La vaccination de la femme enceinte contre la coqueluche est recommandée pour protéger le nourrisson

Publié le 13 avr. 2022 à 23h55

Biographie

Médecin biologiste.

Quelques rappels sur la coqueluche et sa prévention par la vaccination

La coqueluche est une infection très contagieuse des voies respiratoires. Cette maladie est grave, parfois mortelle, chez le nourrisson. Il existe une vaccination efficace, mais celle-ci ne peut pas être débutée avant l'âge de 8 semaines ; avant l'âge de trois mois, les nourrissons vaccinés ne sont que partiellement protégés par la vaccination. En France, plus de 90 % des décès par coqueluche surviennent chez les nouveau-nés et les enfants de moins de six mois. Les parents (notamment la mère) et la fratrie sont les principales sources de contamination des nourrissons. La vaccination de l'entourage ("cocooning") est un moyen de les protéger, mais cette recommandation n'est pas suffisamment appliquée.

Vaccins contre la coqueluche

La liste des vaccins contre la coqueluche peut être consultée ici ; les vaccins disponibles en France sont tous combinés à d'autres vaccins, notamment les anatoxines diphtérique et tétanique, ou encore le vaccin contre la poliomyélite, Haemophilus influenzae de type b ou l'hépatite B. On distingue les formulations pédiatriques, contenant une dose complète ou standard d'antigène et utilisées notamment pour la primovaccination des nourrissons, et les formulations contenant une dose réduite d'antigène, utilisées pour les rappels chez les enfants plus âgés, les adolescents et les adultes, la teneur réduite en antigène permettant de diminuer le risque de réaction locale inflammatoire.

Le contenu de ces vaccins combinés est représenté par des valences désignées par les abréviations suivantes : 

  • D : dose standard d'anatoxine diphtérique ;
  • d : dose réduite d'anatoxine diphtérique ;
  • T : anatoxine tétanique (quelle que soit la quantité d'antigène) ;
  • P : vaccin trivalent (poliovirus 1, 2 et 3) inactivé contre la poliomyélite ;
  • Ca : dose standard de vaccin coquelucheux acellulaire (par opposition au vaccin entier inactivé, qui n'est plus utilisé en France actuellement) ;
  • ca : dose réduite de vaccin coquelucheux acellulaire.

En France, la seule formulation disponible pour vacciner les adultes (celle contenant des doses réduites en antigène) est quadrivalente, désignée par l'abréviation "dTcaP" (diphtérie-tétanos-coqueluche-polio). Il existe deux vaccins commercialisés correspondant au vaccin dTcaP : le vaccin BOOSTRIXTETRA et le vaccin REPEVAX.

Dans d'autres pays européens et aux Etats-Unis, il existe une forme combinée trivalente "dTP" ou "Tdap" en anglais (pour Tetanus-diphtheria-acellular pertussis), disponible sous plusieurs noms de marque (ADACEL, BOOSTAGEN, BOOSTRIX, COVAXIS, TDAPBOOSTER, TRIAXIS).

Nouvelle recommandation : vaccination des femmes enceintes

Les données d’immunogénicité publiées sont en faveur d’une réponse immunitaire satisfaisante chez la femme enceinte. Les anticorps anticoquelucheux sont transférés au foetus à travers le placenta, permettant de protéger ensuite le nouveau-né et le jeune nourrisson encore trop jeune pour être vacciné.

Un effet inhibiteur des anticorps maternels sur la production d'anticorps par le système immunitaire du nourrisson, appelé effet « blunting », a été décrit pour les vaccins coquelucheux et diphtérique. Cependant, cet effet n'a en pratique pas d'impact sur la protection contre la coqueluche et la diphtérie des enfants vaccinés par la suite.

Les données d’efficacité en vie réelle de la vaccination des femmes enceintes ont confirmé son efficacité, avec une réduction du nombre de cas, du nombre d’hospitalisations et de la mortalité due à la coqueluche chez les enfants de zéro à deux mois. Par rapport à la vaccination de l'entourage, la vaccination pendant la grossesse a montré une meilleure efficacité vaccinale en vie réelle pour protéger le nourrisson avant sa propre vaccination.

La Haute Autorité de santé (HAS) recommande donc de vacciner les femmes enceintes contre la coqueluche à partir du deuxième trimestre de grossesse, en privilégiant la période entre 20 et 36 semaines d’aménorrhée (soit entre le début du 5e mois et la fin du 8e mois de grossesse). Cette stratégie permet d’augmenter le transfert transplacentaire passif des anticorps maternels contre la coqueluche et d’assurer une protection optimale du nouveau-né. 

La vaccination contre la coqueluche doit être effectuée lors de chaque grossesse, afin de s'assurer qu'une quantité suffisante d'anticorps soit transmise au futur nouveau-né.

Les précisions suivantes sont apportées :

  • La vaccination pendant la grossesse peut se faire avec un vaccin trivalent (dTca) ou tétravalent (dTcaP : BOOSTRIXTETRA ou REPEVAX), selon la disponibilité (les vaccins trivalents dTca ne sont pas disponibles actuellement en France) ;
  • Dans tous les cas, un délai minimal d’un mois devra être respecté par rapport au dernier vaccin dTP (REVAXIS) ;
  • La vaccination contre la coqueluche peut être effectuée en même temps que la vaccination contre la grippe saisonnière ou la covid 19 ; toutefois, alors que la vaccination contre la coqueluche doit être réalisée préférentiellement au cours du deuxième ou troisième trimestre de la grossesse, les vaccinations contre la covid 19 et la grippe doivent être réalisées dès que possible au cours de la grossesse ;
  • lorsque la mère a été vaccinée pendant sa grossesse et qu’au moins un mois s’est écoulé entre la vaccination et l’accouchement, il n’est plus nécessaire de vacciner l'entourage proche du nourrisson.

En l’absence de vaccination de la femme enceinte pendant la grossesse, la vaccination est recommandée :

  • Pour la mère juste après l'accouchement (post-partum immédiat), avant la sortie de la maternité, même si elle allaite, conformément à la stratégie actuelle de cocooning.
  • Pour l'entourage du nouveau-né (parents, fratrie, grands-parents et autres personnes susceptibles d’être en contact étroit et durable avec le futur nourrisson au cours de ses six premiers mois) au plus tard à la naissance de l’enfant, conformément aux recommandations antérieures.

Cette nouvelle recommandation a été intégrée au système d'aide à la décision vaccinale de MesVaccins et au carnet de vaccination électronique (Figure 1).


Figure 1 : Affichage de recommandations vaccinales personnalisées dans le carnet de vaccination électronique de MesVaccins.net pour une femme enceinte âgée de 28 ans.

Référence