont été identifiées.
La rage a été confirmée et le virus a pu être isolé en culture. Le séquençage du génome viral a révélé que le virus de la rage isolé du chien importé appartenait à la lignée cosmopolite du RABV, montrant la plus grande identité avec les séquences d’un cluster associé au RABV du sud-est de la Russie, du Kazakhstan et de la Chine.
D'après les documents d'accompagnement l’animal semblait satisfaire aux exigences règlementaires : il serait né le 5 mai 2025, identifié par puce électronique, vacciné contre la rage en juillet 2025 et aurait subi un test de titrage d'anticorps antirabiques avant son entrée dans l'UE, avec un titre de 2,0 UI/ml en septembre 2025. Mais l’autopsie a estimé l’âge du chien entre 4 et 6 mois au moment de son décès, suggérant une date de naissance au plus tôt fin juillet ou août 2025 et l’étiquette du vaccin apposée sur le passeport de l’animal n’était pas authentique.
Les investigations ont révélé que :
- Le chien faisait partie d'un lot de 24 animaux de compagnie (22 chiens et 2 chats) qui a franchi la frontière biélorusse vers la Lettonie le 21 novembre 2025. Quatre chiens ont été respectivement expédiés en Autriche, en Belgique, en France et en Suisse et les 19 autres animaux (17 chiens et 2 chats) étaient destinés à l'Allemagne.
- Deux envois (au total 32 chiens et 22 chats) ayant la même origine russe, ont franchi la frontière biélorusse-lettone le 20 et le 21 novembre 2026, faisant craindre que les animaux des trois envois aient pu être en contact. Les animaux des deux autres envois ont également été suivis en Allemagne.
Le suivi des trois envois a révélé des incohérences supplémentaires dont six utilisations de la même étiquette de vaccin falsifiée, et sur 49 animaux testés, 16 avaient des titres d’anticorps antirabique < 0,5 UI/ml.
Une organisation russe de protection animale située près de Moscou a été désignée comme lieu d'origine de tous les animaux expédiés, mais les analyses phylogénétiques suggèrent que le virus, et très probablement le chien lui-même, provenaient des régions du centre-sud de la Russie
Les huit personnes contacts identifiées ont reçu une prophylaxie post-exposition. Sur le plan de la santé publique vétérinaire, au sein du foyer, un seul chat non vacciné a été en contact direct avec le chien enragé et a été euthanasié par la suite. Des mesures de contrôle ont ensuite été appliquées aux autres animaux transportés, notamment la mise en quarantaine, des tests sérologiques et, si nécessaire, la revaccination.
Les auteurs concluent que ce cas met en lumière le risque persistant que représentent les documents irréguliers ou falsifiés dans le cadre des mouvements transfrontaliers d'animaux de compagnie. Malgré la vaccination et les tests sérologiques documentés, les divergences relevées lors des tests de contrôle soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la fiabilité et à l'intégrité des procédures d'importation. Compte tenu des graves conséquences pour la santé publique liées à l'introduction de la rage, et à la lumière des éléments de preuve présentés ici, un contrôle strict des importations d'animaux de compagnie est justifié. De plus, un moratoire sur l'importation d'animaux de compagnie dans l'UE en provenance de pays à haut risque semble justifié.