France : les premières estimations en population générale montrent une efficacité globale de la vaccination antigrippale de 36%, qui passe à 28% chez les personnes âgées de 65 ans et plus
Le revue Eurosurveillance vient de publier un article rapportant des données d’efficacité vaccinale (EV) provisoire du vaccin contre le virus de la grippe chez les patients ambulatoires en France.
L’étude d’EV a été réalisée par le biais d’un réseau de 1600 laboratoires d’analyses médicales (réseau RELAB). Elle a porté sur la population de patients testés par PCR après la semaine 44/2025 (15 jours après le début de la campagne de vaccination en France), soit un total de 24 267 patients, dont 78,3 % présentaient des symptômes.
Le taux de positivité des tests de dépistage du virus de la grippe étaient positifs de 22,5 %. L’EV actuelle a été comparée aux valeurs d’EV de la fin de la saison 2024/2025 obtenues par le réseau RELAB, selon la même méthodologie.
Le taux de vaccination dans la population incluse dans l’étude était de 15,8%, atteignant 37,5% chez les patients âgés de 65 ans et plus. À la semaine 48/2025, la couverture vaccinale nationale dans ce groupe d’âge atteignait 44,2 %. Parmi les personnes vaccinées, 30 % ont reçu un vaccin adjuvé ou à haute dose, vaccins qui n’étaient pas disponibles pour la saison 2024/25.
Au cours des premières semaines de la saison (semaines 36 à 50), 526 échantillons positifs au virus de la grippe provenant du réseau RELAB ont été séquencés. Le virus A(H1N1)pdm09 était le plus fréquent avec 285 souches (54,2 %) dont 244 de sous-clade D.3.1.1, suivi du virus A(H3N2) avec 236 souches (44,9 %) dont 206 du sous-clade K qui montre une dérive antigénique notable par rapport à la souche vaccinale A(H3N2). Seuls 3 virus B/Victoria ont été identifiés.
Les estimations provisoires d’EV chez les personnes vaccinées entre 15 jours et 3 mois avant le test étaient les suivantes :
- L’EV globale était de 36,4 % (IC à 95 % : 29,7–42,5) contre 44,5% en fin de saison 2024/2025 ;
- L’EV sur les virus de la grippe A était de 36,8 % (IC à 95 % : 28,4–44,3), un chiffre très proche de l’EV global, les virus de type A représentant l’essentiel des virus grippaux au cours de la période d’étude.
- L**’EV** en fonction de la tranche d’âge était de :
- 27,7% (IC à 95 % : 16,7–37,3) chez les personnes âgées de 65 ans et plus, proche des 25,1% de la fin de la saison 2024/2025 ;
- Le vaccin pourrait avoir été plus efficace chez les patients plus jeunes que chez les adultes plus âgés, (45,1 % pour les 18–64 ans et 57,2 % pour les 0–17 ans), mais avec des intervalleEVs de confiance qui se chevauchent (respectivement IC à 95% : 35,6-53,1 et IC à 95% : 29,45-74).
L'évaluation provisoire de l'efficacité vaccinale présentée ici reflète la co-circulation des sous-clades D.3.1.1 et K du virus A(H1N1).
Les auteurs estiment que l’EV globale provisoire pour 2025/26 est similaire aux estimations de fin de saison évaluées pour la saison 2024/25, compte tenu des différences de contexte épidémiologique et de stratégies de vaccination et de dépistage. Cette EV (36 %) s'inscrivait dans l'IC à 95 % de la première estimation européenne regroupée (44 % ; IC à 95 % : 25-59), malgré des différences dans la répartition des sous-types (75ù de A(H3N2) à 75 %) et des populations.
Chez les personnes âgées de 65 ans et plus, l’EV provisoire est légèrement supérieure à celle de la saison précédente. Une analyse plus approfondie de l’EV par variant et type de vaccin est justifiée.
Malgré la circulation croissante des virus du sous-clade K en Europe, les résultats préliminaires présentés ici, ainsi que ceux d'Angleterre, ne suggèrent pas de réduction de l'efficacité vaccinale (EV) par rapport aux estimations pour l'hémisphère sud (HS) en 2025, où le sous-type A(H1N1)pdm09 était prédominant. Toutefois, compte tenu des tendances épidémiologiques actuelles, l'augmentation de la prévalence des virus grippaux A(N3N2) du sous-clade K pourrait prolonger la saison, comme observé en Australie et en Nouvelle-Zélande. Dans ce scénario, l'épidémie en France pourrait continuer à progresser en incidence début 2026 et atteindre un pic élevé en raison des infections par différents sous-types. Ces observations justifient des investigations complémentaires afin d'évaluer l'impact à long terme des virus du sous-clade K.