Pénurie de vaccins contre le méningocoque C : comment vacciner ?

Publié le 5 jan. 2015 à 23h06

Biographie

- Médecin biologiste à la retraite.
- Auparavant : médecin biologiste dans un hôpital d'Instruction des armées pendant 6 ans, puis détaché pendant 20 ans par le Service de santé des armées comme virologiste d'abord puis comme directeur dans 3 instituts du Réseau international des Instituts Pasteur.

Liens d'intérêt

- Aucune rémunération actuelle ou dans le passé de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.

Le méningocoque est une bactérie présente dans la gorge de certaines personnes appelées "porteurs du méningocoque". Le méningocoque se transmet directement par voie aérienne par l'intermédiaire de gouttelettes de salive, d'un porteur à une autre personne. Dans les jours qui suivent son installation dans la gorge, le méningocoque peut traverser la muqueuse et atteindre la circulation sanguine, pouvant alors entraîner une méningite ou une septicémie dont l'évolution peut conduire au décès du malade. Le purpura fulminans est une complication redoutable de l'infection par le méningocoque, qui se traduit par des plaques hémorragiques cutanées et un choc septique foudroyant mortel une fois sur trois. Il existe plusieurs sérogroupes, parmi lesquels les cinq suivants ont une importance particulière : A, B, C, W (anciennement W135) et Y. Les sérogroupes en cause peuvent être très différents d'une région du monde à l'autre.

Le méningocoque C est un sérogroupe particulièrement virulent. Le 25 septembre 2014, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé communiquait sur le retrait en Europe de tous les lots du vaccin contre le méningocoque C Meningitec®. Ce rappel des lots vaccinaux de Meningitec, relayé dans la rubrique "Actualités de Mesvaccins.net", était effectué à titre de précaution par le laboratoire Nuron fabriquant ce vaccin, suite à la présence de particules dans un nombre limité de seringues. La conséquence de ce retrait est un risque de pénurie. C'est la raison pour laquelle un avis daté du 18 décembre 2014 et publié le lundi 5 janvier 2015 sur le site Internet du Haut Conseil de la santé publique définit l'adaptation de la stratégie vaccinale contre le méningocoque C.

La stratégie actuelle recommande de vacciner toutes les personnes âgées de 1 à 24 ans afin de prévenir une infection grave par le méningocoque C. Plusieurs vaccins sont disponibles pour satisfaire à cette recommandation : le vaccin Meningitec® et deux autres vaccins méningococciques C conjugués monovalents (Menjugatekit® et Neisvac®) ainsi que deux vaccins conjugués tétravalents ACWY (Menveo®, Nimenrix®). Les vaccins méningococciques tétravalents (ou quadrivalents) sont désignés ainsi car ils confèrent une protection contre quatre sérogroupes du méningocoque (A, C, W et Y) au lieu du seul sérogroupe C pour les vaccins monovalents.

Dans cet avis, le Haut Conseil de la Santé Publique a pris en considération les données épidémiologiques et la couverture vaccinale actuelles. Il rappelle les recommandations vaccinales actuelles et fait le point sur les caractéristiques des vaccins méningococciques disponibles.

En pratique, compte tenu des doses potentiellement disponibles en vaccins méningococciques C conjugués et en vaccins méningococciques conjugués ACWY :

  • les enfants âgés de 12 mois à 4 ans, chez lesquels les infections graves à méningocoque sont particulièrement fréquentes, doivent être prioritaires pour l'utilisation des vaccins méningococciques C conjugués monovalents ;
  • pour la tranche d'âge de 15 à 24 ans, également fortement affectée, l'utilisation d'un vaccin tétravalent conjugué chez ces adolescents et jeunes adultes potentiellement voyageurs présente l'avantage d'une protection plus large ;
  • pour les autres tranches d'âge, moins à risque mais qui doivent continuer à être vaccinées pour permettre une immunité de groupe, l'utilisation des vaccins tétravalents conjugués ACWY, Nimenrix® et Menveo®, est recommandée.

Rappels vaccinaux

Alors que le schéma vaccinal des vaccins monovalents conjugués C consiste en l'administration d'une seule dose, sans rappel, la nécessité d'un rappel ultérieur après l'administration d'une dose d'un vaccin tétravalent conjugué ACWY devra être considérée.

Remboursement de la vaccination contre les infections invasives à méningocoques C

Les vaccins méningococciques monovalents conjugués de sérogroupe C sont pris en charge par l'assurance maladie à hauteur de 65 %. Or ce n'est pas le cas des vaccins tétravalents conjugués, assimilés aux vaccins du voyageur. En prenant en compte la faible couverture vaccinale contre les infections invasives à méningocoque C, dont l'incidence augmente en France, le Haut Conseil de la santé publique demande aux autorités de santé de faire en sorte que les vaccins conjugués tétravalents ACWY soient remboursés dès lors qu'ils sont utilisés en remplacement des vaccins monovalents C pendant la période de pénurie de ces vaccins.

Pour cela, la prescription médicale des vaccins tétravalents conjugués ACWY dans cette indication devra être suffisamment explicite, afin de fournir à l'Assurance maladie toutes les informations nécessaires à ce remboursement.

Toutefois, il est à noter que par arrêté du 8 décembre 2014, Menveo® et Nimenrix® ont été inscrits sur la liste des médicaments rétrocédés en pharmacie hospitalière et ceci pour une durée d'un an. Ce qui signifie qu'en pratique, sur prescription médicale, les pharmacies hospitalières pourront vendre ces vaccins au public.

Ces recommandations seront régulièrement actualisées en fonction des informations obtenues sur la disponibilité des vaccins méningococciques C conjugués.

La base de connaissance sur la vaccination de MesVaccins.net a été mise à jour, ainsi que le système expert de personnalisation des recommandations vaccinales intégré au carnet de vaccination électronique.

Source : Haut Conseil de la santé publique.