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Infections invasives à méningocoque en 2014 : fréquence la plus basse depuis 1994

Publié le 21 mai 2015 à 14h30

Biographie

- Qualité : Docteur en médecine, biologiste médical (DES biologie 1992).
- Activité principale : biologiste médical, médecin de centre international de vaccinations
- Spécialités médicales : microbiologie, virologie, vaccinologie.

Liens d'intérêt

- Membre de commissions et comités :
Commission des maladies infectieuses et des maladies émergentes (Haut Conseil de la santé publique, 2017- en cours)
Comité technique de vaccinations (Haut Conseil de la santé publique, 2007-2017)
Groupe vaccins (ANSM, 2016-en cours)
- Liens avec l'industrie :
DPI consultable sur le site HCSP : https://www.hcsp.fr/explore.cgi/Personne?clef=2329 Rémunérations directes par l’industrie : non.
A titre familial : aucun lien.

Baisse régulière du nombre de cas d'infections invasives à méningocoque.

  • Le bilan 2014 des infections invasives à méningocoques vient d'être communiqué par l'Institut de veille sanitaire (InVS). Pour rappel, les infections invasives à méningocoque (septicémies, méningites) sont des maladies à déclaration obligatoire.
  • Le nombre de nouveaux cas d'infection invasive à méningocoque (appelé incidence) déclarés en 2014 à l'Institut de veille sanitaire (InVS) était de 417 cas en France métropolitaine et de 9 cas dans les départements d'outre-mer. Le taux d'incidence (nombre de cas rapporté à la population) était de 0,72 cas pour 100 000 habitants. ll s'agit du plus bas taux d'incidence observé depuis 20 ans, représentant une diminution de 27 % par rapport à l'année 2013.
  • Les infections invasives à Neisseria meningitidis de sérogroupe B étaient toujours les plus fréquentes (n = 230, soit 56 % des cas), suivies des infections dues au sérogroupe C (n = 122 ; 30 %), au sérogroupe Y (n = 40 ; 10 %), au sérogroupe W (n = 19 ; 4,5 %). Un seul cas dû au sérogroupe X, un sérogroupe présent depuis les années 1990 en Afrique avec des poussées épidémiques récentes au Niger, au Kenya et en Ouganda, a été déclaré.

Les très jeunes nourrissons et les jeunes adultes sont les plus à risque d'infection invasive à méningocoque.

  • La population la plus à risque de présenter une infection invasive à méningocoque, tous sérogroupes confondus, sont les nourrissons de moins d'un an et les jeunes adultes de 18 à 20 ans. Les infections dues au sérogroupe B sont prédominantes chez les personnes âgées de moins de 25 ans. Cependant, par comparaison avec les années précédentes, la baisse des cas dus au sérogroupe B est plus marquée chez les 15-24 ans.
  • Chez les adultes âgés de 25 ans et plus, le sérogroupe C est prédominant. Mais le taux d'incidence des infections dues au sérogroupe C diffère selon la classe d'âge. Entre 2010 et 2014, la fréquence des cas a augmenté de manière significative chez les moins d'un an (de 0,88 à 2,43 pour 100 000 personnes) et les 25-59 ans (de 0,04 à 0,11 pour 100 000 personnes).
  • Concernant le sérogroupe Y, le nombre de cas a doublé chez les 5-14 ans entre 2013 et 2014.

Le Centre national de référence des méningocoques de l'Institut Pasteur de Paris réalise une analyse très précise, phénotypique et génotypique, des méningocoques isolés. Cette analyse permet de regrouper les bactéries ayant des caractéristiques communes en complexes clonaux (cc). Certains de ces complexes clonaux correspondent à des méningocoques invasifs, fréquemment responsables d'affections sévères ou d'épidémies. En 2014, comme en 2013, les trois complexes clonaux les plus fréquents étaient les cc 11, 41/44 et 32, représentant 62 % des méningocoques invasifs circulants.

Le purpura fulminans, forme d'une exceptionnelle gravité, est plus fréquent chez les adultes de plus de 60 ans.

Les infections invasives à méningocoque confirmées biologiquement par culture bactérienne ou amplification génique (PCR) sont des affections graves. La proportion de purpura fulminans (complication redoutable de l'infection par le méningocoque qui se traduit par des plaques hémorragiques cutanées et un choc septique foudroyant souvent mortel) était variable selon le sérogroupe en cause (sérogroupe B : 27 % ; sérogroupe C : 32 % ; sérogroupe W : 21 % ; sérogroupe Y : 17 %). L'évolution de l'affection, renseignée dans 99 % des cas, a conduit au décès de 48 patients (11 %) et à la survenue de séquelles précoces chez 32 autres patients (8 %). La létalité (proportion de décès parmi les cas, indiquant le risque de mourir de la maladie) était plus importante en cas de purpura fulminans (27 % des cas) qu'en l'absence de cette forme clinique (7 %). La létalité était également plus élevée chez les personnes âgées de plus de 60 ans.

Nord-Pas-de-Calais et Bretagne sont les régions où les infections invasives à méningocoque sont les plus fréquentes.

