Israël : l'épidémie de rougeole qui a touché le pays en 2025-2026 a particulièrement atteint les enfants de certains quartiers de Jérusalem où se concentre une population pédiatrique sous-vaccinée
Israël a été touché par une épidémie de rougeole entre avril 2025 et mars 2026. Une étude publiée dans la revue Emerging Infectious Diseases décrit cette épidémie à Jérusalem entre avril 2025 et mars 2026 où elle s’est caractérisée par un nombre inhabituellement élevé de cas et des taux de létalité importants chez les enfants — en particulier dans six quartiers peuplés de Juifs ultra-orthodoxes.
Jérusalem, la plus grande ville d'Israël, comptait environ 1 million d'habitants en 2025 (10,2 % de la population totale du pays), dont environ 600 000 personnes juives (62 %) et 400 000 personnes arabes (38 %). Au sein de la population juive, environ 50,0 % (soit près de 300 000 personnes) sont des Juifs ultra-orthodoxes.
La couverture vaccinale pour la première dose des vaccins contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) et contre la rougeole, les oreillons, la rubéole et la varicelle (RORV) chez les enfants âgés de 1 à 6 ans à Jérusalem a chuté de 94,7 % en 2019 à 78,3 % en 2024, ce qui représente le taux le plus bas d'Israël. Il existe des disparités géographiques et ethnoculturelles importantes au sein de la ville ; en avril 2025, la couverture variait de 99,4 % chez les enfants arabes de Jérusalem-Est à environ 55,0 % dans six quartiers du centre de Jérusalem, comptant une population d'environ 67 500 habitants, majoritairement des Juifs ultra-orthodoxes.
Les cas
Entre avril 2025 et mars 2026, 1 289 cas de rougeole a été signalé à Jérusalem (36,1 % des 3 574 cas recensés au total en Israël), soit 129,2 cas pour 100 000 habitants, un taux 15 fois plus élevé dans le reste d'Israël.
L'âge médian des patients atteints à Jérusalem était de 3,1 ans, et 70,7 % (912/1 289) étaient des enfants âgés de moins de 5 ans.
La taille médiane du foyer était de 6 personnes ; 95,4 % n'étaient pas vaccinés contre la rougeole, et 4,6 % n’avaient reçu qu’une dose de vaccin. La majorité des cas (885/1 289 [68,7 %]) résidaient dans 6 quartiers peuplés de juifs ultra-orthodoxes qui abritent 6,8 % de la population de Jérusalem âgée de moins de 5 ans ; toutefois, 71,9 % des cas recensés dans cette tranche d'âge à Jérusalem provenaient de ces 6 quartiers.
Les décès
Sur les 1 289 patients recensés à Jérusalem, 11 sont décédés (soit 64,7 % des 17 décès signalés au total en Israël), soit un taux de létalité de 0,85 %, alors qu’il était de 0,26 % dans le reste d'Israël ; ces chiffres sont supérieurs aux taux de 0,1 % signalés en Europe et de 0,2 % à 0,3 % aux États-Unis. Le taux de mortalité était de 1,1 décès pour 100 000 habitants.
Chez les enfants de moins de 5 ans, le taux de mortalité lié à la rougeole était de 7,7 décès pour 100 000 habitants à Jérusalem, un taux 15 fois plus élevé que dans le reste d'Israël. Dans les 6 quartiers peuplés de juifs ultra-orthodoxes, ce taux s'élevait à 80,1 décès pour 100 000 habitants, et la part des décès attribuables à la rougeole représentait 47 % de la mortalité toutes causes confondues enregistrée l'année précédente.
L'âge médian des enfants décédés (8 garçons et 3 filles) était de 1,4 an. Sur ces 11 enfants décédés, 10 étaient en bonne santé ; 9 avaient moins de 3 ans et n'avaient reçu aucun vaccin. L'un des enfants décédés, âgé de 7 ans, présentait une grave malformation cardiaque congénitale et n’avait reçu qu’une seule dose de vaccin ROR-V à l'âge d'un an.
La taille médiane du foyer des cas décédés était de 7 personnes, et 1 à 3 autres membres de la famille avaient contracté la rougeole. Le diagnostic par RT-PCR été confirmé chez 9 enfants décédés sur 11, tandis que 2 autres présentaient des signes cliniques de rougeole ainsi que des liens épidémiologiques. Le délai médian entre l'apparition du premier symptôme de la rougeole et la consultation aux urgences était de 8 jours, et le décès est survenu dans un délai de 15 jours. Six enfants étaient décédés à leur arrivée aux urgences et 5 ont été hospitalisés pour une durée médiane de 21 jours ; parmi ces derniers, 3 ont été traités par oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO). Huit cas présentaient des signes radiologiques de pneumonie à l'admission, et 6 cas avaient des hémocultures positives.
Conclusions
L'arrivée tardive aux urgences de patients dont l'issue a été fatale (6 patients sur 11 étaient décédés à leur arrivée) pourrait refléter une réticence à recourir aux soins de santé au sein des communautés ultra-orthodoxes, en raison de considérations culturelles, religieuses et sociales spécifiques ainsi que d'un certain isolement vis-à-vis des autorités gouvernementales et des médias laïcs.
Compte tenu d'une couverture vaccinale de 55 % pour la première dose du vaccin contre la rougeole dans les six quartiers peuplés de juifs ultra-orthodoxes au début de l'épidémie, combinée à une efficacité du vaccin ROR de 95 % à l'âge de 12 mois, on estime que 47,7 % des nourrissons de chaque cohorte de naissance n'étaient pas protégés contre la rougeole.
Le jeune âge des enfants non vaccinés atteints de rougeole, conjugué à la promiscuité et à la présence d'autres membres malades du foyer, a accru la transmission de la rougeole au sein du foyer en raison d'une charge virale plus élevée et d'expositions répétées. En conséquence, le ministère de la Santé a recommandé la vaccination ROR à Jérusalem à l'âge de 6 mois, car les anticorps maternels diminuent avec le temps.
Parmi les autres facteurs susceptibles de contribuer à l’hésitation vaccinale, on compte la méfiance envers le gouvernement, la frustration liée aux restrictions imposées durant la pandémie de COVID-19 et le scepticisme à l’égard des vaccins ROR et RORV.
Des interventions adaptées sur le plan culturel, élaborées en partenariat avec les responsables de la communauté, sont nécessaires pour renforcer la confiance envers les professionnels de santé et les vaccins, encourager les parents à consulter plus tôt afin de permettre une reconnaissance et une évaluation médicale rapides, réduire le risque de diagnostic tardif et prévenir l’aggravation de l’état clinique, ont conclu les auteurs.