A quand l’éradication de la poliomyélite ?

Publié le 12 fév. 2015 à 20h44

Biographie

- Docteur en médecine, biologiste médical.
- Enseignant en vaccinologie.
- Président de l'Académie des sciences d’Outre-mer.

En 1980, la certification de l'éradication de la variole avait fait l'éclatante démonstration qu'il était possible de vacciner toute la population du monde. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) préconisa alors un programme élargi de vaccination universel (PEV) des enfants contre les 5 maladies les plus meurtrières dans les deux premières années de vie (tuberculose, tétanos, diphtérie, coqueluche, poliomyélite et rougeole), qui fut mis en place dans les années 1980. La véritable euphorie entraînée par l'augmentation exponentielle de la couverture vaccinale dans toutes les régions de l'OMS dans lesquelles ce PEV avait été initié incita l'Assemblée mondiale de la santé (AMS), réunie en 1988, à lancer l'Initiative mondiale d'éradication de la poliomyélite, bien que cette maladie avait des caractéristiques épidémiologiques qui rendraient cette éradication certainement plus difficile que pour la variole.

Certes, il existait deux excellents vaccins, le vaccin inactivé injectable (VPI de Salk) et le vaccin vivant atténué oral (VPO de Sabin) qui fut choisi pour cette initiative. La stratégie adoptée fut bien sûr la vaccination systématique des nourrissons dans le cadre du PEV, complétée par des journées nationales de vaccination contre la poliomyélite, une surveillance biologique de tous les cas de paralysie flasque aiguë et des campagnes d'immunisation « par ratissage » autour des nouveaux cas confirmés. Les débuts de la campagne furent spectaculaires. De 35 000 cas notifiés dans 125 pays endémiques en 1988, on passa à 784 cas notifiés dans 7 pays en 2003.

Deux événements vinrent alors entraver le bon déroulement de cette campagne : d'une part, en 2004, l'appel à la suspension de la vaccination dans l'État de Kano, au nord Nigéria, par des autorités irresponsables, entraînant une forte poussée épidémique qui diffusa dans 14 pays africains n'enregistrant plus de cas et, d'autre part, l'apparition dès 2000, mais surtout à partir de 2005, de formes paralytiques dues à des poliovirus résultant de la recombinaison dans la nature de virus vaccinaux avec d'autres entérovirus.

Lors de l'AMS de 2007, une résolution demandant l'intensification des efforts d'éradication par la vaccination (certes toujours par le VPO) a été adoptée, mais sans date précise pour atteindre l'objectif. Cette intensification a porté ses fruits. En 2012, il ne restait plus que trois pays d'endémie, le Nigéria, le Pakistan et l'Afghanistan, contre 125 en 1988. Fin 2014, seulement 416 cas au total ont été déclarés à l'OMS contre 1997 en 2006.

Mais aujourd'hui, pour atteindre l'éradication, plusieurs arguments militent pour un abandon du VPO, en particulier afin d'éviter l'émergence de nouveaux virus pathogènes dérivés des souches vaccinales qui persistent dans la nature, et son remplacement par le VPI partout dans le monde, parfaitement immunogène, pouvant être incorporé dans des vaccins combinés et dont le coût est devenu très abordable. Avec le soutien financier de GAVI, le Népal a été le premier pays éligible à franchir le pas en septembre 2014. Vingt cinq autres pays ont déjà approuvé le changement.

Malgré toutes les difficultés, l'éradication de la poliomyélite devrait être possible. Grâce aux nouveaux engagements financiers pris récemment par GAVI pour changer de stratégie vaccinale, la date de 2018 est maintenant avancée par l'OMS pour atteindre l'objectif. Le gros point d'interrogation reste les problèmes de sécurité dans les pays encore endémiques. Si pendant longtemps les équipes vaccinales bénéficiaient de trêves pour travailler, elles ne semblent malheureusement plus épargnées actuellement…

Résumé d'une communication présentée à l'Académie Nationale de Pharmacie le 6 février 2015.

Le nombre de cas de poliomyélite dans le monde peut être suivi ici.