21èmes Journées Nationales d’Infectiologie - Volet 3 : maladies émergentes (hors covid 19), médecine des voyages et médecine tropicale Médecine des voyages

Publié le 7 oct. 2020 à 15h25

Biographie

- Qualité : Docteur en médecine, biologiste médical (DES biologie 1992).
- Activité principale : biologiste médical, médecin de centre international de vaccinations
- Spécialités médicales : microbiologie, virologie, vaccinologie.

Liens d'intérêt

- Membre de commissions et comités :
Commission des maladies infectieuses et des maladies émergentes (Haut Conseil de la santé publique, 2017- en cours)
Comité technique de vaccinations (Haut Conseil de la santé publique, 2007-2017)
Groupe vaccins (ANSM, 2016-en cours)
- Liens avec l'industrie :
DPI consultable sur le site HCSP : https://www.hcsp.fr/explore.cgi/Personne?clef=2329 Rémunérations directes par l’industrie : non.
A titre familial : aucun lien.

Les 21èmes Journées Nationales d'Infectiologie (JNI) se sont déroulées du 9 au 11 septembre 2020 à Poitiers. Le troisième volet du compte-rendu de ces journées intéressant les maladies émergentes (hors covid), la médecine des voyages et les maladies tropicales est résumé dans ce texte.

L'ensemble des communications orales et affichées sont disponibles sur le site de la revue "Médecine et maladies infectieuses". 

Emergence des arboviroses en France métropolitaine : renforcer les connaissances des professionnels de santé sur ces maladies.

Les équipes du centre national de référence (CNR) pour les arbovirus et de Santé publique France ont présenté les données cliniques et épidémiologiques de l'émergence des cas de dengue, de chikungunya et de Zika sur le territoire métropolitain de 2006 à 2019. L'exposition des personnes à risque d'infection par transmission autochtone est tout d'abord due à la progression rapide de l'implantation du moustique Aedes albopictus, vecteur des virus de la dengue, du chikungunya et du virus Zika. Un épisode est défini par au moins un cas à partir d'un même foyer de transmission autochtone.

Les données présentées ont reposé :

  • sur la surveillance épidémiologique à partir de la notification des cas (les cas confirmés ou probables de dengue, de chikungunya et de Zika sont à déclaration obligatoire) ;
  • sur la recherche active des cas (enquêtes autour des cas autochtones) et les investigations entomologiques (recherche et piégeage des moustiques, traitement des moustiques adultes et des larves).

De 2010 à 2019, 11 épisodes de dengue (32 cas), trois de chikungunya (31 cas) et un de Zika (3 cas) ont été rapportés chez des personnes en dehors de tout contexte d'importation (absence de séjour en zone endémique). Jusqu'en 2019, ces cas étaient diagnostiqués dans les régions du sud de la France (PACA, Occitanie). En 2019, l'actualité a été dominée par le diagnostic du premier épisode de Zika sur le territoire métropolitain dans la région Paca (et d'une manière plus globale en Europe) ainsi que par l'identification d'un épisode de dengue (deux cas) dans une nouvelle région (Auvergne-Rhône-Alpes) indemne jusqu'à présent. Le bilan global de la surveillance des arboviroses sur le territoire métropolitain en 2019 a fait l'objet d'une publication dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire du 15 septembre 2020. 

Les éléments identifiés comme responsables de l'émergence de ces arboviroses ont été les défauts d'identification des cas (cas asymptomatique, diagnostic non évoqué lors de la consultation), et l'insuffisance de la lutte antivectorielle (enquête autour des cas).

Au total, le renforcement des connaissances des professionnels de santé sur les arboviroses ainsi que l'implication et la sensibilisation de la population à la lutte antivectorielle sont essentiels pour limiter la diffusion d'Aedes albopictus et l'émergence de ces arboviroses.

A la Réunion : impact sur la gravité des cas de la co-circulation des sérotypes 1 et 2 du virus de la dengue.

La Réunion est un des départements ultramarins où de nombreux épisodes épidémiques de dengue surviennent. En 2018, l'épidémie était due au sérotype 2 (7 000 cas confirmés par le laboratoire). En 2019, la vague épidémique était due à la circulation du sérotype 1 (18 200 cas confirmés par le laboratoire) sur l'ensemble du département, alors que la répartition géographique de ce sérotype était limitée au sud de l'ile. A la fin de 2019, les premiers cas de dengue due au sérotype 3 étaient diagnostiqués.

La co-circulation de plusieurs sérotypes de dengue et l'endémisation de cette maladie dans la région laissent craindre l'augmentation significative du nombre de cas et une augmentation de la gravité de ces cas lors d'infections secondaires (personne nouvellement infectée par un sérotype différent de celui du premier épisode).

Encéphalite à tique en 2019 : la région des Alpes identifiée comme un second foyer endémique en 2019.

L'encéphalite à tiques est une maladie due à un virus (Tick-borne encephalitis) survenant chez l'homme après la piqure d'une tique d genre Ixodes. En France, cette maladie saisonnière en période d'activité du vecteur (la tique) était majoritairement évoquée en Alsace. En 2019, 5 cas ont été diagnostiqués en Haute-Savoie (14 cas de 2014 à 2019). Dans la région d'Alsace, 77 cas ont été diagnostiqués en 2019. Les connaissances de cette maladie ont progressé dans la région des Alpes (augmentation du nombre de dépistages et de diagnostics évoqués) ; la région des Alpes semble désormais être le second foyer d'endémie en France. Pour rappel, cette affection est inscrite sur la liste des maladies à déclaration obligatoire depuis juin 2020.

