À son tour, le laboratoire français Transgène communique sur les résultats positifs de l’essai de son vaccin personnalisé anti-cancer
L’utilisation de vaccins stimulant l’immunité pour lutter contre les cancers est une idée déjà ancienne mais qui n’avait pas jusqu’ici produit les résultats attendus. Bien que les cellules tumorales, par définition anormales, expriment des antigènes (dits «néoantigènes») qui les différencient des cellules normales chez tout individu, des mécanismes variés leur permettent d’échapper à la vigilance ou à l’action de l’immunité, autorisant ainsi leur développement. Surmonter ces mécanismes à l’aide de préparations amenant le système immunitaire à réagir aux néoantigènes et à les prendre pour cibles est une approche pertinente et séduisante, très comparable à celle qui est mise en œuvre dans les vaccins anti-infectieux. A la différence toutefois des vaccins anti-infectieux, les vaccins qu’on cherche à mettre au point contre les cancers sont à visée thérapeutique (ils s’attaquent à une maladie déjà présente, mais il n’est pas exclu d’envisager à terme des applications préventives). Ils sont par ailleurs nécessairement personnalisés, présentant les antigènes tumoraux propres à chaque malade. Enfin, ils sont pour l’instant évalués comme traitements adjuvants, succédant ou complémentaires à des traitements de première intention, chirurgie, chimiothérapie ou immunothérapie.
Le 19 aout dernier, les laboratoires Merck et Moderna, associés, ont annoncé les résultats d’une étude de phase III, mettant en évidence l’effet favorable d’un vaccin personnalisé contre le mélanome utilisant la technologie de l’ARNm (actualité du 7/09/2026 - 1). Le 2 septembre, c’est le laboratoire Transgène, associé au Japonais NEC Corporation, qui a communiqué sur la publication, en cours, des résultats d’une étude de phase I menée sur le vaccin TG4050 dans le traitement adjuvant de cancers épidermoïdes de la tête et du cou non liés au papillomavirus (HPV négatifs) opérés (ref). L’étude a porté sur 32 patients, dont 16 ont reçu le vaccin immédiatement après le traitement adjuvant standard, tandis que les 16 autres ont été surveillés et ont reçu le vaccin en cas de récidive de leur cancer (ref). Dans le premier groupe, aucun des participants n’a présenté de récidive sur une période de suivi médiane de 30 mois, alors que 3 récidives ont été détectées sur la même période dans le deuxième.
Le vaccin TG4050 a été développé sur un vecteur viral, une souche atténuée du virus de la vaccine (MVA, Modified Vaccinia Ankara), porteur de séquences génétiques codant jusqu’à 30 néoantigènes tumoraux spécifiques pour chaque malade. Administré 20 fois (6 injections sur une première semaine, puis 14 injections espacées de 3 semaines), le vaccin a été bien toléré. Chez 73,3% des patients, des cellules T cytotoxiques spécifiques des néoantigènes ont été détectées ; elles l’ont été pendant tout le traitement et jusqu’à un an après la dernière injection de vaccin.
Alors que les cancers de la tête et du cou sont très hétérogènes, certaines tumeurs semblant exclure tous les effecteurs immunitaires, ces résultats, restant à confirmer, sont très encourageants. Pour les auteurs de l’étude, ils « corroborent l'hypothèse selon laquelle l'administration de TG4050 en monothérapie induit des réponses durables de lymphocytes T cytotoxiques spécifiques aux néoantigènes tumoraux, capables de prévenir la récidive tumorale ». Transgène a déjà lancé une étude de phase II de TG4050, et un autre vaccin, TG4070, est testé en phase I contre le cancer du poumon non à petites cellules.
Références
- H. Tolou. Des résultats intermédiaires positifs de phase III pour un vaccin thérapeutique personnalisé à ARNm contre le mélanome
- Transgene et NEC annoncent 100 % de survie sans récidive après 3 ans de suivi avec TG4050 et publient les résultats de la Phase 1 dans Nature Communications
- C. Ottensmeier, J-P. Delord et coll. A viral-based individualized neoantigen vaccine as adjuvant treatment in resected head and neck squamous cell carcinoma: a randomized Phase I trial