France : étude descriptive des cas d'hépatite A hospitalisés entre 2013 et 2024, et identification des facteurs associés à la gravité et à la mortalité hospitalière
La revue Eurosurveillance vient de publier les résultats d’une étude rétrospective qui avait pour objectif de décrire les tendances de l’incidence de l’hépatite A dans les hôpitaux français entre 2013 et 2024, et d’identifier les facteurs démographiques et cliniques associés à la gravité et à la mortalité hospitalière, sur la base des données nationales de sortie d’hôpital. Cette étude fournit la première analyse exhaustive du pronostic de l'hépatite A (HA) chez les patients hospitalisés en France.
Dans cette étude, les auteurs ont distingué cinq périodes en fonction du contexte épidémiologique : la période A (janvier 2013-décembre 2016), avant l’apparition de l’épidémie chez les HSH, considérée comme période de référence ; la période B (janvier 2017 – juin 2018) qui correspond à l’épidémie chez les HSH ; la période C (juillet 2018 – décembre 2019) qui va jusqu’à la pandémie de Covid-19 ; la période D (janvier 2020 – juin 2021), pendant la pandémie de COVID-19 ; et la période E (juillet 2021 – décembre 2024) après la pandémie de COVID-19.
1.Caractéristiques des patients et tendances de l’incidence de l’hépatite A
Entre 2013 et 2024, on a dénombré 7 923 hospitalisations en lien avec une hépatite A (extrêmes : 246 en 2020, 1997 en 2017). L’âge médian des cas était de 30 ans et 60,65% des patients étaient des hommes. Des facteurs de risque de maladie hépatique chronique étaient présents chez 12,2 % des patients.
Entre 2017 et 2019, les taux annuels d'incidence standardisés selon l'âge étaient plus élevés chez les hommes que chez les femmes avec un pic en 2017 chez les hommes (5,2 pour 100 000) et chez les femmes (1,3 pour 100 000). En dehors de cette période, les taux annuels d’incidence diminuaient généralement avec l'âge.
Les caractéristiques des patients différaient particulièrement entre la période d’épidémie chez les HSH et la « période Covid 19 », avec respectivement un pourcentage d’homme de 76,22% et 46,62%, et des prévalences d’infection par le VIH de 10,01% et 0,24%, de troubles liés à la consommation d'alcool de 8,06 % et 5,31%, de tabagisme de 11,33% vs 8,94%, et inversement des prévalences de facteurs de risque de maladie hépatique chronique de 3,47% et 4,83%, de cirrhose de 1,78 % et 3,14%, de diabète de type 2 de 3,89% et 7%, d'obésité de 7,73% et 11,35%, de comorbidités sévères de 7,78% vs 25,36% et de précarité de 35,47 % et 42,42%.
Le taux de létalité était le plus faible durant l'épidémie chez les HSH (0,62 %), le plus élevé durant la pandémie de COVID-19 (2,90 %).
Le risque de forme sévère était accru durant la période la plus récente (période D) (33,29 %), proportion de cas sévères la plus faible ayant été constatée entre 2013 et 2016 (22,85 %). Il convient de noter que la période la plus récente (période E) se classait au deuxième rang pour la proportion d'hommes (57,15 %), de comorbidités sévères (14,18 %) et pour le taux de létalité (2,32 %).
2. Facteurs associés à l'hépatite A sévère
Dans une analyse multivariée, les facteurs de risque indépendants d'HA sévère étaient un âge avancé (+ 15 % de risque par décennie au-delà de 30 ans, p < 0,001), le sexe masculin (+ 38 %, p < 0,001), le tabagisme (+ 23 %, p = 0,031), les facteurs de risque de maladies hépatiques chroniques (+ 29 %, p = 0,041) et, à la limite de la significativité, la cirrhose (+ 40 %, p = 0,054). La présence de comorbidités était négativement associé à l'HA sévère, ce qui suggère des différences dans la prise en charge des patients présentant des comorbidités importantes.
Après ajustement pour toutes les covariables, le risque d'HA sévère a augmenté de 42 %, 49 %, 28 % et 57 % au cours des périodes B, C, D et E, respectivement.
Le taux moyen d'hospitalisation s'élevait à 51 %.
3. Facteurs associés au décès lié à l'hépatite A
Un décès a été enregistré pour 103 patients (taux de létalité global de 1,30 %, identique à celui rapporté sur la période entre 2008 et 2013 en France.
Dans une analyse multivariée, les facteurs de risque indépendants de décès étaient l'âge, la cirrhose et la présence de comorbidités. Ce lien avec les comorbidités pourrait refléter les limites du recours aux techniques de suppléance d'organe chez les patients dont l'état physiologique est altéré.
L’exclusion critère "morbidités" a montré également un lien avec l’obésité et a modérément renforcé le lien avec l’âge, suggérant que la surmortalité observée chez les patients âgés est largement médiée par leur charge de comorbidités plutôt que par l'âge en soi.
Par rapport à la période de référence (période A), le risque de décès était près de deux fois plus élevé lors de la période E (2021–2024), y compris après ajustement sur toutes les covariables. Cette augmentation, comme celle du taux de formes sévère pourrait s’expliquer par une évolution vers une population de patients plus âgés et atteints de multimorbidité.
En conclusion, les auteurs rappellent que les formes sévères et les décès liés à l’hépatite A sont évitables par la vaccination. Ils soulignent que la plupart des patients décédant d’hépatite A aujourd'hui présentent des affections pour lesquelles la vaccination est actuellement recommandée (ou des affections très similaires). Ils concluent que leur résultats mériteraient d'être confirmés dans d'autres pays à faible endémicité afin d'orienter les futures stratégies vaccinales et, potentiellement, de soutenir des politiques de vaccination plus larges ou universelles.
Source : Roque-Afonso AM et al. Trends and risk factors associated with hepatitis A severity and mortality in French hospitals: a national population-based study, 2013 to 2024. Euro Surveill. 2026 Oct;31(39):2500858.
doi: 10.2807/1560-7917.ES.2026.31.39.2500858.