Cas groupés d’oreillons en collectivité : une troisième dose est parfois nécessaire

Publié le 30 juil. 2013 à 21h52

Biographie

- Professeur agrégé enseignant à l'École du Val-de-Grâce et à l'Université de Bordeaux.

Liens d'intérêt

- Aucune perception de rémunération ou de tout autre avantage de l'industrie pharmaceutique.
- Aucun investissement financier dans une firme pharmaceutique.
- Aucune participation à des études cliniques de vaccins.
- Aucune rémunération ou avantages reçus de l'industrie pharmaceutique.
- Déclaration mise à jour le 26 août 2020.

En raison de la survenue de cas groupés d'oreillons dans plusieurs collectivités de grands adolescents ou de jeunes adultes (étudiants, militaires), le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a publié des recommandations sur la conduite à tenir devant ce type d'événement.

1. Les oreillons

Les oreillons sont une maladie causée par un virus de la famille des paramyxoviridae. Les oreillons se manifestent par une fièvre et une parotidite (infection de la parotide, qui est une glande salivaire) souvent bilatérale. Ils peuvent se compliquer, notamment chez l'adulte, d'une orchi-épididymite, d'une ovarite, d'une pancréatite, d'une méningite ou plus rarement d'une encéphalite, d'une surdité ou d'autres atteintes plus rares.

L'homme est le seul hôte naturel du virus, qui est transmis par le contact des gouttelettes de salive provenant d'un sujet infecté. La période de contagiosité maximale débute 1 à 2 jours avant la parotidite et se poursuit les 5 jours suivants. Le virus a pu être isolé dans la salive 7 jours avant et 9 jours après la parotidite. La période d'incubation varie de 18 à 21 jours (extrêmes de 12 à 25 jours). Les oreillons sont très contagieux. Les personnes asymptomatiques peuvent transmettre le virus. L'infection naturelle confère une immunité prolongée.

2. Pourquoi des épidémies d'oreillons surviennent-t-elles malgré la vaccination ?

Plusieurs épidémies sont survenues ces dernières années dans d'autres pays (États-Unis, Royaume-Uni, Pays-Bas, Israël). Au cours de ces épidémies, la proportion de sujets qui avaient reçu deux doses de vaccin se situait entre 60 % et 80 %. Pourtant, l'efficacité vaccinale du vaccin contre les oreillons est de l'ordre de 85 % 10 ans après l'administration de la seconde dose.

La proportion souvent élevée de personnes ayant reçu deux doses du vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR) au cours d'une épidémie ne signifie pas que le vaccin soit inefficace. En effet, lorsque la grande majorité de la population est vaccinée, il faut s'attendre à observer des cas chez les personnes vaccinées. Inversement, si une faible proportion de la population est vaccinée, la grande majorité des cas surviendra chez les non vaccinés. Pour évaluer l'efficacité vaccinale, il faut donc comparer l'incidence (nombre de nouveaux cas) chez les personnes vaccinées par rapport aux personnes non vaccinées.

Le vaccin contre les oreillons est efficace mais la protection conférée diminue au fil du temps. Une étude rétrospective sur l'épidémie anglaise survenue en 2004-2005 (plus de 50.000 cas) a montré que l'efficacité vaccinale passait de 96 % en post-vaccinal immédiat à 66 % 10 ans après une dose de vaccin et de 98,8 % à 86,4 % après deux doses de vaccin.

Par ailleurs, les personnes vaccinées avec deux doses ont un risque significativement diminué de complications des oreillons.

Enfin, l'efficacité du vaccin ROR est inégale selon la valence. Après l'administration d'une dose de ce vaccin, elle est proche de 100 % pour la rubéole et de 95 % pour la rougeole.

3. Quelles sont les nouvelles recommandations vaccinales devant des cas groupés d'oreillons en collectivité ?

  • L'administration en population générale d'une troisième dose de vaccin ROR n'est pas recommandée. Les recommandations vaccinales générales concernant la vaccination ROR sont inchangées (vaccination du nourrisson à 12 mois et à 16-18 mois, deux doses pour toute personne née depuis 1980).
  • En situation de cas groupés d'oreillons dans une collectivité, 2 à 3 cas devraient être documentés sur le plan virologique par un diagnostic moléculaire (PCR). Les prélèvements de préférence salivaire ou de gorge, doivent être effectués dans les 4 à 5 jours suivant l'apparition du premier symptôme.
  • Devant des cas groupés dans une collectivité ou une zone géographique donnée, des investigations doivent permettre de connaître le statut vaccinal (nombre de doses et dates des vaccinations) des personnes atteintes et non atteintes, avec mise à jour du statut vaccinal s'il ne l'était pas.
  • Chez les personnes ayant été en contact avec un patient présentant les oreillons en phase de contagiosité, les mesures de prophylaxie post-exposition (vaccination ou immunoglobulines) n'ont pas fait la preuve de leur efficacité. Il en est de même des mesures d'exclusion de la collectivité.
  • En situation de cas groupés en collectivité (école, université, internat, caserne, club sportif...), outre une mise à jour du statut vaccinal, il est recommandé de proposer systématiquement une troisième dose de vaccin aux personnes déjà vaccinées à deux doses et dont la seconde dose a été administrée depuis plus de 10 ans. Le périmètre d'application de cette mesure pourra être déterminé localement en fonction des caractéristiques de la collectivité et des groupes de personnes affectées.

Source : Avis relatif à la conduite à tenir en cas d'épisodes de cas groupés d'oreillons en collectivité - Haut Conseil de la santé publique.