Epidémie de fièvre jaune en République Centrafricaine Médecine des voyages

Publié le 31 mai 2022 à 23h45

Biographie

Médecin biologiste.

Le Bulletin  Hebdomadaire sur les foyers et autres situations d'urgence du 26 septembre 2021 concernant la Région Afrique de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a fait état d'un cas confirmé de fièvre jaune (FJ) en République Centrafricaine (RCA), pays qui n'avait pas signalé de cas depuis début 2020 (voire la nouvelle 18283 du 3 novembre 2021).

Le 3 août 2021, une fillette de 18 mois du village de Mala, dans le district sanitaire de Kemo dans la préfecture du même nom, a été testée positive à la FJ par un test de neutralisation par réduction de plage au Centre Pasteur Cameroun (CPC). Elle ne serait pas vaccinée contre la FJ. Les symptômes sont apparus le 1er avril 2021 avec un ictère fébrile. Son échantillon a été envoyé au CPC après avoir été testé IgM négatif à l'Institut Pasteur de Bangui.

Début décembre, un deuxième cas de FJ (PCR positive) a été identifié chez un enfant de sexe masculin âgé de 5 ans habitant au village Farazala (district sanitaire de Batangafo- Kabo - préfecture d'Ouham) qui a présenté le 17/11/2021 un tableau de fièvre (38°C), vomissement, diarrhées, douleurs, perte d'appétit et fatigue générale pour lequel il a été admis après deux semaines au centre de santé de Farazala le 03/12/2021. Devant l'aggravation de son état avec survenu de saignements (vomissements sanglants), il a été référé à l'hôpital secondaire de Kabo le 03/12/2021 où son admission a été enregistrée le 04/12/2021. Il est décédé après une persistance d'hémoptysie et d'hématémèse suivi de coma et décès. Il n'était pas vacciné contre la FJ. Ce cas a été confirmé le 07/12/2021 par le Centre Pasteur du Cameroun à Yaoundé dans un contexte d'épidémies actives de FJ dans 10 pays en Afrique dont le Tchad frontalier de la RCA.

Au 8 mai 2022, un total de 522 cas suspects de FJ ont été signalés dans trois régions (préfectures d'Ouham et de Kemo citées précédemment et probablement la préfecture de Haut Mbomou d'après les données de la presse) et six districts sanitaires du pays, dont cinq décès (CFR 1,0%). Sur les 391 cas suspects examinés, 23 ont été testés positifs à la fièvre jaune par PRNT et 1 a été testé positif par PCR. Une campagne réactive est prévue du 8 au 12 juin 2022.

Recommandations pour les voyageurs

Les Recommandations sanitaires 2021 pour les voyageurs sont claires ; La vaccination (vaccin Stamaril) contre la fièvre jaune (à partir de l'âge de 9 mois) est indispensable (qu'elle soit obligatoire ou non) pour un séjour dans une zone endémique (régions intertropicales d'Afrique et d'Amérique du Sud) ou épidémique, même en l'absence d'obligation administrative. » - et leur application, compte tenu de l'efficacité du vaccin anti-amarile, permettra d'écarter tout risque de FJ si la vaccination est pratiquée plus de 10 jours avant le voyage. Ces zones d'endémie sont définies annuellement par l'OMS et leur cartographie est accessible sur différents sites de l'internet [Centers for Disease Control and Prevention (Afrique, Amérique du Sud), National Travel Health Network and Centre (cartes par pays)]. Rappelons par ailleurs que l'amendement à l'annexe 7 (fièvre jaune) du Règlement sanitaire international (2005) de novembre 2016 prolonge la période de validité du certificat international de vaccination contre la fièvre jaune et la durée de la protection conférée par la vaccination antiamarile aux termes du RSI (2005), lesquelles passent de dix ans à la vie entière de la personne vaccinée.

Une injection de rappel reste cependant recommandée dans les cas suivants : 

- à partir de l'âge de 6 ans pour les personnes ayant été vaccinées avant l'âge de 2 ans ;

- si la vaccination initiale date de plus de 10 ans :

Il existe cependant d'importantes variations spatiales internationales et infranationales dans le risque relatif à la fièvre jaune. Ainsi, certains types de séjour peuvent exposer le voyageur à un risque accru d'exposition à la FJ (séjour en milieu en milieu rural ou forestier de zone d'endémie, séjour dans une zone d'épidémie). Ce risque sera d'autant plus important qu'un niveau élevé de protection contre les piqûres de moustiques n'est pas possible. Dans ce cas, les recommandations d'ordre général nécessiteront des adaptations : le report, voire l'annulation du voyage, pourra être la première mesure proposée. D'autres adaptations sont possibles :

  • Nourrisson : en cas de séjour à haut risque inévitable, la vaccination pourra exceptionnellement être effectuée dès l'âge de 6 mois. Il existe un risque plus élevé de développer une encéphalite à la suite de la vaccination contre la FJ chez le nourrisson de moins de 9 mois. 
  • Femme enceinte : comme tout vaccin vivant atténué, Stamaril ne doit pas être administré à la femme enceinte et un séjour en zone à haut risque de FJ doit être évité. Si le voyage ne peut être reporté, la vaccination pourra être proposée après une évaluation rigoureuse du rapport bénéfice/risque. Le Centre de référence sur les agents tératogènes, dans un avis du 24 novembre 2020, considère que dans cette situation la vaccination contre la FJ doit être effectuée quel que soit le terme de la grossesse. 
  • Femme qui allaite : le vaccin Stamaril ne doit pas être administré aux femmes qui allaitent un nourrisson de moins de 6 mois du fait d'un risque de transmission au nourrisson du virus vaccinal. En cas de séjour à haut risque, si la voyage ne peut être reporté, la vaccination de la mère est possible à condition que l'allaitement soit suspendu pendant les deux semaines qui suivent la vaccination (délai de synthèse des anticorps maternels). Si l'enfant est âgé de 6 mois ou plus, la vaccination de la mère est possible sans suspension de l'allaitement, un nourrisson pouvant être vacciné dès cet âge en cas de séjour à haut risque. 
  • Contre-indication à la vaccination par Stamaril : tout séjour en zone à haut risque devrait être proscrit, et les séjours en zone d'endémicité amarile sont formellement déconseillés. Si la décision de voyage est maintenue, après une information claire sur les risques et un rappel sur le caractère primordial de la protection personnelle anti-vectorielle (PPAV), un certificat médical de contre-indication sera délivré si le voyageur est soumis à une des règles d'obligation vaccinale. 
  • Personne âgée de plus de 60 ans : Ce critère ne constitue pas une contre-indication au vaccin, mais en raison d'un risque potentiellement plus élevé d'effets indésirables graves chez les personnes âgées, le bénéfice attendu de la vaccination sera systématiquement évalué en fonction du type de séjour. Tout voyage dans une zone à haut risque fera pencher la balance vers une vaccination par Stamaril. 
  • Vaccination anti-amarile datant de plus de 10 ans : une dose de rappel est recommandée pour les séjour à haut risque. 
  • Co-administration Stamaril et vaccin rougeole-oreillons-rubéole (voir cet article) : les recommandations préconisent un intervalle minimum d'un mois entre l'administration des deux vaccins, la co-administration restant possible en cas de départ imminent en zone d'endémie amarile. Même si le cas d'un séjour en zone à haut risque ne constitue pas une réserve à l'application de cette dernière règle, il parait licite d'évaluer le bénéfice d'une co-administration au regard du risque d'efficacité vaccinale moindre contre la FJ en cas de séjour en zone à haut risque.

Source : Organisation Mondiale de la Santé