Chaton enragé en 2013 : pas de cas secondaires

Publié le 21 nov. 2014 à 17h59

Biographie

- Docteur vétérinaire.
- Journaliste à La Dépêche Vétérinaire.

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L'importation d'un chaton enragé du Maroc dans le Val-d'Oise en octobre 2013 a déclenché une opération de grande ampleur pour éviter des cas de rage humains et animaux. Le docteur vétérinaire Mireille Deray (directrice adjointe de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) du Val-d'Oise) a présenté les particularités de la gestion de ce cas lors de la journée de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail sur le thème « La rage, une maladie toujours d'actualité », le 9 octobre, à Paris. Cette gestion a permis d'éviter l'apparition de cas secondaires.

« Un chaton porteur de la rage a été introduit en France le 13 octobre 2013 en passant à travers tous les filtres qui auraient dû empêcher une telle importation du Maroc », rappelle le Dr Deray. « Une fois l'animal arrivé sur le territoire français, un concours providentiel de circonstances a permis aux autorités de l'Etat d'être informées de la présence de ce chat, qui avait mordu plusieurs personnes et été en contact avec plusieurs animaux avant de mourir ».

Retrouver les personnes et les animaux contacts

Une course contre la montre s'est engagée, qui a mobilisé près d'une centaine d'agents de l'Etat et de bénévoles afin de retrouver les personnes et les animaux concernés et prendre les mesures d'urgence appropriées pour éviter des morts humaines et la propagation de la maladie dans la population carnivore domestique.

La phase d'alerte a consisté à mettre en place des outils opérationnels, informer le public et utiliser un arbre décisionnel afin d'orienter les personnes impliquées.

La phase deux a été la recherche des animaux et des personnes contacts. Il a fallu découvrir l'origine du chaton, retracer son parcours jusqu'à sa mort et déterminer ses contacts humains et animaux. D'importantes investigations de terrain ont été entreprises et les informations ont été trouvées assez rapidement.

Erreur du vétérinaire au Maroc

Les personnes qui avaient ramené le chaton du Maroc en avion ont heureusement avoué. Elles l'avaient trouvé errant avec ses frères et sœurs de portée sur une plage. Des touristes de plusieurs nationalités avaient eu des contacts avec ces animaux, inconscients du risque rabique.

« Le couple qui souhaitait le faire venir en France a montré le chaton à un vétérinaire de Casablanca, qui l'a vacciné contre plusieurs maladies mais pas contre la rage (la vaccination antirabique des carnivores domestiques ne s'effectue qu'à partir de l'âge de 3 mois NDLR). Il n'a pas expliqué qu'un chaton âgé de 2 mois provenant du Maroc (pays atteint de rage NDLR) ne pouvait légalement pas entrer en France », souligne le Dr Deray.

Le recensement des animaux et de leurs propriétaires, par des enquêtes et des surveillances, a constitué la phase trois. Six chats ont été attrapés lors d'une première opération de capture, dont quatre errants (qui ont été euthanasiés) et deux rendus à leurs propriétaires.

Trois catégories d'animaux à gérer

« Nous avons appliqué la réglementation de 2011 qui définit trois catégories d'animaux dans cette situation - contaminés, non contaminés, éventuellement contaminés - en tenant compte de la probabilité de contact avec le chaton enragé. C'est un travail difficile, la notion d'animal éventuellement contaminé est très lourde à gérer », explique le Dr Deray.

Un total de 147 chiens et chats ont été recensés dans la zone concernée. Cinquante-sept animaux « éventuellement contaminés » ont été placés sous surveillance pendant 6 mois à leur domicile. Un chien et quatre chats appartenant aux familles ayant recueilli le chaton marocain et 4 chats errants ont été considérés comme contaminés et euthanasiés.

La phase quatre a consisté en la surveillance des animaux errants, des cadavres d'animaux trouvés et des 57 chiens et chats éventuellement contaminés jusqu'au 28 avril 2014. Cette opération a permis de récupérer et d'analyser 76 animaux et 14 cadavres.

Le bilan global s'élève donc à cinq animaux contacts.

Un coût de plus de 14 000 euros

Vingt personnes ont eu un contact avéré avec le chaton, dont 15 avaient été exposées à des morsures ou à des griffures de grades 2 et 3 (excoriation minime, excoriation et saignement immédiat). L'une de ces personnes était déjà vaccinée contre la rage. Les autres l'ont été, certaines ayant reçu en coutre une sérothérapie en fonction de la gravité de leur exposition.

Cinq personnes et 7 professionnels – dont des vétérinaires - ont été considérés comme susceptibles d'être contaminés. Leur statut vaccinal a été vérifié ; une seule vaccination a été effectuée.

Le coût de la gestion de ce cas de rage s'élève au total à 14 000 euros pour la DDPP, auxquels s'ajoute le coût des analyses, du traitement antirabique des personnes, des courriers, de l'essence... La DDPP a mobilisé 22 agents et consacré 500 heures supplémentaires aux diverses opérations.

« La bonne gestion de ce cas de rage importé a permis d'éviter l'apparition de cas secondaires. La France a retrouvé son statut indemne de rage en avril 2014 », conclut le Dr Deray. La propriétaire du chaton va bientôt passer au tribunal pour l'avoir importé illégalement en France.