Mon carnet de vaccination électronique
Pour être mieux vacciné, sans défaut ni excès

Nouvel avis relatif au délai à respecter entre l’administration d’immunoglobulines polyvalentes en post-exposition de la rougeole et du vaccin trivalent ROR

Lu 633 fois
Publié le 18 mai 2012 à 19h36

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.
- Médecin biologiste et responsable d'un Centre de vaccinations internationales dans un Hôpital d'instruction des armées.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 9 juillet 2016.

La France a connu entre 2008 et 2011 une forte épidémie de rougeole qui a conduit à utiliser les immunoglobulines en post-exposition de la rougeole, pratique risquant de se répéter en cas de survenue d'une nouvelle vague épidémique.

Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a été saisi par le Directeur général de la santé afin de définir le délai à respecter entre l'administration d'immunoglobulines polyvalentes et de vaccins viraux vivants atténués comme le vaccin trivalent rougeole-oreillons-rubéole (ROR). Il existe actuellement deux vaccins trivalents ROR commercialisés en France, les vaccins M-M-RVAXPRO et PRIORIX.

Pour élaborer son avis, le HCSP a pris en compte les résumés des caractéristiques de ces deux produits, les recommandations de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM, ex-Afssaps), de la Haute Autorité de Santé (HAS) et des autorités sanitaires d'autres pays, ainsi que les publications scientifiques disponibles.

Pourquoi et quand utiliser des immunoglobulines après exposition à un cas de rougeole ?

Après un contact avec un cas de rougeole, affection très contagieuse, certaines personnes risquent de développer une forme grave de la maladie alors que le vaccin contre la rougeole est contre-indiqué ou n'a pas pu être administré suffisamment tôt pour être efficace. C'est le cas des personnes se trouvant dans l'une des situations suivantes :

  • femme enceinte non vaccinée et sans antécédent de rougeole ;
  • patient immunodéprimé, quels que soient son statut vaccinal et ses antécédents avérés de rougeole ;
  • enfant âgé de moins de 6 mois dont la mère présente la rougeole ou n'a ni antécédent de rougeole ni de vaccination ;
  • enfant âgé de 6 à 11 mois non vacciné en post-exposition dans les 72 heures suivant le contact et ce quel que soit le statut immunitaire de la mère vis-à-vis de la rougeole.

Dans ces situations, le seul moyen d'éviter la survenue de la rougeole est l'administration d'immunoglobulines polyvalentes d'origine humaine par voie intraveineuse. Une proportion importante de personnes possède des anticorps (encore appelés immunoglobulines) contre la rougeole, que ceux-ci soient secondaires à une rougeole ou à la vaccination contre cette maladie. Il est possible d'obtenir des immunoglobulines polyvalentes présentant un large éventail d'anticorps à partir des plasmas de plusieurs donneurs. Certaines de ces immunoglobulines sont spécifiques du virus de la rougeole et pourront l'inactiver avant qu'il ait eu le temps d'entraîner la maladie. L'efficacité de cette prophylaxie est élevée (environ 90 %) si les immunoglobulines sont administrées dans les six jours suivant le contact avec le patient atteint de rougeole. Les taux d'anticorps anti-rougeole n'étant pas en France une spécification obligatoire de l'autorisation de mise sur le marché des immunoglobulines intraveineuses, ces taux ne sont pas garantis dans les lots de fabrication. Afin de s'assurer qu'un taux thérapeutique est administré aux patients, l'ANSM recommande une dose de 200 mg/kg d'immunoglobulines par voie intreveineuse (avis d'août 2011).

Pourquoi un délai minimum entre les immunoglobulines utilisées en post-exposition de la rougeole et la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole ?

La prévention en “post-exposition” de la rougeole recourant à l'utilisation d'immunoglobulines polyvalentes est efficace mais pose un problème. Etant limitée dans le temps, cette protection dite “passive” doit être prolongée par la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, qui confère une protection à long terme. Or les immunoglobulines polyvalentes, en neutralisant les virus vaccinaux de la rougeole, des oreillons et de la rubéole, peuvent diminuer l'efficacité de la vaccination pendant une durée variable, d'autant plus longue que la dose d'immunoglobulines utilisée était élevée. L'analyse des données disponibles de la littérature montre que cette durée est souvent supérieure à trois mois, qui est le délai minimum requis avant toute vaccination par le vaccin ROR selon les résumés des caractéristiques des vaccins M-M-RVAXPRO et PRIORIX.

Utilisation d'immunoglobulines en post-expostion de la rougeole : les recommandations du Haut Conseil de la santé publique

Prenant en compte les éléments résumés ci-dessus, le HCSP recommande :

  • que le délai à respecter entre l'administration d'une dose de 200 mg à 400 mg/kg d'immunoglobulines en prophylaxie post-exposition de la rougeole et l'administration d'un vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons soit d'au moins 9 mois ;
  • qu'une dose supplémentaire de vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons soit proposée, sans sérologie préalable, aux personnes ayant reçu une dose d'immunoglobulines en prophylaxie post-exposition de la rougeole et ayant été vaccinées dans un délai inférieur à 9 mois. Ces personnes recevront donc au total trois doses de vaccin, les deuxième et troisième doses devant être espacées d'au moins un mois.

Considérant qu'il n'existe pas de corrélat sérologique reconnu de protection contre la rougeole et que les techniques de dosage des anticorps ne sont pas standardisées, le HCSP ne recommande pas la sérologie de la rougeole : celle-ci poserait des problèmes d'interprétation et créerait des situations de confusion. Si le virus vaccinal de la rubéole semble moins sensible à l'inactivation par les immunoglobulines, on ne sait rien du virus vaccinal des oreillons et rien ne prouve qu'une personne ayant répondu à la valence rougeole a également répondu à la valence oreillons. Il faut aussi noter que l'administration d'un vaccin vivant atténué à une personne déjà immunisée ne présente aucun danger, puisque dans cette circonstance le virus vaccinal serait inactivé par les anticorps du receveur.

Concernant le vaccin contre la varicelle, le HCSP ne dispose pas à ce jour de données suffisantes pour pouvoir prendre position, bien que l'ACIP (Advisory Committee on Immunization Practices) extrapole à ce vaccin les recommandations relatives au vaccin ROR.


Maladies : Rubéole Rougeole Oreillons

Vaccins : M-M-RVAXPRO PRIORIX ROUVAX

Référence principale :