Le point sur les poliovirus circulant dérivé d'une souche vaccinale

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La déclaration de la 44ème réunion du Comité d’urgence du Règlement sanitaire international (RSI) sur la poliomyélite a été mis en ligne le 4 mars 2026.

Le Comité a examiné les dernières données épidémiologiques sur le poliovirus sauvage de type 1 (PVS1) et les poliovirus dérivés de souches vaccinales circulantes (PVDVc) dans le contexte des objectifs mondiaux visant à interrompre la transmission endémique du PVS1 en 2026 et à stopper les épidémies de PVDVc2 d’ici 2028, avec pour objectif ultérieur la certification de l’éradication du PVS1 et de l’élimination du PVDVc2.

1. Poliovirus circulant dérivé d'une souche vaccinale : bilan de 2025

En 2025, on a dénombré 202 cas de poliovirus circulant dérivé d'une souche vaccinale (PVDVc), 192 cas de PVDVc2, sept de PVDVc3 et trois de PVDVc1. En 2024, on avait dénombré 463 cas de PVDVc (448 de PVDVc2, quatre de PVDVc3 et 11 de PVDVc1). Cet même année (2025), 218 détections environnementales ont été signalés dans 27 pays, 197 pour le PVDVc2, 12 pour le PVDVc1, et neuf pour les deux types de PVDVc. En 2024, on avait dénombré 293 détections environnementales de PVDVc dans 38 pays. 

Le plus grand nombre de cas de PVDVc2 en 2025 a été enregistré au Nigeria (53 cas), soit 28 % du total mondial. Viennent ensuite l'Éthiopie (40 cas) et le Yémen (30 cas). À eux trois, ces pays représentent 64 % du total mondial des cas de PVDVc2 en 2025. Une co-circulation des PVDVc de type 1 et 2 a été signalée en Algérie, à Djibouti, en Israël et en République démocratique du Congo ont signalé en 2025. Une co-circulation des PVDVc de type 2 et 3 a été signalée en Guinée, au Tchad et au Cameroun. Depuis la dernière réunion du Comité d'urgence, la République démocratique populaire lao (RDP lao) a signalé une épidémie de PVDVc1 et la Namibie une épidémie de PVDVc2.

Au total, 30 groupes émergents uniques de PVDVc2 ont été détectés en 2025, contre 31 en 2024 et 28 en 2023. Parmi ces 30 groupes émergents, 13 ont été détectés pour la première fois ; 12 sont dérivés du nouveau vaccin antipoliomyélitique oral de type 2 (nOPV2), l'origine du dernier faisant encore l'objet d'une enquête. Depuis son introduction en 2021, plus de 2 milliards de doses de nOPV2 ont été administrées et 42 émergences de PVDVc2 lui ont été associées. Le nOPV2 continue de démontrer une stabilité génétique nettement supérieure et un risque de réversion à la neurovirulence considérablement plus faible que le vaccin antipoliomyélitique oral de type 2 Sabin (OPV2). Plus de 80 % des pays touchés par le PVDVc2 ont réussi à interrompre les épidémies en trois campagnes de vaccination supplémentaires (CVS) ou moins, grâce au nOPV2.

En 2025, trois cas de PVDVc1 ont été signalés : un en Algérie, un en République démocratique du Congo et un en République démocratique populaire lao. Des épidémies de PVDVc1 ont également été signalées à Djibouti et en Israël, suite à la surveillance environnementale (dix détections dans chaque pays). Trois pays, le Cameroun, le Tchad et la Guinée, ont signalé des épidémies de PVDVc3 en 2025. Le Cameroun et le Tchad ont été touchés par la co-circulation des types 2 et 3 du PVDVc, l’émergence du même cVDPV3 étant à l’origine des épidémies dans les deux pays, ce qui indique une transmission transfrontalière.

Le Comité a noté que, même si la transmission mondiale du PVDVc1 et du PVDVc3 demeure à des niveaux inférieurs à ceux du PVDVc2, la tendance à la hausse observée en 2025 est préoccupante. Cela souligne l’importance cruciale du maintien d’une immunité collective élevée contre les poliovirus de type 1 et de type 3 grâce à une vaccination systématique rigoureuse, ainsi que de la mise en œuvre rapide et efficace d’interventions de qualité en cas de détection. Le risque d’épidémies de PVDVc est principalement dû à une combinaison de facteurs : inaccessibilité, insécurité, forte concentration d’enfants non vaccinés ou insuffisamment vaccinés, et déplacements de population persistants.

