Mon carnet de vaccination électronique
Pour être mieux vacciné, sans défaut ni excès

Vaccination contre les papillomavirus : le Pr Roger Salamon réagit aux polémiques

Publié le 18 avr. 2014 à 19h32

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

La polémique autour du vaccin Gardasil, vaccin contre les papillomavirus humains (ou HPV, pour Human Papillomavirus) a été relancée il y a quelques jours par des médecins, avant d'être rapidement contredite par plusieurs sociétés savantes (notre article du 14 avril 2014). Cette polémique concerne surtout l'efficacité du vaccin anti-HPV, son prix et sa place par rapport au dépistage par le frottis cervico-vaginal. Elle fait écho à une autre polémique concernant la tolérance du vaccin contre les papillomavirus, et renforce le doute sur la pertinence de cette vaccination. Pourtant, de plus en plus de voix s'élèvent contre ce concert de polémiques et mettent en avant les faits scientifiques qui montrent l'efficacité et la sécurité des vaccins anti-HPV. Parmi ces voix, on retiendra celle du Professeur Roger Salamon, Président du Haut Conseil de la santé publique, qui comprend mal les médecins qui expriment des réticences sur l'intérêt de ces vaccins avec des arguments comptables ou de stratégies comparatives entre dépistage et vaccination.

Les vaccins contre les papillomavirus sont-ils trop chers ?

Si le coût actuel de la vaccination parait élevé, l'argument comptable est cependant fragile, tant les prix des médicaments sont évolutifs et décroissants. Il suffit pour cela de prendre pour exemple le coût des antirétroviraux, qui a considérablement baissé, autorisant une prise en charge à large échelle dans les pays en voie de développement. Le Pr Salamon insiste fortement sur un élément oublié par les nombreux intervenants : le vaccin anti-HPV est un formidable espoir pour les pays du sud, où le dépistage et le traitement des tumeurs du col de l'utérus sont très limités et où la prévalence des cancers liés aux papillomavirus est très élevée. Si l'on empêche le développement de ces vaccins, y compris leur commercialisation dans les pays développés, il est vraisemblable que les pays du Sud n'en profiteront jamais et c'est bien là le plus grave.

Dépistage du cancer du col de l'utérus et vaccination anti-HPV : des stratégies complémentaires

Certains justifient leur réticence à la vaccination (pour ne pas dire leur opposition) par l'existence d'un autre moyen de prévention, à savoir le dépistage du cancer du col de l'utérus, aisé et peu coûteux, et par le fait que le cancer du col de l'utérus évolue peu avec peu de prolifération métastasique. Le Pr Salamon n'accepte pas cette indifférence pour la mortalité liée au cancer de l'utérus (environ 1.000 morts par an en France) et pour les conséquences physiques et psychiques d'une annonce d'un frottis positif. C'est aussi méconnaitre le nombre qui ne sera jamais nul des femmes échappant au dépistage et cela quels que soient nos efforts (ces femmes d'ailleurs sont le plus souvent dans les situations socio-économiques les plus défavorables). En France, la couverture du frottis cervico-utérin est inférieure à 60 %. Même si 100 % des femmes adhéraient au dépistage, des cancers surviendraient par défaut de sensibilité de la cytologie et du fait que des cancers surviennent en dehors des âges cibles du dépistage.

D'autres arguments anti-vaccinaux font état d'une couverture non exhaustive contre les papillomavirus et d'une incertitude sur les bénéfices à long terme de la prévention du cancer

Selon le Pr Salamon, ces arguments sont hypocrites : les effets sur le taux d'incidence du cancer de l'utérus ne pourront jamais être évalués a priori, sauf par des essais thérapeutiques bâtis avec des suivis de plusieurs dizaines d'années et un bras placebo éthiquement inacceptable !

Sécurité des vaccins anti-papillomavirus

Quant aux effets délétères présumés du vaccin, le Pr Salamon rappelle que toutes les études de pharmacovigilance en Europe et dans le monde montrent que le rapport bénéfice-risque est en faveur de la vaccination.

La question des liens d'intérêt

Le Pr Salamon anticipe la question des liens d'intérêt : « Bien sûr, ma position conduira inévitablement à des remarques sous-entendant d'éventuels liens d'intérêt que j'aurais avec l'industrie pharmaceutique. Il n'en est rien d'aucune façon mais qu'il me soit permis en retour de me poser des questions sur les liens d'intérêt, à mon sens très clairs même s'ils ne sont pas d'argent, entre des acteurs de santé (de La Réunion ou d'ailleurs) et des lobbies anti-vaccinaux ». Sinon, « comment expliquer cette sorte de frénésie et cet acharnement médiatique contre un produit qui n'est pas imposé à la population mais recommandé par des instances sérieuses, qualifiées et tout aussi attachées à la santé de leurs concitoyens et aux finances de l'Etat. »

Le Pr Salamon conclut en ajoutant que l'on devrait se réjouir de voir apparaître une vaccination capable de s'opposer à un cancer. Il s'agit là d'un formidable progrès et d'une promesse pour l'avenir qui devrait être soutenue par la profession médicale sans réserve et unanime.

Références


Maladie : Papillomavirus

Vaccins : CERVARIX GARDASIL