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Foyer de pneumonie à pneumocoque dans un chantier naval à Marseille : la vaccination recommandée pour tous les travailleurs

Publié le 3 fév. 2020 à 15h26

Biographie

Médecin retraité, spécialisé en médecine des voyages. Membre de la Société de médecine des voyages (depuis 2000) Formateur en vaccinologie et médecine des voyages (depuis 2000)

Liens d'intérêt

Absence de lien d’intérêt avec les firmes pharmaceutiques

Le 28 janvier 2020, 13 cas de pneumonie à pneumocoque ont été notifiés aux chantiers navals de Marseille.

À titre de mesure de contrôle, la vaccination de tous les travailleurs du chantier naval (n = 4 000) est proposée depuis le 3 février 2020.

L'Agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d'Azur a été alertée de plusieurs cas d'infection à pneumocoque chez des personnes travaillant sur la rénovation d'un bateau à Marseille.

Une filière de soins a immédiatement été organisée avec l'équipe médicale du bateau, le Samu, le Bataillon des Marins Pompiers de Marseille, l'Institut hospitalo-universitaire et l'ARS Paca. 

Une sensibilisation aux mesures barrières a été faite auprès de l'équipe médicale du bateau en chantier et des mesures de précaution ont été communiquées au personnel : 

  • renforcement du lavage des mains ;
  • port de masque pour les personnes malades (3 000 masques ont été livrés sur le chantier) ;
  • isolement de tout cas suspect en cabine individuelle, etc.

L'Agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur a également mobilisé une quinzaine d'équipes de vaccination pour mener une opération de vaccination d'envergure dès le lundi 3 février pour protéger les travailleurs potentiellement exposés sur le chantier.

Des éclosions d'infections invasives à pneumocoque ont déjà été signalées dans des chantiers navals dans les pays de l'Union européenne ou de l'espace économique européen (UE/EEE) :

  • en 2019 en Finlande et en Norvège ;
  • en 2015, en Irlande du Nord. 

En Norvége et en Irlande du Nord, la souche responsable du foyer épidémique (sérotype 4, type de séquence* 801) est identique et est contenue dans tous les vaccins antipneumococciques actuellement autorisés dans l'UE/EEE.

L'exposition aux fumées de soudage est un facteur de risque connu d'infection à pneumocoque. Le risque de propagation internationale est considéré comme faible et des mesures de contrôle pour tous les travailleurs du chantier naval ont été prises par les autorités sanitaires françaises.

Rappels sur le pneumocoque 

Le pneumocoque (nom d'espèce : Streptococcus pneumoniae), est une bactérie responsable de nombreuses infections, allant de de la plus bénigne à la plus grave, qui peut aboutir au décès. Sont appelées "infections invasives" des infections particulièrement graves, méningites et septicémies (ou sepsis). La pneumonie à pneumocoque sans bactériémie (passage de la bactérie dans le sang) est une maladie grave et fréquente.  

Le pneumocoque est entouré d'une capsule composée de sucres complexes (polyosides). Selon la nature de ces sucres, plusieurs sortes de pneumocoques sont définies, appelées sérotypes. Il existe environ une centaine de sérotypes du pneumocoque, mais certains sont beaucoup plus souvent responsables d'infections humaines que d'autres. Ces sérotypes sont désignés par des chiffres parfois suivis d'une lettre (exemple : pneumocoque de sérotype 1 ou de sérotype 19F). 

De nombreuses personnes, surtout les enfants, abritent le pneumocoque dans leur gorge (on utilise le terme de “portage” pour désigner cet état). Depuis la gorge, le pneumocoque peut être transmis à d'autres personnes par l'intermédiaire de gouttelettes de salive. Dans certains cas il traverse les tissus, entraînant des infections très diverses, plus ou moins graves et plus ou moins fréquentes selon les personnes et leur âge.

Les polyosides constituant la capsule sont utilisés pour fabriquer les vaccins contre le pneumocoque. Comme ils sont différents d'un sérotype à l'autre, un vaccin dirigé contre un sérotype donné n'est le plus souvent pas efficace contre un autre sérotype. Cependant, le polyoside capsulaire est peu immunogène et suscite la production d'anticorps dont l'efficacité est limitée dans le temps et insuffisante pour empêcher le portage de la bactérie. En couplant le polyoside du pneumocoque à une protéine (procédé appelé "conjugaison"), la vaccination devient plus efficace, peut être administrée chez l'enfant dès l'âge de deux mois (au lieu de deux ans pour un vaccin non conjugué), diminue le portage de la bactérie et par conséquent sa diffusion dans la collectivité. 

Deux vaccins pneumococciques sont actuellement disponibles en France : le vaccin conjugué 13-valent Prevenar 13, qui contient 13 sérotypes du pneumocoque, et le vaccin polyosidique non conjugué 23-valent Pneumovax (vaccin polyosidique 23-valent non conjugué).

En résumé, le vaccin Prevenar 13 est plus efficace que le vaccin Pneumo 23, mais il contient 10 sérotypes de moins.

En plus de la prévention des infections invasives à pneumocoque (méningites et septicémies), les recommandations vaccinales sont maintenant justifiées en outre par la prévention des pneumopathies.

Le schéma vaccinal est le suivant :

  • Une dose de vaccin 13-valent Prevenar 13 ;
  • Puis une dose de vaccin 23-valent Pneumovax deux mois plus tard.

Sources : Agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d'Azur ; European Centre for Disease Prevention and Control.

* Le type de séquence permet de caractériser génétiquement les souches de pneumocoque. Au cours d'une épidémie, les souches isolées appartiennent généralement au même type de séquence. La méthode de génotypage permettant de déterminer le type de séquence est appelée MLST (MultiLocus Sequence Type) : elle consiste à déterminer la séquence de plusieurs gènes du pneumocoque afin de caractériser précisément chaque bactérie isolée.


Maladie : Pneumocoque

Vaccins : PNEUMOVAX PREVENAR 13

Référence principale :