2. Les facteurs à l’origine d’un risque persistant de propagation internationale du PVDVc

Transmission continue du PVDVc2 :

  • dans le bassin du lac Tchad, en particulier dans les zones à haut risque du Nigéria et du Tchad, avec un risque d’amplification de la propagation ;
  • dans la Corne de l’Afrique, notamment en Somalie, en Éthiopie et au Yémen. Les pays de la Corne de l’Afrique continuent de faire face à des crises humanitaires et sanitaires simultanées, ce qui complique la mise en œuvre de campagnes de vaccination de qualité en temps opportun.

Un grand nombre d’enfants non vaccinés :

  • Dans les gouvernorats du nord du Yémen (plus de 4,5 millions d’enfants de moins de cinq ans), une riposte vaccinale antipoliomyélitique orale (VPO) adéquate à l’épidémie de cVDPV2 en cours n’a pas encore pu être mise en œuvre en raison de l’insécurité et du manque d’accès. Des difficultés persistent également concernant l’acheminement rapide des échantillons de selles pour le dépistage de la paralysie flasque aiguë (PFA).
  • Au Nigeria et dans le sud et le centre de la Somalie, l'accès  au vaccin demeure un défi majeur. 
  • Depuis le retrait mondial du vaccin OPV2 en 2016, on observe un déficit croissant d'immunité muqueuse intestinale chez les jeunes enfants, ainsi qu'une forte concentration d'enfants n'ayant reçu aucune dose de vaccin dans certaines régions.

De nouvelles épidémies de PVDVc1 en Algérie, à Djibouti, au Laos et en Israël, et des épidémies de PVDVc3 au Cameroun, au Tchad et en Guinée témoignent de la persistance d'une faible couverture vaccinale de routine et de la vaccination antipoliomyélitique inactivée (IPV) dans plusieurs pays.

La transmission transfrontalière se poursuit, notamment la propagation du virus dans des pays et territoires récemment réinfectés. Le Laos et la Namibie ont signalé de nouvelles épidémies de PVDVc1 et de PVDVc2, respectivement.

3. Recommandations vaccinales pour les voyageurs

3.1. Les Etats présentant un risque potentiel de propagation internationale du PVDVc1 (Algérie, Djibouti, Israël, Laos, RDC) ou du PVDVc3 (Cameroun, Guinée, Tchad) doivent :

  • S’assurer que tous leurs résidents et visiteurs de longue durée (plus de quatre semaines), quel que soit leur âge, reçoivent une dose de vaccin antipoliomyélitique oral bivalent (VPOb) dirigé contre les types 1 et 3 ou de vaccin antipoliomyélitique inactivé (VPI) entre quatre semaines et douze mois avant leur voyage international.
  • S’assurer que les personnes effectuant un voyage urgent (dans les quatre semaines) et n’ayant pas reçu de dose de VPOb ou de VPI au cours des quatre semaines à douze mois précédents reçoivent une dose de vaccin antipoliomyélitique au plus tard au moment de leur départ.
  • S’assurer que ces voyageurs reçoivent un certificat international de vaccination ou de prophylaxie (CIVP) conforme au modèle de CIVP figurant à l’annexe 6 du Règlement sanitaire international (RSI), attestant de leur vaccination antipoliomyélitique.
  • Interdire, au moment du départ, tout voyage international à tout résident ne disposant pas d’un document attestant d’une vaccination antipoliomyélitique appropriée. Ces recommandations s’appliquent aux voyageurs internationaux de tous les points de départ, quel que soit le moyen de transport (route, air et/ou mer).

3.2. États infectés par le cVDPV2, avec ou sans preuve de transmission locale sont les suivants : Algérie, Angola, Burkina Faso, Bénin, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Côte d'Ivoire, République démocratique du Congo, Djibouti, Ethiopie, Allemagne, Israël, Namibie, Niger, Nigeria, Territoires palestiniens occupés, Papouasie Nouvelle Guinée, Pologne, Sénégal, Somalie, Soudan, Soudant du Sud, Royaume Uni, Tanzanie, Yemen. Ceux qui connaissent une transmission locale du PVDVc2, avec un risque de propagation internationale, devraient :

  • Encourager les résidents et les visiteurs de longue durée (plus de quatre semaines) à recevoir une dose de vaccin antipoliomyélitique inactivé (VPI) quatre semaines à douze mois avant leur voyage international.
  • S’assurer que les voyageurs vaccinés disposent d’un document approprié attestant de leur statut vaccinal contre la poliomyélite.

Source : Organisation mondiale de la Santé

Zones Associées: Algérie, Djibouti, Lao, République démocratique populaire, République démocratique du Congo, Israël, Cameroun, Guinée, Tchad, Yémen, Tanzanie, Royaume-Uni, Somalie, Soudan, Soudan du Sud, Sénégal, Pologne, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Nigeria, Bénin, Burkina Faso, République centrafricaine, Côte d'Ivoire, Éthiopie, Allemagne, Namibie, Niger, Angola

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