France : augmentation des infections invasives à Haemophilus influenzae b

mesvaccins.net

Santé publique France vient de publier le bilan de surveillance des infections invasives à Haemophilus influenzae (Hi) (méningites et septicémies) en 2025.

1. Principaux résultats

Les infections invasives à Haemophilus influenzae (IIHi) sont en augmentation continue depuis le début des années 2000.

Les taux d’incidence les plus élevés sont observés chez les nourrissons âgés de moins d'un an et les personnes âgées, avec une distribution et une évolution différente chez les enfants et les adultes.

Les souches non capsulées sont majoritaires chez les personnes âgées (85 % des cas en 2025 chez les plus de 65 ans) alors que chez les enfants âgés de moins de 5 ans, les souches capsulées sont plus fréquentes, notamment le sérotype b (58 % des cas en 2025) et le sérotype a (17 % des cas en 2025).

Le nombre de cas d’infections invasives à Hib a augmenté entre 2018 et 2024, plus particulièrement chez les enfants âgés de moins de 5 ans, malgré une couverture vaccinale élevée contre H. influenzae de type b (Hib) (96 % à l’âge de 2 ans chez les enfants nés entre 2018 et 2021). En 2025, l’augmentation a été encore plus marquée, avec 62 cas d’infections invasives à Hib chez les enfants de moins de 5 ans contre 34 cas en 2024 (+ 82 %). À titre de comparaison, en 2018-2019, moins de 15 cas étaient rapportés chaque année. Trois décès ont été signalés en 2025 chez des enfants de moins de trois ans.

La bactérie Hib continue de circuler à bas bruit dans la population, avec une recrudescence saisonnière automnale, particulièrement marquée à l’automne 2025 (28 cas entre les mois d’octobre et décembre, contre 13 cas et 10 cas pour la même période en 2023 et en 2024).

Une légère augmentation est également observée depuis 2020 pour le sérotype a.

La majorité des cas d’IIHi surviennent chez des enfants âgés de moins d’un an. Le risque d’infection grave à Hib concerne tout particulièrement les nourrissons dans leur première année de vie, non vaccinés ou n’ayant pas encore fini le schéma de vaccination. Cependant, compte tenu des niveaux très élevés de couverture vaccinale, les cas observés sont principalement survenus chez des enfants à jour de leur vaccination. Treize échecs vaccinaux ont été identifiés en 2025, mais cela représente une minorité d’événements par rapport au nombre d’enfants vaccinés (environ 5 cas pour 1 million d’enfants vaccinés).

Ces données soulèvent des questions sur l’immunité vaccinale actuelle contre Hib chez les enfants.

2. Discussion

L’augmentation des infections invasives à Hib, prédominante chez les enfants âgés de moins d’un an, est inattendue plus de 30 ans après l’introduction des vaccins conjugués contre Hib qui présentent une efficacité élevée et agissent sur le portage chez les jeunes enfants. La vaccination contre Hib, introduite en 1992, avait donc entraîné la quasi-disparition des infections à Hib chez les enfants.  En 2013, le schéma vaccinal qui incluait 3 doses en primo-vaccination (2, 3, 4 mois) et 1 dose de rappel (16-18 mois) (« schéma 3+1 ») a été simplifié pour 2 doses en primo-vaccination (2, 4 mois) et une dose de rappel (11 mois) (« schéma 2+1 »). Le lien éventuel avec la simplification du schéma vaccinal devra être exploré pour évaluer si ce changement a pu avoir un impact sur la circulation de la bactérie et sur le niveau de protection dans la population.

2.1. Qu’en est-il de l’efficacité vaccinale ?

Le fait que la majorité des enfants ayant présenté une infection invasive à Hib soit à jour de leur vaccination ne reflète pas obligatoirement une baisse de l’efficacité dans un contexte où la couverture vaccinale est élevée. Par exemple, dans une population de 100 000 enfants avec une couverture vaccinale de 95 % et une efficacité vaccinale de 90 %, si le taux d’incidence de la maladie chez les non-vaccinés est de 1 %, on observerait 50 cas non vaccinés et 95 cas vaccinés (soit deux tiers des cas chez des vaccinés). Par ailleurs, une étude française sur les cas d’infections invasives à Hib survenus au cours de la période 2018-2024 a estimé à 91,2 % [IC 95 % : 76,3 – 96,8 %] l’efficacité vaccinale chez les enfants âgés de 2 à 4 ans après un schéma complet de vaccination.

De plus, les données de surveillance ne permettent pas de documenter d’éventuels facteurs de risque individuels d’infection invasive à Hi comme la prématurité, ni d’estimer et de comparer les taux d’incidence des infections à Hib selon leur statut vaccinal (non vaccinés, partiellement vaccinés, ou complètement vaccinés).

Le nombre de cas observés chez les nourrissons âgés de 6 à 11 mois soulève des questions sur la protection induite par le schéma de primo-vaccination en deux doses aux âges de 2 et 4 mois, qui est généralement considérée comme partielle jusqu’à la complétude du schéma vaccinal.

2.2. Une augmentation de la circulation de Hib ?

Les données épidémiologiques actuelles pourraient refléter une circulation à bas bruit de Hib à un niveau plus élevé qu’auparavant, entraînant une exposition à la bactérie plus importante chez les vaccinés et les non-vaccinés. Les données historiques à l’ère pré-vaccinale ont montré que le portage asymptomatique de la bactérie était plus élevé chez les jeunes enfants, en particulier ceux fréquentant une collectivité. Mais il existe peu de données récentes sur le portage de Hi chez les jeunes enfants pour documenter cette hypothèse.

Un taux élevé d’anticorps post-vaccinaux serait nécessaire pour prévenir le portage d’Hib. Or, il a été constaté que les taux d’IgG dirigés contre Hib étaient inférieurs chez les enfants ayant reçu le schéma « 2+1 » par rapport au schéma « 3+1 ». Des études complémentaires permettraient de mieux documenter l’impact du schéma vaccinal sur le taux de portage. 

L’âge à la primo-vaccination (2, 4 mois versus 3, 5 mois) et celui du rappel pourraient également influencer l’ampleur et la durée de la réponse vaccinale.

Enfin, les données épidémiologiques montrent une saisonnalité commune des infections à VRS et des infections invasives à Hi. Cette association pourrait être explorée dans des études cliniques ou épidémiologiques.

Source : Santé publique France. Bilan de surveillance des infections invasives à Haemophilus influenzae en 2025. 26 mars 2026.

Zones Associées: France

Pages associées