Dans les régions Nord-Pas-de-Calais et Bretagne, le taux d'incidence de la maladie est 1,5 fois supérieur à la moyenne nationale, tous sérogroupes confondus. Là encore, des différences existent selon les régions en fonction des sérogroupes : le sérogroupe B a été plus souvent en cause dans trois régions (Nord-Pas-de-Calais, Bretagne et Provence-Alpes-Côte d'Azur), avec un taux d'incidence 1,5 fois supérieur à la moyenne nationale. Pour les infections invasives à méningocoque C, les régions Bretagne et Guyane ont un taux d'incidence 2 fois supérieur à la moyenne nationale.

Situations inhabituelles et grappes de cas ayant conduit à des mesures de contrôle spécifiques.

Les cas d'infection invasive à méningocoque peuvent survenir de manière sporadique (cas isolés non reliés entre eux) ou au contraire de manière groupée.

  • En Ile-de-France, une augmentation de l'incidence des infections invasives à méningocoque C était observée depuis 2012, avec un pic en mars 2014. Cette augmentation a concerné principalement les hommes âgés de 25 à 59 ans ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), avec un excès de cas 10 fois supérieur à un groupe d'hommes de même classe d'âge n'ayant pas de relations sexuelles avec des hommes. Les marqueurs génétiques des souches de méningocoque en cause étaient comparables à ceux identifiés en Allemagne chez des HSH, ce qui est en faveur d'une chaîne de transmission commune.
  • Huit grappes de cas ont été signalées : 4 à sérogroupe B et 4 à sérogroupe C. Deux des 4 grappes de cas à méningocoque B étaient dues à des souches couvertes par le vaccin Bexsero®, ce qui a justifié la vaccination autour des cas (dans un foyer pour travailleurs migrants en région parisienne et au sein d'une famille en Rhône-Alpes).

Urgence thérapeutique et prévention dans l'entourage d'un cas.

  • Un cas d'infection invasive à méningocoque est une urgence thérapeutique justifiant une prise en charge immédiate avec appel du SAMU-Centre 15 en cas de suspicion de purpura fulminans en médecine de ville et mise en route d'une antibiothérapie par voie générale par ceftriaxone ou céfotaxime.
  • Un autre élément important de cette prise en charge est l'antibioprophylaxie autour d'un cas, dont l'objectif est de diminuer le risque de survenue d'une infection invasive à méningocoque dans l'entourage du cas en supprimant le portage rhinopharyngé du méningocoque chez les contacts.

Recommandations vaccinales contre les infections invasives à méningocoque : maintien et évolution dans le calendrier vaccinal 2015.

Les données épidémiologiques justifient les recommandations présentées dans le calendrier vaccinal 2015.

  • Contre les infections à méningocoque de sérogroupe B, la vaccination par le vaccin Bexsero® a été recommandée dans le cadre de situations épidémiologiques particulières (deux grappes de cas dont les souches étaient couvertes par le vaccin).
  • Concernant la prévention des infections à sérogroupe C, la vaccination est recommandée depuis 2010 avec une dose de vaccin méningococcique C conjugué chez tous les nourrissons âgés de 12 à 23 mois et en rattrapage jusqu'à l'âge de 24 ans. La couverture vaccinale, bien qu'insuffisante, progresse régulièrement. Elle est estimée à 64 % à 24 mois (60 % en 2012), 54 % chez les 3-9 ans (30 % en 2012), 29 % chez les 10-14 ans (22 % en 2012), 21 % chez les 15-19 ans (13 % en 2012) et 5,4 % chez les 20-24 ans (3 % en 2012).
  • Par ailleurs, la détection de la souche de méningocoque C particulièrement transmissible chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et chez les personnes fréquentant des lieux de convivialité gay a conduit les autorités sanitaires à étendre en novembre 2014, pour une durée d'un an, l'âge de la vaccination contre le méningocoque C aux personnes âgées de 25 ans et plus, résidant en France, qui présentent ces facteurs de risque.

Pour rappel, la période de tension d'approvisionnement des vaccins méningococciques C conjugués est terminée depuis fin avril 2015. Les doses de vaccins Menjugatekit® et Neisvac® sont suffisantes pour satisfaire à l'application des recommandations des autorités sanitaires.

En 2014, la conduite à tenir autour d'un cas d'infection invasive à méningocoque a été actualisée dans une nouvelle instruction. Ces mesures ont été prises en compte dans le calendrier vaccinal 2015.

Les points marquants du bilan 2014

  • Le taux d'incidence des infections invasives à méningocoque en France métropolitaine a baissé (- 27 %) par rapport à l'année 2013. Cette baisse concerne tous les sérogroupes et particulièrement le sérogroupe B.
  • S'agissant des infections à sérogroupe C, la prévention repose sur la vaccination en population générale de toutes les personnes âgées de 1 à 24 ans. Or l'incidence élevée des cas chez les nourrissons âgés de moins d'un an et chez les adultes âgés de plus de 24 ans, c'est-à-dire des groupes d'âge non concernés par la recommandation vaccinale, traduit l'existence d'une couverture vaccinale insuffisante pour induire une immunité de groupe, celle-ci étant indispensable pour assurer la protection des personnes non vaccinées.

Le système expert de MesVaccins.net prend en compte les différentes situations afin de proposer une stratégie vaccinale personnalisée.

Source : Institut de veille sanitaire.