Médecine des voyages et médecine tropicale.

Ce chapitre a été l'occasion comme à chaque JNI de participer à un quiz permettant de rappeler des messages clés :

  • Niveau d'efficacité des moyens de protection personnelle dans la prévention antivectorielle : les moustiquaires imprégnées sont plus efficaces que les répulsifs cutanés ;
  • L'utilisation de la protection primaire antivectorielle (moustiquaires, répulsifs) permet d'éviter les nuisances liées aux piqûres de moustiques (les douleurs faisant partie de ces nuisances) ;
  • L'Organisation mondiale de la santé déconseille les voyages aériens chez la femme enceinte après la 36ème semaine dans le cas d'une grossesse unique et après la 32ème semaine en cas de grossesse multiple ;
  • Une diarrhée du voyageur survient dans 30 % des séjours de plus de trois semaines ;
  • Les causes les plus fréquentes de rapatriement des voyageurs : d'abord cardiovasculaires, puis traumatiques ;
  • Le risque de mal aigu des montagnes : survient lors de séjour à plus de 3 000 mètres, lorsque la vitesse d'ascension a été rapide (moins de 24 heures). Trois quarts des personnes présentant un mail aigu des montagnes ont comme facteur favorisant l'atterrissage de l'avion à plus de 3 500 m d'altitude ;
  • En cas de survenue de syndrome de l'Inde (ou des fous de l'Inde), qui se manifeste chez des Occidentaux voyageant en Inde par des troubles psychiatriques (manifestations d'angoisse, crise de panique ou de sidération), le seul traitement est l'extraction du pays ;
  • Les accidents de décompression à type de paraplégie retardée par ischémie médullaire peuvent survenir au-delà de 24 heures après la remontrée du plongeur.

Ces informations médicales peuvent être retrouvées dans le guide des recommandations sanitaires pour les voyageurs 2020 (des correctifs y ont été apportés le 1er septembre 2020).

Intérêt de la consultation pré-voyage pour la mise à jour du calendrier vaccinal.

L'équipe du Centre de vaccinations Internationales du CHU de Bordeaux a présenté les spécificités de la consultation pré-voyage de séniors à partir de leur expérience : tirage au sort de manière aléatoire de voyageurs de 60 ans et plus consultant le centre de 2013 à 2018. Un total de 414 voyageurs ont été inclus, soit 70 voyageurs par année (âge médian : 65 ans (62-68 ans). Un voyage en Afrique subsaharienne était le motif de la consultation dans 45 % des cas, pour une durée médiane de séjour de 15 jours. La prise d'un traitement au long cours était rapportée dans près de 63 % des cas avec un nombre moyen de médicaments de 2,5. Plus de 70 % de ces consultants étaient à jour de la vaccination contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP). L'indication d'une chimiothérapie antipaludique du fait de risques d'éventuelles interactions médicamenteuses n'a pas été modifiée par les antécédents médicaux de ces voyageurs. Cette étude apporte un éclairage sur les pratiques des voyageurs séniors, la part des touristes de 65 ans et plus étant souvent méconnue. En 2017, 5,2 millions de Français âgés de 15 ans et plus ont voyagé à titre personnel hors Europe.

Dans le Centre de Vaccinations Internationales du Centre hospitalier de Tourcoing, la consultation des voyageurs pour un séjour en Arabie Saoudite (obligation vaccinale contre les méningocoques A, C, Y et W) a été l'occasion de rattrapage vaccinal DTP chez 11,7 % des voyageurs, alors que la proportion de voyageurs à jour pour le DTP était de 24,5 %.

Prise en charge des cas de paludisme en Guyane : les cas asymptomatiques sont la clé pour la maitrise du réservoir.

La Guyane est une région endémique pour les infections à Plasmodium vivax et Plasmodium falciparum. Les principaux obstacles à l'élimination du paludisme sont la prévalence de l'infection à Plasmodium vivax, à l'origine de reviviscences, et la présence de personnes porteuses asymptomatiques de gamétocytes, représentant un réservoir important de la maladie. Sur la commune Saint Georges de l'Oyapock (4 033 habitants), 13 des 16 quartiers sont touchés (2 727 habitants).

Deux campagnes de dépistage massif (par test antigénique rapide ou par PCR) réalisées à un an d'intervalle et le traitement des personnes symptomatiques et détectées positives par PCR ont été conduits.

La première année de suivi, la moitié des habitants des quartiers touchés ont participé à l'étude ; 6,7 % d'entre eux étaient dépistés positifs (6 % Plasmodium vivax, 0,7 % Plasmodium falciparum) et 73 % de ces cas positifs étaient asymptomatiques. La deuxième année de suivi, la prévalence du paludisme diagnostiqué par PCR était de 2,9 % (2,4 % de Plasmodium vivax) ; 88 % des cas détectés étaient asymptomatiques. Chaque personne symptomatique a été traitée. Au total, cette étude souligne l'importance de la détection des personnes asymptomatiques pour le contrôle du réservoir du paludisme.

Les 21èmes JNI ont été conclues par les « Best-of en Infectiologie » et rendez vous a été pris pour les 22èmes JNI, qui se dérouleront à Montpellier en 2021.